Le fort de Manonviller est un fort d’arrêt complètement isolé, placé à environ 40 km de la ligne de la Moselle et de la trouée de Charmes qui s’étend du fort de Pont-Saint Vincent à la place forte d’Epinal. Il est bâti sur une croupe étroite à 318 mètres d’altitude près du village de Manonviller à 12 km à vol d’oiseau de la gare frontière d’Igney-Avraicourt et à la même distance de Lunéville.

Son rôle principal est d’interdire le passage de la voie ferrée Strasbourg-Nancy, ce qui oblige l’ennemi à effectuer une dérivation très longue de 45 km de long par le canal de la Marne au Rhin, de Réchicourt à Dombasle. Il interdit aussi la route national 4 Paris-Strasbourg, la voie ferrée Saint-Dié-Lunéville et les différents chemins compris entre la forêt de Parroy au Nord et la forêt de Mondon au sud. Il doit aussi soutenir les troupes de campagne qui combattent dans le secteur.

Un dispositif de mine dans les piles de pont de Marainviller complétait l'interdiction de la voie ferrée.

Ce fort est un ouvrage à massif central qui est l’un des plus puissants du système Séré de Rivières. Il sert d’alerte à l’entrée de la trouée de Charmes. Son emplacement à proximité de la frontière et son isolement feront rapidement polémique à chaque fois qu’il sera question d’améliorer l’ouvrage, pourtant peu de temps après sa construction, il reçoit une dépense peu commune pour l’installation de 2 tourelles Mougin modèle 1876, il deviendra d’ailleurs après la crise de l’obus torpille l’un des ouvrages les plus modernisés.

L’armement du fort est renforcé à sa construction par deux batteries d’artillerie annexes appelées avant chemin couvert Nord-Est et batterie d’artillerie annexe Est.

L’armement du fort à la veille de la Grande guerre

 

Pièces de rempart du fort

2 canons de 80 sur affût de campagne approvisionnés de 400 coups par pièce ( 225 obus à mitraille, 50 obus à mélinite et 125 boites à mitraille)

6 mortiers lisses de  22 approvisionnés de 310 coups par pièce (300 obus sphériques et 10 appareils pour obus sphériques)

4 mortiers lisses de 15 approvisionnés de 300 coups par pièce (obus sphériques)

5 sections de 2 mitrailleuses de rempart approvisionnées de 43200 cartouches par section (4800 cartouches de 86D sur bande et 38400 cartouches de 86D en trousse)

2 sections de 2 mitrailleuses sur affût trépieds approvisionnées de 43200 cartouches par section (4800 cartouches de 86D sur bande et 38400 cartouches de 86D en trousse)

1 projecteur électrique sur roues à miroir Mangin à lampe à arc de 40 cm de diamètre qui se branche sur des prises électriques aménagées sur le parapet

1 projecteur électrique sur roues à miroir Mangin à lampe à arc de 60 cm de diamètre qui se branche sur des prises électriques aménagées sur le parapet

 

Cuirassements et casemates

2 tourelles Mougin modèle 1876 armées de 2 canons de 155 long approvisionnés de 1000 coups par pièce ( 600 obus allongés à mélinite, 380 obus à mitraille et 20 boites à mitraille) Elles possèdent chacune 1 observatoire cuirassé.

2 tourelles Galopin modèle 1890 de 155L armées de 2 canons de 155 long approvisionnés de 1000 coups par pièce ( 600 obus allongés à mélinite, 380 obus à mitraille et 20 boites à mitraille). Elles possèdent chacune 1 et 2 observatoires cuirassés.

2 tourelles Buissière de 57 armées de 2 canons de 57 à tir rapide approvisionnés de 2000 coups par pièce ( 1500 obus à mitraille et 500 boites à mitraille). Elles possèdent chacune 1 observatoire cuirassé.

2 tourelles de projecteur équipées chacune d’un projecteur électrique à lampe à arc à miroir Mangin de 90 cm de diamètre dont la commande électrique s’effectue depuis les observatoires cuirassés de commandement

2 observatoires cuirassés de commandement équipés d’un poste de commande pour la manœuvre électrique des tourelles de projecteur

1 tourelle pour mitrailleuse armée d’une mitrailleuse Gattling à 7 canons à 7 culasses approvisionnée à 60000 cartouches modèle 1886 M

9 guérites blindées de rempart

 

Défense des fossés

3 coffres simples de contre-escarpe armés chacun d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

1 coffre double de contre-escarpe armé de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

1 coffre d’escarpe de défense de l’entrée côté droit armé d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups

Total 50 pièces d’artillerie

 

Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914

 

Batterie d’artillerie

Aucune

Ouvrages d’infanterie

Aucun

Abris de combat et abris cavernes

Aucun

Dépôts intermédiaires

Aucun

Magasins de secteur

Aucun

Projet de modernisation

 

Projet de 1879

· Lors de la construction du fort en 1879, un projet prévoyait la construction de 3 forts supplémentaires pour qu’ils puissent se défendre mutuellement et former une place forte en avant de Lunéville.

Projet de 1890 mai 1892

· Construction de deux casernements bétonnés en renforçant les deux casernements sans étage, renforcement du magasin à poudre de gauche et remplacement des caponnières par des coffres de contre escarpe.

· Installation de deux tourelles Galopin modèle 1890 et d’une tourelle de 57 au saillant 4 et d’une tourelle pour mitrailleuses. Remplacement des deux tourelles Mougin par deux tourelles de 57 à tir rapide

Projet de 1888

· Diminution en calibre de l’armement du fort et mise en place d’un dispositif qui prévoit la destruction complète du fort dans le cas où l’ennemi risquerait de prendre l’ouvrage en plaçant des explosifs dans certains puits du fort.

Projet de 1895

· Construction d’une usine électrique équipée de deux moteurs à vapeur.

Projet de 1903

· Projet de renforcement des deux tourelles Mougin suite aux expériences de 1901 au fort de Pagny la Blanche Côte qui laisseront un certain intérêt pour ce cuirassement.

Projet complémentaire de 1910

·  Installation de deux tourelles de projecteur et d’une casemate de projecteur.

Projet complémentaire de 1913

· Construction d’une station radiotélégraphique à l’épreuve pour communiquer avec les forts   du Saint-Michel, de Frouard et de Pont-Saint-Vincent

 

 

Modernisations

 

· 1881 - 1883 Installation de deux tourelles Mougin modèle 1876

· 1890 - 1895 Installation d’un réseau de queues de cochon de 30 mètres de large autour de l’ouvrage et de grilles défensives. Renforcement des deux casernements pour les aménager en deux casernements bétonnés pour l’artillerie et l’infanterie. Modernisation de la quasi-totalité du fort en créant des galeries de communication à l’épreuve, en renforçant le magasin à poudre du côté gauche et en remplaçant les quatre caponnières par trois coffres  simple et un double de contre-escarpe. Suppression de l’escarpe maçonnée pour la remplacer par une escarpe en terre coulante protégée par une grille défensive de 4 mètres de haut au niveau du fossé. Remplacement du mur en maçonnerie de contre-escarpe en arceau de décharge, par une contrescarpe en béton de 4m50 d'épaisseur qui est évidée pour renfermer une galerie de circulation (de contre-escarpe) faisant le tour de l'ouvrage et desservant les quatre coffres de contrescarpe.

· 1892 - 1894 Installation de deux tourelles Galopin doubles de 155L modèle 1890

· 1894 Renforcement du poste optique

· 1894 - 1895 Installation de deux tourelles de 57 à tir rapide, de 5 observatoires cuirassés pour le tir des tourelles de 155 et pour le commandement. Mise en place de 9 guérites blindées de rempart qui sont reliées par tubes acoustiques aux abri de remparts voisins.

· 1894 - 1898 Installation d’un groupe électrogène mobile qui alimente un projeteur de Fresnel de 90 cm de diamètre pour éclairer les abords de l’ouvrage qui sera remplacé avant la Grande guerre par du matériel plus moderne.

· 1895 - 1910 Installation d’un réseau de voie de 50 pour relier les points stratégiques de l’ouvrage

· 1895 - 1896 Installation de la première tourelle pour mitrailleuse GF3 qui était équipée d’une mitrailleuse Gattling  (cas unique les autres tourelles installées dans les autres forts seront équipées de 2 mitrailleuses Hotchkiss )

· 1895 - 1905 Suppression de la batterie d’artillerie annexe Est et du chemin couvert Est. Seul le fossé en maçonnerie de la batterie annexe Est est conservé comme obstacle.

· 1900 Installation d’une toiture parapluie dans l’ancien magasin à poudre aménagé en magasin pour le Génie.

· 1905 Installation de quatre observatoires cuirassés dont deux sont affectés aux tourelles de 57 à tir rapide.

· 1910 Construction de deux galeries qui relient le fort à la galerie de contre-escarpe.

· 1911 Construction à gauche de la caserne de guerre de gorge (bâtiment A) de deux casemates pour une infirmerie et un atelier pour les ouvriers en fer équipé d’un moteur à pétrole.

· 1912  Réception et installation de 2 tourelles pour projecteur de 90 cm de diamètre

· 1911-1913 Installation d’une usine électrique équipée d’une ventilation similaire à celle du fort de Frouard et d’un réseau de voie de 50 cm reliant les magasins aux tourelles.

Armement du fort et cuirassements installés entre 1881 et 1906

En 1914, le fort de Manonviller fait parti des ouvrages modernisés de première catégorie de la 20ème région.

C’est l’une des fortifications les plus modernes et les plus puissante de France. Ce fort est le plus cuirassé de tout le système et le deuxième fort le plus puissant après celui de Longchamp à Epinal. Mais, il possède de gros inconvénients, les deux tourelles Mougin sont deux cuirassements vieux de 40 ans qui n’ont pas été renforcés et les deux tourelles de 57 ne seront pas modifiées en tourelle de 75. Ces travaux ne seront pas effectués pour ne pas désarmer le fort à la veille d’une guerre qui devenait de plus en plus imminente.

Equipement du fort en 1914

Photo prise par les allemands de l’entrée du fort après sa réédition.

Collection Lionel PRACHT

Le poste optique à l’épreuve dont le matériel sera détruit par le souffle d’un obus le 25 août 1914.

Cliché VAUBOURG Cédric

La garnison devant un hangar à l’extérieur du fort de Manonviller près d’une pièce de 80 de campagne . Collection Lionel PRACHT

Après la guerre, le fort sera ferraillé et vendu à un particulier en 1935. Il sera occupé par les allemands en 1940. Aujourd’hui, toujours propriété privée, il est géré par une association. Son accès est interdit et dangereux. Plus de renseignements le fort de Manonviller.

Etat du fort pendant la première guerre mondiale

 

· A la mobilisation, la garnison du fort avait un effectif total de 19 Officiers et 745 hommes (2 compagnies d'infanterie, 1 batterie d'artillerie), quelques sapeurs, télégraphistes et hommes de divers services. Elle comprenait en grosse majorité des hommes de l'active, la plupart des officiers résidaient au fort avant la mobilisation et connaissaient parfaitement l’ouvrage et ses environs.

· Le 31 juillet au soir, le gouverneur fait procéder par des ouvriers civils, puis par la garnison différents travaux prévus de mise en défense de l’ouvrage. La garnison quitte les casernements de paix pour prendre place dans les locaux à l’épreuve.

· Pendant la période de concentration, le fort est protégé à petite distance en avant par les troupes de couverture qui appartiennent à la IIème armée. Il se tient ensuite en liaison avec les unités qui opèrent dans le voisinage.

· Le 4 août, sur des renseignements venus de Toul, on s'attend à une attaque qui ne se produit pas.

· A partir du 8 août, la cavalerie ennemie se montre très active et l'artillerie du fort est amenée à ouvrir le feu presque quotidiennement sur des groupes de cavaliers.

· Le 9 août, dans l'après-midi, des forces allemandes importantes apparaissent au nord du village de Saint-Martin et cherchent à forcer le passage de la Vezouze défendu par la 6ème division de cavalerie française. Le fort prête à nos troupes l'appui de ses canons en réduisant rapidement au silence l'artillerie de l'ennemi puis en prenant à partie son infanterie.

· Le 11 août, des engagements se produisent au nord-est de Manonviller, à la lisière est de la forêt de Parroy tenue par le 2ème bataillon de chasseurs à pied. Les pièces sous tourelles du fort coopèrent à l'action en tirant à limite de portée vers le signal de Xousse. Pareillement le 12 août, le fort se tient prêt à intervenir par le canon sur toutes les reconnaissances ennemies qui seraient aperçues.

· Le 14 août, la IIème armée entame sa marche offensive. L'ennemi a pu battre en retraite la veille dans la région de la Vezouze à la faveur de la brume qui a contrarié l'action du fort.

· Du 14 août au 21 août, le fort couvert à grande distance par la IIème armée n'a pas à intervenir. Après les batailles de Morhange et de Sarrebourg le 20 août, les IIème et Ière armées françaises sont obligées de rétrograder. 

· Le 21, la garnison de Manonviller commence à voir passer nos troupes en retraite. Le fort se trouve à la limite des zones affectées aux 8ème et 16ème corps d'armée et dans celle du corps de cavalerie Conneau chargé d'assurer la liaison entre les IIème et Ière armées. Le 21 au soir, les arrière-gardes dans cette région sont établies sur la ligne générale : Gondrexon, Reillon, Vého, la Neuveville-aux-Bois, Sionviller, Bienville-la-Petite.

· Le fort reste toute la journée du lendemain du 22 août en contact avec les troupes des IIème et Ière armées. L'aile gauche de cette dernière est dans la matinée à Gondrexon. En fin de journée, nos troupes se retireront derrière la Vezouze. A 13 heures, les communications télégraphiques aériennes avec Lunéville sont coupées. Désormais, le gouverneur ne pourra plus correspondre avec l'extérieur que par le fil souterrain reliant le fort à la place de Toul. Cependant les Allemands, à la poursuite des armées françaises, passent au nord de la forêt de Parroy et au sud de la forêt de Mondon. A 18h30, le gouverneur rend compte que ses communications télégraphiques et téléphoniques avec Marainviller ont été coupées avant que l'ordre prescrivant la mise en œuvre du dispositif établi dans les piles du pont du chemin de fer ait été reçu. Le personnel chargé de la mise à feu et les travailleurs du génie se sont repliés sur le fort, en raison de l'approche de l'ennemi. Le gouverneur demande en conséquence au commandant de la IIème armée s'il n'y aurait pas lieu de détruire le pont à coups de canon. L'autorisation lui en est donnée à 22 heures. Mais cette opération est jugée difficilement exécutable par le commandant de l'artillerie du fort. On suppléera donc à la démolition du pont par une coupure qui sera pratiquée dans la voie ferrée en un point facilement battu par les pièces et les mitrailleuses du fort. Le 23 août au matin un détachement fait, en conséquence, sauter le remblai de la voie ferrée sur une longueur de 54 mètres à proximité immédiate de la station de la Neuveville

 

L’attaque du fort

· A partir du 23 Août, le fort est coupé des armées françaises, qui s'éloignent de plus en plus vers le sud-ouest et se retirent derrière la Meurthe, puis derrière la Mortagne. À 18 heures, un biplan allemand est venu reconnaître le fort à basse altitude certainement pour photographier l’ouvrage.

· Le 24 Août au matin, l'ennemi entoure complètement l'ouvrage, et la garnison se renferme dans le fort. L'artillerie n'a pu tirer que quelques salves sur des objectifs peu importants.

· Le 25 août, vers 8 heures, un ballon ennemi s'élève du côté de Chamelles. Attaqué par l'artillerie du fort, il est ramené à terre. A 9h30, le bombardement du fort commence sans qu'aucun indice ne permette de situer les batteries ennemies. En fin de journée, le fort qui a reçu des obus de 210 et de 305 mm, présente des dégâts sérieux. La tourelle Mougin sud est hors de service par un obus qui viendra la décalotter. Le passage sous fossé sud-est est inutilisable. La cuisine et la boulangerie ne peuvent plus fonctionner du fait de la destruction ou de l'obturation des conduits de cheminée. Une partie de l'approvisionnement des obus de 80 de campagne a explosé suite au bombardement et le poste optique est inutilisable, car un projectile de 210 ou 280 vient exploser à hauteur de la fenêtre aménagée pour le fonctionnement de l'héliostat. Le souffle pénétrant par cette fenêtre, entraîne tout le matériel contenu dans le poste et le projette au dehors après avoir arraché la porte d'entrée. Depuis 14h30, la communication avec Toul par fil souterrain étant coupée, il n'est plus possible de transmettre les ordres au fort de la IIe armée prescrivant de battre pendant la nuit avec son artillerie sur les trains circulant sur la voie ferrée venant d'Avricourt. Une accalmie, se produit dans la soirée et comme des mouvements ont été signalés aux environs du fort, la garnison s'attend à un assaut. Des dispositions sont prises en conséquence mais rien ne se produit et le bombardement reprend.

· Au cours de la journée du 26, divers organes du fort subissent de nouveaux dégâts. La deuxième tourelle en fonte dure Nord est mise hors de service depuis le début de matinée. La tourelle Galopin B de 155L est sérieusement endommagée, elle ne peut tirer que toute les demie heures après d’importantes manœuvres de force. La tourelle de 57 à tir rapide Sud Est a été prise à partie par les mortiers de 30,5 qui ont faussé le mécanisme et décroché le contrepoids empêchant ainsi l’éclipse de la tourelle avant qu’un coup direct déplace un voussoir et empêche la rotation de cette dernière. Un des coffres de contre-escarpe est gravement endommagé. Enfin la grille d'escarpe présente des brèches importantes.

· Depuis le début de l’après-midi, le bombardement est renforcé par le tir d'une batterie de 420, en position près de la gare d'Avricourt sa cible est certainement la tourelle Galopin A. Comme la veille, une accalmie se produit au début de la nuit, à diverses reprises, des lueurs intermittentes, qui apparaissent dans les réseaux, semblent indiquer le passage de reconnaissances ennemies. La garnison prend de nouveau ses dispositions pour résister à un assaut possible.

· Le 27 Août, le bombardement par 420, suspendu pendant la nuit, reprend dès le matin. La tourelle Galopin A reste bloquée par des morceaux de béton qui ne peuvent pas être retirés sans accalmie. Le Gouverneur réunit vers 9h30 le conseil de défense et malgré la violence du tir, la situation est jugée supportable et le moral de la garnison excellent. Mais, à partir de 12 heures, toutes les grosses pièces d’artillerie bombardent le fort, les événements se précipitent et l'effondrement de certains locaux, causés par les projectiles ennemis, réagit sur la garnison qui est en outre fortement incommodée par les gaz délétères que dégagent les explosions.

· Entre 14 et 15 heures, le gouverneur réunit pour la seconde fois le conseil de défense. Apres avoir demandé à chacun de ses membres son avis sur la situation, il se décide à capituler, abandonnant l'idée d'une sortie, jugé inexécutable car l’ennemie encercle l’ouvrage. Le drapeau blanc est hissé vers 15h30, les allemands prennent l’ouvrage et font prisonnier la garnison qui sort du fort à 18h avec les honneurs de la guerre. Le lendemain, les blessés, médecins et infirmiers quitteront à leur tour l’ouvrage.

 

L’état du fort après à la réédition

Au moment de la capitulation, la situation est la suivante :

Pendant les 54 heures de bombardement, le fort a été visé selon l’officier d’artillerie allemand par près de 5868 obus de gros calibre (dont 159 obus de 42 cm, 134 obus de 30,5 cm, 4596 obus de 21 cm et 979 obus de 15 cm.) soit un total de 17 000 obus si on rajoute les petits calibres comme les 7,7 cm.

L'armement, en état de servir comprend une tourelle Galopin de 155L bloquée par des débris, une tourelle de 57 à tir rapide et les tourelles de projecteurs. Les munitions sont encore abondantes, le fort n'ayant presque pas tiré (150 coups avec les tourelles de 155 et 700 coups avec les tourelles de 57).

Les casemates du casernent bétonné ont peu souffert, il n'y a eu nulle part rupture de la carapace de béton et il s'est seulement produit, dans les voûtes bétonnées, quelques détachements de ménisques. Dans deux casemates du casernement bétonné du front de tête, l’ancienne voûte en maçonnerie s’est effondrée entraînant avec elle le matelas de sable.

Un des coffres de contre-escarpe a été gravement endommagé. Une des deux communications avec la galerie de contrescarpe est rompue.

Le mur de contrescarpe n'a subi aucune dégradation sérieuse, il y a plusieurs brèches dans la grille d'escarpe et le réseau de fils de fer est très endommagé. 

Les conditions d'habitabilité étaient très mauvaises. La ventilation fonctionnait normalement, mais elle avait pour effet d’introduire dans les locaux l'air chargé de poussières et de gaz nocif qui recouvrait le fort et qui demeurait sur place à cause de l'absence complète de vent. De plus, les prises d'air étaient dans les fossés, où s'accumulaient les gaz lourds provenant des explosions. D’où de nombreux cas d'asphyxie dès les premières heures de bombardement intense.

La garnison compte 4 morts (dont 2 tués eu cours d'une patrouille extérieure), 30 blessés et de 120 à 150 cas d'intoxication (dont aucun n'aura de suites graves).

En somme, les dégradations étaient minimes.

Du côté allemand, le siège semble avoir été mené par 3 régiments d'infanterie, 2 régiments d'artillerie renforcés par 2 mortiers de 420 et 2 régiments du génie. L’attaque du fort, obligatoire de part sa surveillance des moyens de communication, a ralenti la progression allemande sur la bataille du Grand couronné en mobilisant un grand nombre d’hommes et de pièces d’artillerie.

L’armée Française ne soupçonne pas la chute du fort avant le 29 août. Ce jour-là, au début de l'après-midi, une reconnaissance aérienne signale que le fort est éteint et qu'il semble avoir subi un très violent bombardement, la place des tourelles n'est plus visible. L'impression de l'observateur est que le fort de Manonviller parait tombé aux mains de l'ennemi.

 

L’occupation allemande

Les allemands feront de la propagande en citant dans la presse qu’ils ont pris le fort le plus puissant au monde.

Ils détruiront volontairement l’ouvrage à partir du 27 août où des explosions seront entendues tous les jours jusqu’au 12 septembre où ils anéantiront les cuirassements en faisant exploser près de soixante tonnes d’explosifs et de munitions non utilisées juste avant leur départ. Ces destructions consistent à détruire l’ouvrage et à masquer le peu d'effet des projectiles de gros calibres type 305 ou 420 mm.

Le 13 septembre à 5 heures du matin, les français récupéreront un ouvrage complètement inutilisable qui était un mois plutôt l’une des fortifications les plus modernes du nord-Est de la France.

 

Le fort pendant le restant de la Grande Guerre

18 septembre, 2 officiers du Génie, les Commandants Wasser et Dumon, viennent inspecter l’ouvrage, ils ont bien du mal à différencier les dégâts causés par les bombardements de ceux causés par les destructions volontaires allemandes. Il faudra attendre le retour de captivité du docteur Blusson, médecin du fort, pour apprendre que le fort était devenu invivable sous le bombardement, bien que les installations intérieures ont continués à fonctionner (usine électrique, éclairage et ventilation).

Pendant le restant de la guerre, le casernement bétonné de gorge du fort sera utilisé comme base arrière et quelques travaux de 17 (chicanes) seront aménagées dans les galeries suite à la bataille de Verdun en 1916.

 

Conclusion

Les autorités Françaises constatent que les causes de la reddition ne sont pas uniquement d'ordre matériel puisque le fort est relativement peu endommagé et que si l'armement a souffert, la garnison est intacte, elle peut encore s'opposer à un assaut

Elles sont surtout d'ordre moral par :

- Les dépressions produites par les vibrations intenses et répétées des projectiles de très gros calibre (effet d'autant plus considérable que la garnison n'est pas entraînée).

- Le sentiment d'impuissance contre les moyens d'artillerie de l'attaque - insuffisance et mise hors d'usage des 3/4 de l'armement d'interdiction.

- La crainte que la garnison ne soit asphyxiée ou ensevelie sans avoir pu réagir.

- Le fait de sacrifier la garnison inutilement alors que l’armée allemande a fortement progressée.

 

La chute rapide du fort de Manonviller, sous l’action du bombardement, démontre l'efficacité d’attaquer les ouvrages isolés de petites dimensions, surtout au début d'une campagne. Même en tenant compte des imperfections de notre fortification, cet enseignement demeure valable pour l'avenir et condamne l'emploi des forts d'arrêt en pays moyennement accidenté.

On peut remarquer, au surplus, que le fort de Manonviller n'a pas eu à remplir son rôle d'arrêt sur les routes et voies ferrées avoisinantes. Ce rôle a d'ailleurs été rempli aussi efficacement et à meilleur compte par des destructions par des troupes mobiles.

 

Ce fort a été plus nuisible qu'utile non pas en raison de sa destruction même qui a été sans aucune influence sur la suite des événements, mais en raison du peu de durée de sa résistance, ce fort étant l’un des plus puissants de nos ouvrages. Sa chute, en un temps restreint, d'ailleurs habilement exploitée par la propagande germanique, a jeté le discrédit sur la fortification permanente, plus encore peut être que la perte des Places Belges. Ce qui aidera largement au désarmement des places fortes en août 1915 et à la bataille de Verdun en 1916 où un grand nombre de vies aurait pu être épargnée si cette place forte n’avait pas été désarmée. Il faudra attendre cette la bataille de Verdun en 1916 pour montrer la résistance de ce type de fortification.

L’intérieur du casernement de guerre de gorge ayant perdu une partie des pierres de taille qui ont été pillées après la deuxième guerre mondiale

Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée du fort après le bombardement avant la destruction des tourelles cuirassées.

Collection Lionel PRACHT

Le fort de Manonviller ou fort Haxo

Une tourelle Mougin décalottée après le bombardement. Collection Lionel PRACHT

Carte postale du tir des tourelles avant guerre. Collection Lionel PRACHT

Photo après le bombardement d’une pièce de 155L devant le fort qui servait certainement d’école à feu avant la bataille car il n’y a plus ce type de pièce en dehors de l’armement sous tourelle pour défendre le fort depuis plus de 20 ans. Collection Lionel PRACHT

Le coffre double de contre-escarpe après sa destruction volontaire le 28 août 1914 le lendemain de la chute du fort

Collection Lionel PRACHT

L’observatoire cuirassé de commandement Sud-Est est le seul cuirassement du fort encore en place qui a échappé aux destructions et au ferraillage du fort.

Cliché VAUBOURG Cédric

Une des deux tourelles de 57 à tirs rapides juste avant sa destruction.

Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le samedi 29 août 1914 ou l’on voit que les allemands ont déjà endommagés les coffres de contre-escarpe et aggravés l’état de certaine tourelles.

Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort après le bombardement avant la destruction des tourelles.

Collection Lionel PRACHT

Le casernement du temps de paix après le bombardement.

Collection Lionel PRACHT

Une des deux tourelles Mougin après le bombardement.

Collection Lionel PRACHT

Les pièces de flanquement des fossés : canons revolver et canon de 12 culasse sortis des coffres de contre-escarpe avant la destruction par les allemands le 28 août 1914. Collection Lionel PRACHT

Les casernement du temps de paix à étage après le bombardement.

Collection Lionel PRACHT

La tourelle Mougin sud après le bombardement.

Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le samedi 29 août 2014 où l’on voit que les allemands ont déjà endommagés les coffres de contre-escarpe et aggravés l’état de certaine tourelles. Collection Lionel PRACHT

Les restes de la tourelle de 57 Nord à tir rapide après sa destruction au saillant 2 du fort. Collection Lionel PRACHT

Des morceaux de la tourelle Galopin B devant le casernement bétonné de gorge. Collection Lionel PRACHT

Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort vers 1915 -1916.

Collection Lionel PRACHT

Des blocs de béton de la tourelle Galopin B au dessus du casernement de gorge. Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort fin 1914 où l’on trouve des pièces d’artillerie endommagées avant le départ des allemands. Collection Lionel PRACHT

En haut à Gauche la tourelle de projecteur ouest n’ayant pas été détruite par les allemands. Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort en 1913

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L’entrée du fort. Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée du fort. Cliché VAUBOURG Cédric

Un des deux coffres de courtine qui défend l’entrée du fort.

Cliché VAUBOURG Cédric

L’intérieur d’un des deux coffres de courtine.

Cliché VAUBOURG Cédric

Les créneaux de fusillades qui défendent l’entrée.

Cliché VAUBOURG Cédric

La galerie principale. Cliché VAUBOURG Cédric

Détail des dégâts de l’explosion de la tourelle Mougin dans la galerie principale.  Cliché VAUBOURG. Cédric

Les dégâts dans la galerie principale. Cliché VAUBOURG Cédric

Un des deux corps de garde à l’entrée du fort.

Cliché VAUBOURG Cédric

Les dégâts liés à l’explosion d’une tourelle Mougin près du casernement du commandement. Cliché VAUBOURG Cédric

La chambre du commandant.

Cliché VAUBOURG Cédric

L’accès au pigeonnier près de la tourelle Mougin Sud. Cliché VAUBOURG Cédric

Le casernement du commandement .

Cliché VAUBOURG  Julie

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Rectangle à coins arrondis: Suite des photos

L’entrée du fort près des corps de garde. Cliché VAUBOURG Cédric

Le casernement  près de la chambrée du commandement . Cliché VAUBOURG  Julie

Croisement de galeries près du casernement bétonné de gorge.

 Cliché VAUBOURG Cédric

 

1881

1886

1888-90

1906

Pièces de rempart

du fort

 

 

 

 

Rechanges

10 canons de 155 L

9 canons de 120 L

5 canons de 95

 2 mortiers lisses de  27

4 mortiers lisses de 22

 

1 canon de 155 L

1 canon de 120 L

1 canon de 95

7 canons de 155 L

14 canons de 120 L

6 canons de 95

2 mortiers lisses de  27

4 mortiers lisses de 22

 

1 canon de 155 L

12 canons de 95

4 canons de 95

Cuirassements

et casemates

 

2 tourelles Mougin

2 tourelles Mougin

2 tourelles Galopin de 155L

2 tourelles Buissière de 57

9 observatoires cuirassés

9 guérites blindées

Avant chemin couvert Est

Batterie annexe Est

7 canons de 95

5 canons de 120 L

Désarmé

Désarmée

Supprimé

Supprimée

Défense des fossés

5 canons de 4

5 canons à balles

5 canons révolver

5 canons de 12 culasses

6 canons révolver

5 canons de 12 culasses

Nb de pièces

55

60

26

28

Dates de construction

Coût des travaux du fort et des deux batteries annexes en 1883

Effectif prévu 896 hommes en 1885

· 15 juillet 1879 – 1882

 

· 3 500 000 Fr or

· 24 officiers , 28 sous-officiers et 864 soldats

· 1 infirmerie pour 90 malades et 1 écurie pour 14 chevaux

Capacité du casernement à l’épreuve

Capacité des casernement en maçonnerie

Capacité des deux magasins à poudre

Capacité des magasins aux cartouches

 

 

· Aucun

· 630 places couchées

· 226 tonnes de poudre noire à la construction du fort

· 2 magasins aux cartouches d’une capacité de 1 000 000 de cartouches à la construction du fort

Cuisine

 

Boulangerie

Puits et citernes

 

Pont de l’entrée principale

· 2 à 3 cuisinières de marque François Vaillant et une cuisinière type Choumara

· 1 four de 225 rations chacun

· 3 puits de 36 m3 de débit alimentant des citernes d’une capacité total de 226 m3

· 1 pont levis à bascule en dessous

Communication liaison optique

 

 

Communication télégraphe électrique

 

 

 

Pigeons voyageurs

 

Eclairage en 1914

· Avec le fort de Pont Saint-Vincent à 41 km grâce à un appareil de calibre 50 ou 60 fonctionnant avec une lampe à pétrole ou à acétylène.

· Avec les avant postes frontières, les communes de Lunéville, Marainviller et la place forte de Toul par le biais du fort de Pont-Saint Vincent grâce à un téléphone Ader et une boite de forteresse.

· Le fort possède un pigeonnier et plusieurs pigeons voyageurs pour communiquer avec les places fortes de Toul  et d’Epinal.

· Lampes électriques à incandescence pour l’intérieur du fort (casernements, magasins, tourelles, abris, communications et contre-mines)

· Lampes de secours à pétrole pour l’intérieur du fort, lampes de secours à bougie et à pétrole pour les tourelles.

· Lampes à arc à miroir pour l’éclairage des fossés depuis les coffres de contre-escarpe.

· 1 projecteur électrique à Arc à miroir Mangin de 40, 2 tourelles de projecteur et 2 groupes photo-électriques de 60 à pétrole et à vapeur pour l’éclairage des abords.

Effectif à la mobilisation en 1914 à la première heure

 

· Infanterie : 12 officiers et 421 soldats du 167°Régiment d’infanterie

· Etat Major artillerie : 1 homme

· Artillerie : 5 officiers et 270 artilleurs du 6ème régiment d’artillerie à pied

· Etat Major Génie : 1 homme

· Génie : 28 hommes du 10ème Régiment du Génie

· Personnel de mise en œuvre des dispositifs de mine : 1 officier

· Sapeurs colombophiles : 3 hommes

· Sapeurs télégraphistes : 1 homme

· Commis et ouvriers d’administration : 11 hommes de la 23ème section

· Services médicaux : 1 officier médecin, 1 médecin et 5 infirmiers

Soit un effectif de 20 officiers et 746 hommes