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Le dépôt B de Souville

Le fort de Souville

La tourelle Bussière annexe

Le dépôt C de Souville

La batterie 8-5 de l’hôpital

Le dépôt I de Tavannes

La batterie 8-6 du tunnel

La batterie 6-9 de Tavannes

Le tunnel de Tavannes

Le fort de Tavannes

La batterie de Mardi-Gras

Le projecteur de Mardi-Gras

L’abri de combat LLM1

Le magasin de la Renarderie

L’abri de combat LLM2

L’ouvrage E d’Eix

Le projecteur d’Eix

La batterie 1-2 de Moulainville

Le dépôt J de Moulainville

Le fort de Moulainville

L’abri de combat MD1

L’abri de combat MD2

L’ouvrage F de Manesel

L’ouvrage de la Croix Brandier

Le magasin de Belrupt M3

Le fort de Belrupt

L’ouvrage de Déramé

L’ouvrage G de Châtillon

L’abri de combat DR1

Le dépôt K  du Rozelier

Le fort de Rozelier

Le dépôt X du Rozelier

L’abri de combat RSS1

L’ouvrage P de Jaulny

L’ouvrage des Réunis

Dépôt W de Saint Symphorien

L’abri de combat RSS2

L’ouvrage F de St-Symphorien

L’abri de combat SSH1

Le magasin d’Haudainville M4

Le fort d’Haudainville

Le dépôt T d’Haudainville

L’abri de combat HLF1

La batterie 6-6 de l’Ollier

Le fort de Génicourt

L’ouvrage de la Falouse

L’abri de combat LFD1

L’abri de combat LFD2

Le dépôt V de Dugny

Le fort de Dugny

L’abri de combat DL1

Dépôt U de Dugny-Landrecourt

L’abri de combat DL2

Le fort de Landrecourt

L’abri de combat LR1

Le dépôt L de Landrecourt

L’ouvrage I du Chapitre

Le magasin Champ de la Gaille

L’abri de combat LR2

Le fort de Regret

La batterie annexe 3-7

Batterie s 3-4 & 3-6 de Regret

L’ouvrage J de Baleycourt

Le dépôt M de Regret

L’abri de combat RS1

L’abri de combat RS2

Le fort de Sartelles

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Le fort de Moulainville est un petit ouvrage construit en rive droite de la Meuse dans la prolongation du massif des hauts de Meuse à 372 mètres d’altitude. Il surveille le secteur Est de la place où passent des moyens de communication venant de Metz. Il peut aussi défendre les intervalles entre les forts de Vaux, de Tavannes et du Rozelier. Son armement est renforcé par une batterie artillerie annexe.

L’armement du fort à la veille de la Grande guerre

 

Pièces de rempart du fort

2 sections de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches

1 section de 2 mitrailleuses sur trépied modèle 1907 approvisionnée de 43200 cartouches

 

Cuirassements et casemates

1 tourelle Galopin de 155R 07 armée d’1 canon de 155R approvisionnée à 2000 coups.

Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange.

1 casemate de Bourges armée de 2 pièces de 75 sur affût de casemate

approvisionnée à 500 coups/pièce, possédant un tube de rechange.

 2 tourelles de mitrailleuses GF4 chacune armées de 2 mitrailleuses Hotchkiss

approvisionnées de 57600 cartouches/tourelle. Elle possèdent chacune une mitrailleuse de rechange

1 tourelle de 75R 05 armée de 2 canons de 75  approvisionnée à 2000 coups/pièce.

 Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange

2 observatoires cuirassés de commandement

2 guérites blindées de rempart

Défense des fossés

2 coffres simples de contrescarpe armés chacun d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups

et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

1 coffre double de contrescarpe armé de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce

 et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

1 caponnière double de gorge renforcée armée de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

1 canon révolver qui surveille la descente de l’entrée de guerre depuis une chambre de tir aménagée dans la chambrée de troupe au sous sol du côté droit du casernement bétonné. Il est approvisionnés à 1800 coups.

 

Total 29 pièces d’artillerie

 

Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914

 

Batteries d’artillerie

batterie d’artillerie 1-2 armée de 4 canons de 120 Long sur affût SP

batterie d’artillerie 1-3 non armée batterie de renforcement

batterie d’artillerie 1-4 armée de 4 canons de 120 Long sur affût SP

batterie d’artillerie 1-5 non armée batterie de renforcement

batterie d’artillerie 1-6 2 canons de 90 sur affût de campagne

 

Ouvrages d’infanterie

 Ouvrage E d’Eix construit de 1887 à 1888 possède un abri de rempart non à l’épreuve de 100 places assises. Il  avait une garnison nominale de :

Infanterie : 1 officier et 76 soldats

Son armement se composait :

1 sections de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907

 

Abris de combat et abris cavernes

Abri de combat LLM2 est un abri construit de 1899 à 1900 d’une compagnie ayant une capacité de 200 places

Abri de combat MD1 est un abri construit en 1905 d’une demi-compagnie ayant une capacité de 100 places.

 

Dépôts intermédiaires

1 dépôt intermédiaire construit vers 1891

Magasins de secteur

Pas de magasin de secteur

Divers

Abri pour projecteur d’Eix

Projets de modernisation

 

Programme 1900

Coût des travaux 1 687 000 Fr or

 

· Remplacement des trois caponnières de tête par un coffre double et deux coffres simples de contrescarpe. Construction de plusieurs abris de remparts pour 80 hommes assis, de deux casemates de Bourges armées de deux canons de 95 sur affuts de côte modèle 1888. Renforcement de la caponnière de gorge, du magasin à poudre et remaniement des parapets d’infanterie

 

Projet supplémentaire de 1908

 

· Installation d’un réseau de fils de fer, d’une tourelle Galopin double, de deux tourelles de mitrailleuses, d’une tourelle de 75R05 et de deux observatoires cuirassés.

· Installation d’une tourelle de 75 extérieure et d’un observatoire cuirassé à l’ouvrage d’Eix

 

Modernisations

 

· 1889-1891 Renforcement d’une partie du casernement de paix et de la galerie principale par une carapace de béton spécial. Coût des travaux 380 274 frs

· 1890-1900 Connexion au réseau de voie de 60.

· 1905-1909 Construction de trois coffres de contrescarpe à la place des trois caponnières de tête , de communications bétonnées qui relient les différentes parties à l’épreuve de l’ouvrage et d’une casemate de Bourges armée de deux pièces de 75 qui flanquent vers le fort de Rozelier. Renforcement de la caponnière de gorge, remaniement des parapets et suppression du magasin à poudre modèle 1874. Aménagement d’une entrée de guerre et d’une chambre de tir dans le casernement bétonné qui surveille la descente de l’entrée de guerre avec un canon révolver de 40 mm. Installation d’un réseau de fils de fer autour de l’ouvrage et de grilles défensives à l’entrée du fort et au dessus des coffres de contrescarpe. Coût des travaux 1 484 107 frs

· 1906-1908 Installation de la tourelle de 155R 07 et de son observatoire cuirassé. La tourelle était prête à tirer en 1908. Coût des travaux 435 000 frs

· 1907-1909 Installation de trois observatoires cuirassés, de deux tourelles de mitrailleuses et d’une tourelle de 75R05 qui seront prêtes à tirer le 12 janvier 1909. Coût des travaux 327 000 frs

· 1907-1909 Installation d’une ventilation manuelle pour les casernements.

Armement du fort et cuirassements installés entre 1884 et 1910

En 1914, le fort de Moulainville est un ouvrage modernisé de première catégorie de la 6ème région qui possède un casernement et des magasins à munitions à l’épreuve. Son armement qui est placé sous casemates bétonnées et sous tourelles cuirassées est identique à celui du fort de Douaumont, Les travaux devaient commencer par l’installation d’une deuxième casemate de Bourges qui devait flanquer vers le fort de Tavannes.

Equipement du fort en 1914

Le casernement bétonné et la galerie principale. Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée de guerre pendant la bataille.

Collection Monsieur TUPIN

Vue aérienne du fort de Moulainville le 13 mars 1916.  © Lionel PRACHT

Ce fort a prouvé avec certains autres ouvrages de la place que la fortification moderne est un excellent moyen de défense quand elle est utilisée dans les conditions auxquelles elle était prévue.

De 1930 à 1933, une grande partie du réseau de 17 sera bétonné pour ne pas fragiliser la superstructure de l’ouvrage en cas d’effondrement de ces galeries et pour permettre l’accès aux différents blocs de combat. Les collerettes des engins cuirassés seront réparées et remises en état.

En 1933, un mortier Batignolles de flanquement des fossés sera testé et installé dans le coffre simple du coté droit du fort.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la casemate de Bourges sera incendiée par des munitions qui y étaient entreposées, le fort sera en partie ferraillé sous l’organisation Todd, mais les cuirassements ne seront pas démantelés.

Aujourd’hui, le fort est toujours propriété de l’armée, sa gestion est confiée au conservatoire d’espèces naturelles de Lorraine pour la protection des chauves souris qui a complètement fermé l’ouvrage. Son accès est interdit et très dangereux.

Photo allemande de la tourelle de 75 pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort de Moulainville. Cliché VAUBOURG Cédric

La galerie principale. Cliché VAUBOURG Cédric

Une chambrée du casernement bétonné. Cliché VAUBOURG Cédric

La deuxième chambrée du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Julie

Un lavoir derrière une chambrée du casernement bétonné

Cliché VAUBOURG Julie

L’arrière de la deuxième chambrée du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Julie

Rectangle à coins arrondis: Suite des photos

Le passage derrière les chambrées du casernement bétonné

Cliché VAUBOURG Julie

L’arrière de la chambrée du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Cédric

Le passage devant une chambrée du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Cédric

Le casernement bétonné au niveau de l’entrée de guerre.

Cliché VAUBOURG Cédric

Des latrines au sous sol du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Cédric

La grande chambrée au sous sol du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Cédric

www.fortiffsere.fr VAUBOURG Cédric et Julie © COPYRIGHT Mentions légales

Détail de l’architecture du casernement bétonné.

Cliché VAUBOURG Julie

L’intérieur du bloc pour mitrailleuses qui surveille l’entrée aménagé en 1917 à droite du casernement bétonné. Cliché VAUBOURG Cédric

Le sous sol de la caponnière de gorge.

Cliché VAUBOURG Cédric

Le sous sol de la caponnière de gorge. Cliché VAUBOURG Cédric

Une pièce voisine du sous sol de la caponnière de gorge.

Cliché VAUBOURG Cédric

Un local près de la caponnière de gorge du coté gauche.

Cliché VAUBOURG Cédric

Un  poêle à bois au sous sol de la caponnière de gorge.

Cliché VAUBOURG Julie

Une ancienne galerie du fort en maçonnerie près de la caponnière de gorge. Cliché VAUBOURG Julie

La chambre de tir de gauche de la caponnière de gorge .

Cliché VAUBOURG Cédric

La chambre de tir de droite de la caponnière de gorge .

Cliché VAUBOURG Cédric

Une ancienne galerie du fort en maçonnerie près de la caponnière de gorge. Cliché VAUBOURG Julie

La galerie derrière la caponnière de gorge.

Cliché VAUBOURG Julie

Le sous sol du casernement bétonné du coté gauche .

Cliché VAUBOURG Cédric

Une pièce au sous sol du casernement bétonné du coté gauche .

Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée du fort de Moulainville dans les années 50. Tous droits réservé

Le fort de Moulainville ou fort Feuquières

La chambre de tir de la tourelle de 155R ayant gardée son canon de 155R.

Cliché VAUBOURG Cédric

Cette partie ci-dessous sur la bataille de Verdun est reprise d’après la monographie du Colonel Benoit (Adjoint au Général Ct le Génie de la 11ème armée) rédigée le 23 novembre 1917

 

Rôle du fort avant l’attaque de Verdun

 

Le fort de Moulainville faisait partie, à la mobilisation, du 2ème secteur de la place de Verdun. Sa garnison comprenait une Compagnie d’infanterie et une batterie d’artillerie. Le 31 août 1914, sa tourelle de 155R tira 13 obus à mitraille sur la lisière sud du bois de Moranville, à l’est de l’étang, sur une masse compacte de travailleurs ennemis ; le 25 septembre, elle envoya 2 obus explosifs dans la direction de Fromezey, mais son rôle actif fut terminé dès que la Woëvre, jusqu’aux abords d’Etain, fut occupée par les troupes françaises. Le fort ne fut plus qu’un observatoire merveilleux, constamment utilisé et, en particulier, lors des attaques dans la Woëvre en avril 1915.

D’après le plan de défense de la place de Verdun, les tourelles du fort devaient être approvisionnées à 2000 coups par canon et la casemate de Bourges à 1000 coups. Mais à la suite de la note du 9 octobre 1914 du G.Q.G. appelant l’attention sur le peu de durée des ouvrages permanents soumis au bombardement lointain, mais précis, des grosses  pièces de siège, et prescrivant de ne laisser dans les forts les munitions strictement indispensables, les approvisionnements furent nivelés à 1000 coups par organes (tourelles et casemates) et les munitions qui étaient en trop furent transportées le 22 octobre dans les magasins du secteur.

Ces approvisionnements furent encore réduits dans les derniers mois de 1915, la casemate de Bourges du fort fut en outre désarmée et ses munitions enlevées. On prit, vers cette même époque, les dispositions nécessaires pour la destruction des principaux organes du fort. En particulier, 14 puits furent creusés le long de l’escarpe et de la contrescarpe pour la destruction de ces murs sur 50 mètres de long.

 

Etat du fort pendant la première guerre mondiale

Les observateurs dans leur cahute aménagée sur un parapet bétonné en janvier 1916

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Des officiers d’Etat Major donnant des explications et montrant une coupole aux membres de la presse anglaise. © BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Rôle du fort au début de l’attaque de Verdun

 

L’attaque allemande commença sur le front nord de Verdun le 21 février 1916 ; les troupes françaises durent abandonner une partie du terrain qu’elles occupaient et se replier sur la côte du Talon, la côte du Poivre et Douaumont, front qu’elles tenaient le 24 février. Ce jour-là, le Général Herr, Commandant le R.F.V. (Région fortifiée de Verdun) donna l’ordre : 1° au Groupement Chrétien, qui défendait la région N.E. de Verdun, de s’établir sur les côtes de Meuse jusqu’à Eix inclus, les éléments de Woëvre devant être retirés dans la nuit du 24 au 25, en laissant simplement des avant-postes ; 2° au Groupement Duchêne, qui défendait la région Est, de maintenir des avant-postes sur ses emplacements en Woëvre et d’occuper le pied des côtes depuis Eix jusqu’à Eparges. Pour ces deux groupements ayant des éléments en Woëvre, tout le matériel  qui ne pourrait être replié devait être détruit. On devait faire passer sur la Rive Gauche de la Meuse tous les éléments (parcs, convois, T.R., cavalerie,…) pouvant y passer dans la nuit.

Le fort de Moulainville eut à protéger notre retraite dans la Woëvre. Dès le 25 février, sa tourelle de 155R entra en action et du 25 au 29 février, envoya 346 obus sur Haraigne, Hautecourt, les Cognons et Moranville. 

La tourelle de 75 entra en action le 26 ; et du 26 au 28 tira 576 projectiles sur le bois des Cognons, le bois de Moranville, la côte 255, ainsi que sur la route Moranville-Blanzée.

Les allemands ripostèrent aussitôt ; ils envoyèrent sur le fort, le 26 février, 60 obus dont 10 de 210 et 30 de 150 ; le 27, 200 obus de petit calibre (77 et 105) ; 200 de gros calibre (150 et 210) et 30 de 420 ; les deux jours suivants, 150 projectiles, la plupart de gros calibre, peut-être même encore quelques 420 ; mais ces bombardements n’eurent aucune action sur les tourelles qui continuèrent à bien fonctionner.

Pendant ces tirs et bombardements, l’équipe constituée avant l’attaque de Verdun pour la destruction éventuelle du fort effectuait la mise en place des explosifs dans les différents organes de l’ouvrage. Par ordre du 24 février, en effet, le Général Commandant la R.F.V. avait ordonné le chargement immédiat des dispositifs de mine des forts de la rive droite de la Meuse ( y compris les casemates et les tourelles) et avait délégué le Général CDT. Le 2ème C.A. (Général Duchêne) pour donner, lorsqu’il le jugerait indispensable, l’ordre de mise à feu concernant les ouvrage au sud de la route d’Etain, parmi lesquels se trouvait le fort de Moulainville.

On chargea, les 25 et 26 février, les 14 fourneaux de mine ménagés derrière l’escarpe et la contrescarpe, à raison de 250kg de poudre par fourneau ; on s’occupa ensuite des dispositifs de destruction de la casemate de Bourges, et, dans les premiers jours de mars, on commença la mise en places des explosifs dans la tourelle de 75, celle de 155 continuant toujours à tirer. La II° Armée, qui avait remplacé le 26 février la R.F.V. avait, le 4 mars, donné l’ordre de laisser chargés mais non amorcés, les dispositifs de mines de forts de la rive droite. ; mais devant les inconvénients qui en résultaient pour les tourelles, elle décida le 7 mars que ces prescriptions ne s’appliqueraient pas à ces organes, qui ne devaient être chargés et amorcés que sur l’ordre du Général Commandant la Division. La tourelle de 75, fut à la suite de ce dernier ordre, remise en état de tirer ; elle reprit ses tirs le 9 mars, et envoya jusqu’au 31 mars 2192 projectiles sur Abaucourt, Moranville, Blanzée et sur la route reliant ces villages.

La tourelle de 155R, qui n’avait pas cessé de tirer, envoya en mars, 1897 obus sur Bezonvaux, La Plume, Dieppe, Haraigue, Broville, Hautecourt, Grimaucourt, Hormeville, ainsi que sur les batteries ennemies de Hautes Charrières, de Montricelle et des Cognons. La note du 11 mars prescrivant le réarmement des casemate de Bourges, entraîna le déchargement des dispositifs de ces organes. Le 1er canon de la casemate de Moulainville fut remis en place dans la nuit du 30 au 31 mars et le 2ème dans la nuit du 14 au 15 avril.

Au cours du bombardement subi par le fort le 27 février, 5 des fourneaux de mines de l’escarpe sautèrent sous l’action des projectiles ennemis et firent une brèche importante. Comme par la suite, des accidents analogues se produisirent dans d’autres forts, le Général Cdt l’Armée décida, le 26 avril, le déchargement et le recomblement des dispositifs de destruction préparés à la gorge des forts. Devaient seuls être prévus, les moyens de faire les sauter les organes délicats pouvant être utilisés par l’ennemi après la prise du fort. Les poudres devenues sans emploi au fort de Moulainville à la suite de cette décision, en furent retirées du 6 au 13 mai 1916.

L’observatoire de la tourelle de mitrailleuses sud atteint par un obus en mai 1917. © BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Garnison et mission du fort

 

Le Capitaine d’artillerie Schrameck, qui était au fort avant l’attaque allemande et qui commandait les éléments qui s’y trouvaient à cette époque, fut remplacé le 28 février par le Capitaine d’artillerie Harispe qui prit le titre de Commandant du fort de Moulainville.

Lorsque la II° Armée réorganisa les forts de Verdun (10 mars 1916) le fort de Moulainville fut doté d’une garnison fixe et il y eut tout d’abord deux sections de mitrailleuses et 100 artilleurs ; en outre dans la nuit du 28 au 29 mars, une Compagnie du 234° R.I. fut envoyée. Par la suite, le fort reçut une Compagnie entière de mitrailleurs (17 avril) avec 2 mitrailleuses supplémentaires ; le 6 juin, 4 autres mitrailleuses lui furent envoyées.

La mission de l’ouvrage (27 mars) était de tenir à tout prix.

La consigne du fort fut précisée par la suite en ces termes : (25 avril) «  Le fort fait partie de la 2ème position et doit agir efficacement par ses feux d’artillerie (155 et 75) en cas d’attaque de la 1ère position. Si cette 1ère position tombe entre les mains de l’ennemi et que celui-ci prenne pied sur les Hautes-des-Côtes, le fort fait partie intégrante de la nouvelle ligne de résistance. Sa défense s’exerce alors en combinant l’action des feux d’artillerie, d’artillerie de tranchée et d’infanterie. »

La façade du coté gauche des casernement du temps de paix le 13 juillet 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Premiers bombardements du fort

 

A partie du 26 février, le fort fut presque quotidiennement soumis à des bombardements souvent intenses, surtout sur sa gorge. Il a été indiqué plus haut l’importance des bombardements de février. Dans la 1ère semaine de mars, le fort reçut 346 projectiles de 210 et 199 de 150. Le 2 mars, à la suite d’un violent bombardement par obus de gros calibres ( 305 et peut-être quelques 420), la descente du coffre gauche aux abords de la tourelle de mitrailleuses fut détruite vers le point I ; l’escarpe fut démolie vers le N.E. sur 10 à 12 mètres de longueur par le projectile tombé au point 2 ; le mur à bahut placé au-dessus de la caponnière de gorge fut détruit (projectile n°3). Le 8 mars, le fort subit un nouveau bombardement par obus de 420 ; 60 projectiles de ce calibre furent tirés sur le fort ; le 12 du même mois, nouveau bombardement avec 40 autres obus de 420. Pendant le mois de mars, le fort reçut 1360 projectiles de calibres divers.

Les bombardements faits avec des obus de 420 occasionnèrent un certain nombre de dégâts importants. C’est ainsi que lors du bombardement du 8 mars, les obus 4 et 5 tombés en arrière  du mur de contrescarpe et 6 tombé en arrière du mur d’escarpe, renversèrent ces deux murs, formant ainsi une brèche praticable de 30 mètres environ de longueur.

Un autre projectile (n°7) tombé en avant de la collerette en béton de ciment de la tourelle de 155R a fissuré le massif en béton à hauteur du plancher de l’étage, après avoir traversé le terrassement et la rocaille placés en avant. Le mécanisme de la tourelle a été légèrement faussé, et un des 5 voussoirs en acier moulé, dont l’épaisseur moyenne est de 0m25, a été brisé en deux parties. La réparation de la tourelle fut effectuée en 2 jours.

Le projectile indiqué en 8, tombé à l’ouest de la communication reliant les deux tourelles à canon, a chassé à l’intérieur le piédroit ouest, construit en béton de ciment de 1m50 d’épaisseur ; de gros blocs de béton ont obstrué le passage.

D’autres obus tombèrent sur les locaux non bétonnés situés au sud du fort en y causant de grands dommages ; le projectile n°9 traversa environ 6m de terre et de pierrailles et de 2m de maçonnerie. Son explosion intéressa les voûtes des deux casemates juxtaposées et renversa le mur de façade de la casemate 17.

Le projectile n°10, tombé au-dessus de la casemate 16, à de même traversé le matelas de terre et la voûte, puis une voûte de cave de 1m50 d’épaisseur ; il est venu ensuite heurter le piédroit qu’il a un peu entamé et a fini  par se coucher sur le sol sans éclater. La fusée de cet obus fut dévissée le 9 avril et l’obus lui-même fut enlevé le 12 avril par les soins de l’Artillerie de l’Armée.

Le projectile n°11, tiré peut après le précèdent, a éclaté après avoir traversé le matelas de terre et la voute sans démolir le mur de façade.

Lors du bombardement du 12 mars, un projectile de 420 tomba à proximité de la gaine N.E. et en démolit le piédroit sur 4 à 5 mètres de longueur (N°12), cette gaine venait d’être remise en état à la suite du bombardement du 2 mars.

Un autre projectile (N°13), tombé près du piédroit sud de la gaine centrale, mit ce piédroit à découvert et renversa le mur de retour en béton de ciment.

Un autre (N°14) tombé près du piédroit Nord de la communication centrale, construit en béton de ciment de 2m d’épaisseur, semblerait avoir fait tourner ce piédroit autour de l’arête intérieure de sa fondation, en entraînant avec lui une partie de la voûte.

En outre, d’autres projectiles creusèrent, surtout dans le réseau du front de tête, des trous d’assez grandes dimensions, mais sans toutefois raser entièrement le réseau. D’autres tombèrent dans les fossés, en particulier dans la partie sud du fossé du front de tête, en y bouleversant le sol et faisant quelques brèches dans l’escarpe (notamment vers le point 15). Les superstructures furent aussi fortement détériorées.

Sous l’effet des vibrations dues au choc et à l’éclatement des projectiles de 420, les citernes du fort se fendillèrent et laissèrent échapper l’eau. On les répara par la suite.

Vue sur le fort de Moulainville le 11 janvier 1916

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Une chambre de troupe au sous-sol du côté droit.

© VAUBOURG Cédric

Un escalier qui relie les deux niveaux du casernement bétonné

© VAUBOURG Julie

L’entrée du fort le 11 janvier 1916

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La tourelle de 75 et son observatoire le 11 janvier 1916

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La tourelle Galopin de 155R le 11 janvier 1916

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Des officiers d’Etat Major donnant des explications et montrant la tourelle Galopin de 155R aux membres de la presse anglaise en janvier 1916.

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Des officiers d’Etat Major donnant des explications et montrant la tourelle de 75 aux membres de la presse anglaise en janvier 1916

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Vue sur le fort et les travailleurs qui en sortent le 11 janvier 1916.

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Alimentation en eau du fort

 

Cet accident survenu aux citernes privait le fort de l’eau qui lui était nécessaire. Jusqu’à ce moment, le fort était alimenté par des sources captées dans le ravin de Moulainville, au sud du fort, et élevées au moyen d’une usine située dans le ravin. Quoique près de l’ennemi, l’usine ne fut elle-même jamais atteinte par les projectiles et put fonctionner la nuit.

Pour mener l’eau au fort, on songea à installer entre l’extrémité de la conduite réparée et les citernes une jonction mobile pouvant être posée, employée et déposée en une nuit. On adopta à cet effet une manche de pompiers de 500m de long avec raccord facile et solide pour jonctionner la manche en toile et l’extrémité de la conduite en fonte.

Le 18 avril, on put commencer par ce procédé le remplissage des citernes.

Plusieurs fois depuis, les citernes se fissurèrent. Après réparation, on put facilement les remplir avec la manche en toile.

La manche servait une fois par semaine pour la consommation courante du fort.

La caponnière de gorge et le pont levis complètement détruit le 12 juillet 1916.

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Bombardements du mois d’avril

 

Le bombardement par projectiles de 420 recommença le 3 avril, vers 14 heures. Le fort reçut 18 coups ; 4 d’entre eux firent des dégâts assez importants dans les parties bétonnées ; c’est ainsi que le projectile n°16 tomba sur la dalle en béton de 1m50 d’épaisseur recouvrant le coffre de contrescarpe nord. Cette dalle fut percée  à sa partie supérieure, comme à l’emporte-pièce, par le projectile qui éclata en traversant les couches inférieures de la dalle. Par l’effet de son souffle, le mur de façade, en béton armé de 1m d’épaisseur, fut nettement détaché de la dalle supérieure et des murs voisins et prit un surplomb accusé sur le fossé diamant. La porte en fer qui permettait la communication avec le fossé fut projetée contre l’escarpe du fossé nord à près de 80 mètres du coffre. Le canon revolver qui était dans le coffre fut détruit ; le canon de 12 culasse voisin fut violemment projeté contre les murs latéraux. Le coffre est néanmoins resté en partie utilisable.

Plusieurs projectiles de 420 tombèrent dans les réseaux au sud du fort et 2 au moins dans le fossé sud (N°17 et 17’). Ces projectiles creusèrent dans le roc calcaire assez compact formant au fond du fossé à cet endroit des entonnoirs de 6 à 8 m de diamètre et le désagrégèrent sur une profondeur de 3m.

Le projectile tombé au point 18 près de la communication bétonnée aboutissant au coffre sud-est, fit tomber les piédroits dont les débris obstruèrent le passage.

Un autre (N°19) tomba sur la partie sud de l’abri de combat de la tourelle de 75 ; la dalle de 1m50 en béton armé qui recouvrait l’étage supérieur de l’abri fut nettement perforée ; le projectile a dû éclater après avoir traversé la dalle. Son souffle fut tellement violent que le mur ouest du local fut déplacé parallèlement à lui-même de 0.20 et que la dalle de 0m30 en béton armé qui sert de plancher à l’étage fut complétement détruite ; le béton fut complétement réduit en poussière. On constata d’ailleurs, comme dans tous les autres forts, que sous l’action des projectiles, les fers de l’armature n’étaient plus reliés les uns aux autres et que leurs extrémités retournées pour former des crochets, étaient brisées ou ouvertes.

Outre ces dégâts matériels, ce projectile fit malheureusement des victimes. Des canonniers étaient réfugiés au rez-de-chaussée de l’abri : 5 furent tués, 3 furent blessés, dont un fort grièvement, mourut peu après. Tous avaient été plus ou moins brûlés par l’effet de la flamme ou des gaz à haute température provenant de l’explosion.

Un autre coup malheureux est celui tombé au point 20, sur la dalle en béton armé, de 1m25 d’épaisseur, recouvrant la communication sud du fort. Il l’a traversé de part en part et est venu éclater à l’intérieur de la communication. Par l’effet de cette explosion, 5 hommes qui s’y trouvaient vers l’extrémité ouest furent tués ; l’un deux fut projeté à la gorge du fort, à travers des masques en sacs de terre qui furent démolis, les 4 autres furent projetés dans l’escalier aboutissant à la chambre 37 du sous-sol, furent carbonisés par les flammes ou les gaz de l’explosion et retrouvés complétement nus ; le cadavre de l’un deux fut même relevé au pied de cet escalier dans la chambre 37. En même temps, le souffle avait arraché de ses gonds et plié en deux la porte en tôle de la gaine conduisant à la casemate de Bourges, avait, de même arraché de ses gonds et projeté à plus de 9m, la porte de la chambre 37, puis, bouleversant tout dans cette chambre, était remonté au rez-de-chaussée par la cage de l’escalier opposé. Malgré la longueur du trajet (70m environ), 7 coudes successifs dont 5 à angle droit, plusieurs communications ouvertes avec l’extérieur par des portes et fenêtres, ce souffle s’est fait sentir encore vigoureusement dans le couloir central et dans la pièce 20 où des portes ont été enfoncées et des hommes bousculés. Quatre ou cinq hommes avaient été blessés dans la chambre 37 et projetés contre la cloison du fond, et l’un deux qui n’avait pu se sauver à temps, fut asphyxié par les gaz de l’explosion.

Les gaz provenant de l’éclatement des divers projectiles pénétrèrent dans les locaux du casernement et causèrent au personnel qui s’y trouvait des troubles cérébraux et des phénomènes d’asphyxie.

Tout d’abord, la violence des explosions, les vibrations intenses qui se faisaient sentir dans tout le fort, accompagnées d’importants dégagement de gaz délétères, amenèrent chez certains des désordres cérébraux qui se traduisirent par des cas de folie passagère d’une durée variant entre 6 et 48 heures. Tel fut le cas du médecin du fort. Celui-ci qui se prodiguait auprès des blessés, partit tout à coup, les yeux vagues, s’asseoir au dehors et à une certaine distance du fort ; il déraisonnait, ne reconnaissait plus personne et dû être conduit le lendemain à l’ambulance voisine. Le Capitaine Commandant la Compagnie d’infanterie et plusieurs hommes éprouvèrent des troubles semblables.

A côté de ces troubles cérébraux, se placèrent des cas d’asphyxie nettement caractérisés. Les uns paraissaient dus surtout à l’influence de l’oxyde de carbone ; les hommes tombaient à terre en râlant, les uns sur les autres. D’autres étaient prostrés. Les yeux hagards, étrangers à tout ce qui se passait. Le Capitaine Harispe, Commandant l’ouvrage, dont l’énergie e le sang-froid empêchèrent la démoralisation de la garnison, fit porter ces intoxiqués à la gorge du fort, où deux d’entre eux moururent, malgré les tractions de la langue.

D’autres cas d’intoxications paraissaient dues surtout à l’acide carbonique et furent observés parmi les hommes ayant coopéré au sauvetage des victimes, ces soldats ressentaient des maux de tête accompagnés de faiblesses générales et étaient incapables de fournir le moindre effort.

Le lendemain, le médecin Chef de service de la 68° Division constatait que chez certains hommes subsistaient encore des phénomènes d’asphyxie et de commotion, caractérisés par de la céphalée, de la dyspnée, des vomissements, des vertiges, des sensations de courbature musculaire,  etc…

A la suite de ce bombardement, le Général Commandant la Division proposa de ne laisser au fort qu’une garnison réduite (artilleurs nécessaires, ainsi que pendant le jour ½ section d’infanterie et pendant la nuit un peloton) le reste se tenant dans des abris en dehors du fort.

Les bombardements, avec des projectiles de calibres variant entre 105 et 210, continuèrent à peu près journellement. Le 20 avril, le fort reçut 280 projectiles de 210 et 280 qui bouleversèrent les terrassements et les réseaux, mais n’ajoutèrent aucun dégât à ceux déjà occasionnés aux galeries ; le 25, 55 obus de 420 tombèrent sur le fort, de 9 à 15h. Le réglage avait été au préalable exécuté avec des projectiles de 210 allongés produisant une grosse colonne de fumée noire.

Dès le premier obus, le fort fut évacué ; restèrent seuls au fort le Commandant, le médecin, quelques infirmiers et 3 ou 4 officiers ou sous-officiers observateurs.

Les principaux dégâts constatés le 25 avril sont les suivants :

Au point 21, un projectile de 420 tombe sur l’arête supérieure de l’abri de rempart accolé à la tourelle de mitrailleuses sud, en l’encornant fortement.

Au point 22, un autre projectile tombe sur le débouché sud dans la rue du rempart du casernement bétonné. Il déchausse le piédroit est, le repousse vers l’intérieur de la communication et incurve légèrement le dessous de la dalle.

Au point 23, un autre projectile traverse la dalle de la communication bétonnée allant au coffre double ; cette dalle en béton armé de 1m25 d’épaisseur, est percée suivant un trou formant un angle de 70° avec l’horizon. L’obus pénètre ensuite au rez-de-chaussée de l’abri de rempart où il semble avoir explosé. La dalle de 0.25 d’épaisseur qui sépare les 2 étages de l’abri a été soufflée par-dessous et il s’y est produit un trou de très grandes dimensions.

D’autres obus sont tombés au point 24 et aux environs de l’entrée de la tourelle de 75 ; sous l’action du souffle de ces divers projectiles, les travaux commencés dans la galerie centrale pour rétablir le passage détruit le 12 mars sont bouleversés ; la tourelle de 75 s’est mise d’elle-même en batterie, elle parait en bon état et après une visite minutieuse, elle peut reprendre son tir la nuit suivant à 1h30.

Le projectile tombé au point 25 sur la communication bétonnée reliant les deux tourelles  a crevé la dalle de 1m50 en béton armé et a détruit les piédroits. Des blocs de béton, dont quelques-uns mesurent plus d’un demi mètre cube, ont chassés vers la tourelle de 155 en obstruant le passage.

L’obus tombé au point 26 a suivi un trajet analogue à celui tombé le 8 mars au point 10, et, comme lui, n’a pas éclaté.

L’obus tombé au point 27 a suivi sensiblement le même trajet, mais a éclaté à l’intérieur de la chambre 8, en démolissant la voûte de cette chambre et celle de la chambre voisine.

Enfin le projectile 28, tombant sur l’avant cuirasse en béton de la tourelle de 155R, l’a dérasée suivant un entonnoir de 1m de profondeur.

Un voussoir de la tourelle fut cassé en 3 morceaux (un premier voussoir avait été cassé le 8 mars). Deux de ces morceaux restèrent scellés, mais le 3°, du poids de 5T, vint s’appuyer sur la tourelle en paralysant ses mouvements. On put la remettre en place et la maintenir au moyen d’un calage. Quelques jours après, la tourelle pouvait fonctionner à nouveau ; cependant sa protection contre les obus des très gros calibres avait bien diminué, par suite de la rupture de ces deux voussoirs.

Aussi le service des cuirassements de l’Armée attira-t-il à ce propos l’attention sur l’intérêt qu’il y aurait à ne faire tirer la tourelle qu’en d’absolue nécessité.

Jusqu’ici, elle n’avait guère été ménagée, du 5 au 24 avril, elle avait tiré 903 obus sur les mêmes objectifs qu’en mars. La tourelle de 75, avait, elle aussi, tiré pendant la période du 1° au 25 avril, 3973 obus.

Les désidérats relatifs aux tirs des tourelles furent pris en considération ; d’ailleurs la nouvelle consigne du fort, en date du 25 avril, ne prévoyait de tirs qu’en cas d’attaque de la 1° position.

Création de galeries souterraines

 

Il avait été constaté à nouveau, lors du bombardement par obus de 420 du 25 avril, que lorsqu’un de ces projectiles éclate dans une galerie ou à proximité de casemates, les gaz délétères se répandent partout et incommodent fortement la garnison. Au 29° Corps, le 25 avril, tous les locaux du fort étaient envahis par les gaz délétères.

Aussi le 26 avril, le Général Commandant le Corps d’Armée décida-t-il que « dans le cas de stabilisation, lorsque le fort de Moulainville sera bombardé par des pièces allemandes de gros calibres (380 ou 420) le Commandant du fort fera évacuer complétement l’ouvrage par la garnison de sureté (fixe et temporaire) qui sera maintenue dans des abris établis à proximité ».

Cette solution ne pouvait être que provisoire. Aussi songea-t-il à créer des logements souterrains, profondément enfoncés dans le sol, communiquant avec les logements bétonnés actuels et avec les principaux organes du fort. Le projet approuvé le 7 mai, comportait la construction de galeries de mine en grande galerie, dont le ciel était au moins à 9 mètres au-dessous du terrain vierge ou à 5 mètres au-dessous du sol des locaux bétonnés du temps de guerre, lesquels sont eux-mêmes en sous-sol. Il fut mis immédiatement  à exécution, tout d’abord en employant des perforatrices à main, puis des perforatrices et des treuils électriques au commencement de juin, dès que deux groupes électrogènes eurent été amenés au fort. Le 14 juillet, le réseau des galeries était déjà fort avancé et était relié à la tourelle de 155R.

Bien que les galeries fussent enterrées profondément dans le sol il fut constaté, lors des bombardements exécutés au mois de juin par des projectiles de 420, que les gaz délétères provenant de l’explosion de ces obus, gagnaient par les fissures du sol les galeries souterraines ; il est en effet à remarquer que ces projectiles sont à fusée retardée et explosent sous terre à plusieurs mètres de profondeur. Pour remédier à l’action de ces gaz, on établit des courants d’air dans les galeries en faisant déboucher ces dernières à l’extérieur par deux ouvertures éloignées  et à des niveaux différents. Cette disposition pourrait présenter des inconvénients en cas de bombardements de ces ouvertures par obus spéciaux ; aussi a-t-on été amené à envisager leur fermeture rapide et, comme ces obus éclatent sur le sol ou un très faible profondeur, il est à présumer que les gaz ne pourront pas pénétrer dans les galeries, il serait cependant désirable de créer, dans ces galeries, un abri complétement isolé dans lequel on pourrait entretenir une surpression et qui servirait de refuge en cas de bombardement par les gaz.

Continuation des bombardements

 

Les canons sous cuirasse du fort devant, d’après les consignes, tirer en cas d’attaque de la 1° ligne, le Général Commandant le Groupement fit tirer la tourelle de 155R sur le ravin de la Fausse Côte et les lisières du bois de la Plume les 22,23 et 24 mai. 242 obus furent lancés sur ces objectifs.

A la suite de ces tirs, le fort fut soumis à un bombardement violent de gros obus torpilles et d’obus de 210 allongés et à fort charge ; un de ces projectiles tomba le 24 mai sur la tourelle de 155R ; des débris de béton furent projetés entre la partie cylindrique mobile et l’avant-cuirasse en coinçant la tourelle ; en outre, le morceau de voussoir qui avait été remis en place le 25 avril, vint à nouveau s’appuyer sur la tourelle et en empêcher le fonctionnement ; de plus, quelques pièces furent faussées et une tige fut cassée. On recala à nouveau le morceau de voussoir, on répara les autres dégradations et la tourelle put fonctionner convenablement le 29 mai, après 5 jours d’indisponibilité. 

Bien qu’un télégramme de l’Armée en date du 31 mai prescrivit de ne faire tirer la tourelle que sur l’ordre du Général Cdt l’Armée, les événements qui se passaient autour du fort de Vaux nécessitèrent l’intervention des canons sous cuirasse du fort de Moulainville ; La tourelle de 155R  tira 931 coups en 16 jours, pendant le mois de juin avec un maximum de 173 par jour, sur les ravins de Vaux, de la Fausse Côte, les pentes du fort de Vaux, puis sur le fort lui-même lorsqu’il fut pris par l’ennemi ; celle de 75, du 8 au 15 juin, tira 596 projectiles sur la station d’Eix et la route d’Abaucourt, Moranville, Blanzée.

Les bombardements du mois de mai augmentèrent le bouleversement des terrassements et les destructions de maçonneries. Le 29 mai, deux obus de 305 (point 29) tombèrent à l’entrée du couloir central, renversant les masques en chicane et détériorant le béton.

Le 2 juin, de 13h40 à 17h50, 26 obus de 420 furent encore lancés sur le fort, ainsi qu’une cinquantaine de projectiles de 210. La plupart des projectiles tombèrent dans les réseaux en dehors du fort. Cependant un obus de 420 tomba dans le fossé nord près du coffre de contrescarpe (point 30) et un éclat vint détériorer le canon révolver. L’entonnoir formé par ce projectile avait environ 6m de diamètre, sa profondeur était d’environ 2m50.

Le fort fut soumis le 19 juin à un tir très violent d’obus de 21cm allongés lancés par une batterie d’obusiers placée vers le bois de Montricelle ; on compta environ 60 de ces projectiles qui firent des dégâts assez considérables sur les terrassements et crevèrent quelques voûtes des locaux du temps de paix.

Le 21 juin, tous les abords du fort furent bombardés avec des obus lacrymogènes ; presque tous les hommes de la garnison éprouvèrent des picotements aux yeux.

Le 23 juin, au moment de la grande attaque allemande déclenchée du bois Nawé à la Laufée, l’artillerie ennemie essaya d’annihiler l’action du fort en y envoyant 54 obus de 420 et 24 de 210. Le bombardement dura de 5 heures à 16 heures. Les projectiles de 420, venant des environs des jumelles d’Ormes, se succédaient de 10 en 10 minutes environ.

L’un d’entre eux, vers 9 heures, traversa sous un angle voisin de 70° le talus est du terrassement situé à la partie centrale du fort, détruisit le mur du fond de la citerne 38 qui était en maçonnerie de moellons de 1m50 d’épaisseur et vint éclater vers le milieu de la citerne, détruisant sur toute sa moitié est le plancher la séparant du local 19 situé au-dessus (point n°31).

Le médecin auxiliaire Bournade et un maréchal des Logis qui se trouvaient à proximité et qui voulaient se rendre compte de l’effet du projectile, ne virent pas le trou creusé dans le plancher du local 19 et tombèrent dans la citerne. La présence des gaz provenant de l’explosion rendit le sauvetage des plus périlleux ; un des sauveteurs fut asphyxié ; tous les autres furent fortement incommodés et l’on ne put retirer à temps le médecin auxiliaire qui mourut des suites de l’intoxication par l’oxyde de carbone.

Un autre projectile, tombant à proximité de la communication aboutissant à la tourelle de mitrailleuses nord (N°32) défonça le piédroit et obstrua la communication.

Un autre (N°33) tombé un peu à l’est de tourelle de 155R   déchaussa complétement l’avant–cuirasse, en formant dans le béton un entonnoir de 6 à 8 m de diamètre et 1m environ de profondeur.

Les autres obus tombèrent dans les remblais ou explosèrent dans les locaux du temps de paix, dont la plupart des façades furent démolies.

Pendant le bombardement, la garnison se réfugia dans les galeries souterraines et n’y ressentit aucune vibration sérieuse. C’est sans doute pour cette raison qu’aucun cas de troubles cérébraux ne fut constaté ce jour-là. Cependant, vers 11 heures, les galeries est-ouest furent envahies par les gaz délétères provenant  de l’explosion, et, comme beaucoup d’hommes étaient fortement incommodés ; le Commandant du fort envoya la garnison dans les boyaux et abris aux environs du fort. Il est à remarquer que 33 hommes qui se trouvaient dans une galerie perpendiculaire n’ont ressenti aucun malaise.

Ce fut à la suite de ce bombardement que l’on établit un courant d’air dans les galeries.

Après le 23 juin, le bombardement par obus de gros calibre (210,280) continua chaque jour, le 26, un projectile de 210 allongé tombant au point 25 exactement à l’endroit où un obus de 420 avait crevé le 25 avril la communication entre les tourelles à canon, détruisit les travaux exécutés pour remettre le passage en état ; un autre tomba dans le trou d’une voûte de casemate crevée entièrement dans la partie nord du fort, et, éclatant sur un tas de décombres, blessa un homme de la garnison.

Le 6 juillet, des obus lacrymogènes furent lancés sur le fort ; quelques-uns éclatant près de la porte d’entrée et incommodant fortement la garnison.

Lors de la préparation de l’attaque allemande qui se déclencha le 12 juillet dans la région de la Laufée, le fort de Moulainville fut violemment pris à partie par l’artillerie ennemie ; le 10 juillet, il reçut 35 obus de 210 allongés et 10 obus de 305. A partie de 23h15 et pendant presque toute la nuit, de très nombreux obus lacrymogènes de petit calibre (77 ou 105) furent lancés sur le fort ; la garnison fut assez fortement incommodée. Ce ne fut que le 11 vers 8 heures du matin que les gaz se dissipèrent.

Le 11, dès 6h ½, un bombardement violent par projectiles de 305 fut dirigé sur le fort ; 43 obus furent lancés de 6h ½ à 8h ½ et de 9h25 à 14h17. Le local n°1 (bureau du gardien de batterie) qui n’était pas bétonné, fut complétement détruit par un de ces obus (point n°34). La violence du choc fut telle que la chambre 24 du casernement bétonné qui servait d’infirmerie et qui se trouva presque au-dessous fut fortement ébranlée. Sa voûte de 2m d’épaisseur en béton de ciment ordinaire, résista dans de très bonnes conditions.

Dans les derniers jours du mois de juillet, le fort reçut un certain nombre d’obus suffocants et asphyxiants.

Le 30 juillet, de 17 à 18 heures, une trentaine de ces obus tombèrent sur la partie nord du fort ; quelques hommes seulement furent très légèrement incommodés. Un seul homme, qui avait mal mis son masque, dut être évacué. A 19 heures, il ne restait plus aucune trace de gaz.

Le lendemain 31 juillet, d’autres obus asphyxiants furent lancés sur le fort vers 20 heures sans aucun résultat.

Le 1er août à partir de 5 heures, le tir recommença, toujours sans effet. Il fut suivi à 10h ½ d’un tir d’obus allongés de 210, puis de 14h à 15h ½ d’un tir de 15 obus de 305 et de 420. Toute la garnison se réfugia dans les galeries souterraines où elle ne subit aucune commotion et ne fut nullement incommodée.

Le bombardement continua chaque jour, mais il prit une grande ampleur le 21 août, où, de 12h à 16h ½ puis de 18h à 18h40 le fort reçut 46 obus que le Commandant du fort jugea être du 305, mais qui, en raison des dimensions des culots retrouvés, doivent être, au moins en partie, du calibre de 420.

Dès le premier coup, la garnison se réfugia à nouveau dans les galeries souterraines où elle se trouva en parfaite sécurité et ne ressentit aucune fatigue pendant les 4 heures ½ consécutives qu’elle y passa. Il n’y eut aucune perte de personnel.

A la suite de ce bombardement, les voûtes des locaux non bétonnés du temps de paix qui étaient encore débout, s’effondrèrent (points 35,36), les communications allant aux tourelles de mitrailleuses furent obstruées par les débris de piédroits démolis par les obus tombant vers les points 37 et 38, les projectiles tombés en 39 et 40 obstruèrent à nouveau les communications allant vers la tourelle de 75 et celle reliant les 2 tourelles ;  enfin plusieurs obus tombèrent sur la tourelle de 155R  et aux environs, et en particulier l’un deux tombé au point 41 sur la partie de béton que l’on refaisait autour de la tourelle, amena, encore une fois, le déplacement de la partie du voussoir brisé le 5 avril et entraîna l’immobilité de la tourelle.

La réparation fut entreprise aussitôt et le voussoir brisé remis en place. On constata que la tourelle avait été légèrement ovalisée par les chocs successifs de plusieurs obus et que, pour lui permettre de tourner, il y avait lieu de limer un peu certains segments en bronze du guidage. Il y eut aussi à revoir le manchon à rotule et l’anneau obturateur. Le 7 septembre au soir, la pièce de 155 était remontée et en état de tirer. On avait, entre temps, changé les tubes du canon de 155 et des 2 canons de 75 des tourelles qui commençaient à s’user : chacun d’eux avait tiré en effet plus de 5500 coups.

La tourelle de 155 avait d’ailleurs tiré en juillet 575 coups et en août 913 sur le fort de Vaux ou ses abords et celle de 75, en juillet, 798 coups et en août, 910 sur le même objectif.

Cette dernière tourelle ne tira plus que les 4,5 et 6 septembre sur le fort de Vaux et ses abords (752 coups) ; la tourelle de 155R  ne tira que le 4 septembre 24 coups seulement sur la gorge du fort de Vaux.

La veille de ce dernier tir ( 3 septembre) le fort de Moulainville avait reçu de 6 à 7 heures 6 nouveaux obus de 420 qui n’occasionnèrent de dégâts qu’aux terrassements. Le 20 septembre, il fut encore soumis à un bombardement d’obus de très gros calibre lancés par un obusier et dont les effets paraissaient  moins considérables que ceux du 420 ; cependant la comparaison des culots permit de connaître que l’on avait bien affaire à un projectile de 420. De 15h ½ à 19h ½, 30 de ces obus furent envoyés sur le fort.

L’un deux tomba en 42 tout contre l’observatoire de la tourelle de 75 ; la cloche en acier fut déchaussée mais resta intacte ; un autre tombé en 43 sur la gaine centrale éclata à l’intérieur de  la voûte en béton de ciment de 2m d’épaisseur en la crevant. Enfin bien qu’aucun coup ne paraisse avoir éclaté à proximité des citernes, les vibrations les fissurèrent, l’eau disparut complétement en deux jours. On répara ces citernes avec du coulis de ciment et, de même qu’après les précédents bombardements, on répara aussitôt les divers dégâts occasionnés au fort.

Dès le premier obus, toute la garnison se rendit dans les galeries souterraines où aucun incident ne se produisit et où la ventilation se maintint constamment excellente.

Ce fut le dernier bombardement important de l’ouvrage.

Le fort de Moulainville reçut bien encore un nombre considérable d’obus, mais leur calibre et leur nombre diminuèrent de mois en mois ; c’est ainsi qu’en décembre 1916, en janvier et février 1917, il reçut mensuellement de 150 à 175 obus, en mars 1917 une soixantaine et à partir d’avril une quarantaine seulement par mois, dont la grande majorité n’était plus que du 105. Quelle différence avec mars, avril, juin juillet et août 1916, où, chaque mois, le fort recevait de 1000 à 1500 coups, la plupart, des calibres les plus gros.

Obus tombés sur le fort et tirés par les tourelles

 

On peut évaluer le nombre d’obus tombés sur le fort de Moulainville jusqu’au 31 octobre 1917, à environ 9500, répartis comme suit :

330 obus de 420, reçut sur le fort en 10 ou 12 bombardements

770 obus de 305, 280 ou 210 allongés

4700 obus de 210, 150 et 130

2600 obus de 105

1100 obus de petits calibres, obus lacrymogènes ou suffocants,

représentant une valeur de 5 millions.

Les tourelles du fort ont, jusqu’au 6 septembre 1916 tiré :

Celle de 155 R - environ 5800 coups

Celle de 75 - environ 11800 coups

Elles n’ont pas tiré depuis le 6 septembre 1916.

La façade des casernements bouleversés le 13 juillet 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une casemate du temps de paix après un bombardement avec des obus de 305 le 13 juillet 1916. © BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Vue aérienne du fort de Moulainville fin 1916.

© Lionel PRACHT

Etat du fort après les bombardements

 

Les terrassements sont bouleversés. Les parapets d’infanterie n’existent plus, sauf cependant les parapets en béton installés vers le sud du fort, qui ont, en général résisté ; le béton des divers organes a été mis à nu en nombre d’endroits.

D’assez nombreuses brèches existent dans les fossés.

Ceux-ci cependant ne sont pas en général en trop mauvais état, sauf le fossé allant du coffre double au coffre simple de gauche ; les flanquements sont encore possibles et l’obstacle a encore une certaine valeur.

Les réseaux ont été très abîmés au nord et à l’est du fort ; il en existe encore des parties utilisables au sud et au nord de la gorge.

L’examen des points d’impact des obus de gros calibres montre que l’ennemi avait surtout pour but de détruire les tourelles et les observatoires du fort. C’est ainsi que la tourelle de 155R fut atteinte 5 fois dans son béton ; celui-ci a été fissuré ; il s’y est formé des trous dont les plus importants ont 1m environ de profondeur, mais il a bien tenu dans son ensemble.

La calotte de la tourelle présente des traces d’assez nombreux chocs d’obus, qui se traduisent par des éraflures de 10 à 20 millimètres de profondeur ; elle a toujours parfaitement résisté. Deux voussoirs de l’avant cuirasse ont cassés, plusieurs pièces faussées, mais la tourelle a toujours pu recommencer sont ri au bout de très peu de temps. Elle est actuellement en très bon état et pourrait tirer régulièrement sur tout objectif qui lui serait indiqué.

La tourelle de 75 n’a pas reçu de coups de 420 directs, mais il en est tombé un assez grand nombre autour d’elle ; sa calotte porte les traces de plusieurs chocs de projectiles, constituées aussi par des éraflures de faible profondeur. Plusieurs obus des très gros calibres ont crevé des galeries bétonnées dans son voisinage ; le souffle a à chaque fois tout bouleversé à l’intérieur ; une fois même il a mis la tourelle en position de tir. Les dégâts n’ont jamais été importants et la tourelle a toujours pu tirer sans interruption.

Les tourelles de mitrailleuses n’ont pas été atteintes par des très gros projectiles ; elles ont été cependant soumises à leur souffle qui n’y a fait que des dégâts promptement réparables. Elles sont en parfait état de fonctionnement. 

Les 4 observatoires cuirassés du fort, portent sur leurs cloches les traces de plusieurs obus. Celui de la tourelle de 75 a eu son béton déchaussé par un projectile de très gros calibre ; de nombreux obus ont éclaté tout à côté des autres et en particulier de celui de la tourelle de 155R, placé dans le couloir bétonné central ; malgré cela, tous sont en excellent état.

La guérite observatoire placée au N.O. du fort a été projetée à une certaine distance, elle n’est cependant pas encore hors d’usage. Il est d’ailleurs à remarquer que les guérites de ce modèle n’ont été construites que pour résister aux éclats.

Les communications bétonnées importantes ont toutes été crevées plusieurs fois ; la communication centrale 3 fois, la communication entre les deux tourelles 4 fois, la communication allant à la tourelle de mitrailleuse de gauche et au coffre N.E. 4 fois, celle allant à la tourelle de mitrailleuses de droite et au coffre S.E. 2 fois. Toutes ce communications ont été rétablies aussitôt avec des châssis de galerie de mine ; le délai nécessaire pour ces réparations a varié d’une à 3 semaines. Mais ces réparations laissent les communications à la merci du moindre obus, même de calibre moyen, car, pour plusieurs d’entre elles, les explosions des projectiles ont enlevé la terre protégeant le ciel ou les parois. Aussi, en cas de bombardement peuvent elle être considérées comme inutilisables et même dangereuses, car elles peuvent canaliser vers les locaux habités les gaz nocifs provenant des obus explosant dans le voisinage de leurs parties détruites.

Quoi qu’il en soit, le fort, à l’heure actuelle, est encore en état pour jouer le rôle pour lequel il a été construit ; ses fossés sont flanqués, ses tourelles et ses observatoires sont en état, et la défense rapprochée peut se faire non seulement au moyen des tourelles de mitrailleuses, mais encore avec l’infanterie qui, en attendant la réfection complète des parapets peut occuper les trous d’obus de la superstructure ou les restants de parapets encore debout.

La façade du casernement du côté droit le 13 juillet 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une sortie d’infanterie près de la tourelle de 75 le 12 septembre 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

L’entrée du fort le 13 juillet 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Travaux exécutés dans le fort

 

Outre les travaux de remise en état du fort après chaque bombardement important, des galeries souterraines ont été créées dans les conditions indiquées ci-dessus. Ces galeries communiquent avec le casernement bétonné et avec tous les organes du fort. Dans les alvéoles ou galeries adjacentes sont installés le poste de Commandement, l’infirmerie, la chambre des moteurs, une cuisine, des magasins, des logements.

L’achèvement des galeries permet de se passer des communications bétonnées faites en temps de paix et qui, étant un peu près inutilisables, peuvent être bouchées là où elles ne servent pas.

Le système de galeries communiquera avec l’extérieur, aux abords du 1er abri de combat bétonné situé entre les ouvrages de Moulainville et de Déramé, au moyen d’un tunnel d’environ 590 m de long, fait en grande galerie de mine, ayant, au-dessus du ciel, une protection de 10 à 12 mètres de roc. Bien que ce tunnel d’accès ne soit pas encore terminé, un escalier placé dans un puits d’évacuation des terres, permet d’en sortir à 170 mètres du fort.

Enfin, le réseau de fils de fer entourant le fort a été remis en état, de façon à mettre à l’abri d’un coup de main l’ouvrage de Moulainville, qui se trouve qu’à 1500m des premières troupes françaises. Jusqu’à fin 1918, les issues et les entrées du fort se voient équipées de chicanes en maçonnerie ou en béton, armées de mitrailleuses et de goulottes lance grenades. Le fort est en partie réparé et des blockhaus de défense rapprochée sont aménagés sur la gorge de l’ouvrage. Ils sont, comme toutes les parties de combat, reliés à un réseau de galeries de 17 d’une longueur de 2070 mètres qui sera creusé sous l’ouvrage et qui rejoint l’abri de combat MD1. Le fort est électrifié pour l’éclairage et la ventilation des locaux grâce à des groupes électrogènes. Un projet, daté du 17 août 1916, prévoyait d’y installer 6 casemates Pamart autour du fort.

La caponnière de gorge et l’entrée du fort le 12 septembre 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

L’entrée du fort le 12 septembre 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

En 1922, les massifs protecteurs des engins cuirassés sont en très mauvais état. La superstructure est complètement bouleversée, le béton du casernement est fissuré et les locaux sont très humides. L’accès aux organes de combat ne peut se faire que par les galeries de mine dont les bois sont en très mauvais état de conservation par manque de ventilation.

Etat des bétons des organes de combat en 1922:

Tourelles de mitrailleuses de gauche

Extérieur : La calotte du massif protecteur est décapée et fissurée fortement dans la partie sud. Les fers ne sont cependant pas apparents sur ces fissures. Le béton de la partie est du massif est démoli sur une longueur d’environ 7 m. Les fers sont apparents sur 4 m environ et 1 m de hauteur

Intérieur : L’état du béton ne laisse pas deviner de fissure

 

Observatoire cuirassé de gauche

Extérieur : Le béton est en bon état, il semble avoir été réparé au cours des hostilités.

Intérieur : En bon état.

 

 

Les terres qui entouraient le massif de la tourelle de mitrailleuses de gauche et son observatoire ont été bouleversées et ont disparues.

Il n’est pas possible de déterminer, même approximativement, l’importance des travaux à exécuter pour remettre en état cette tourelle et son observatoire, en raison de l’incertitude qui règne autour de l’étendue des fissures apparentes à la surface extérieure, mais non apparentes à l’intérieur.

 

Casemate de Bourges

Pas d’info sur la casemate de Bourges en 1922.

 

Tourelle de 75 R05 et son observatoire cuirassé

Extérieur : Calotte  complètement dénudée. Fers apparents sur le pourtour du massif protecteur de la tourelle ( 7m environ). Nombreuses fissures.

Intérieur : Le béton paraît intact en apparence. Les bois du puits d’accès depuis le réseau de 17 sont pourris. Il y a danger d’accéder à cette tourelle.

Il n’est pas possible de déterminer, même approximativement, l’importance des travaux à exécuter pour remettre en état cette tourelle et son observatoire, en raison de l’incertitude qui règne autour de l’étendue des fissures apparentes à la surface extérieure, mais non apparentes à l’intérieur.

 

 

Tourelle de 155R07

Extérieur : La calotte du massif protecteur est complètement décapée sur une hauteur moyenne de 0.50m. Les fers de cette calotte sont apparents sur 4 m²  environ.

Le béton du contour du massif est dénudé, les fers sont apparents sur presque toute la circonférence extérieure.

Les terres ont disparues ou sont bouleversées

Le béton de la collerette est décapé.

Le blocage n’existe plus.

Des fissures existent sur la partie ouest du massif.

Intérieur : Le béton de cette tourelle présente de nombreuses fissures en tous sens dans la chambre intermédiaire, dans la chambre de tir, dans les fosses des contrepoids et dans le trou d’homme. La fosse des contrepoids est noyée.

Cette tourelle fonctionne encore, mais la maçonnerie de béton est à refaire complètement.

 

 

Observatoire cuirassé de droite de la tourelle de 155R

Extérieur : Béton désagrégé sur presque tout le pourtour du massif protecteur, démoli sur 4 m environ. Fers apparents.

Sur la calotte, béton décapé sur 0.50 m de hauteur et sur 1/2 de la surface, fers apparents dénudés sur 3 m².

Le blocage subsiste seulement sur le côté nord. Il est complètement nu sur 1 m de hauteur

Intérieur : de nombreuses fissures

Cette observatoire doit avoir son massif protecteur remis complètement en état.

 

Tourelles de mitrailleuses de droite et observatoire cuirassé de droite

Extérieur : Complètement intact ou remis en état

Intérieur : Idem

 

 

1884

1890

1905

1908

1910

Pièces de rempart

du fort

4 canons de 120 long

6 canons de 95

2 canons de 7

1 mortier lisse de 22

8 canons de 95 sur affût SP

1 mortier lisse de 22

Aucune pièce de rempart 

Cuirassements et

 casemates

 

1 tourelle de 155R 07

1 casemate de Bourges

2 tourelles de mitrailleuses

4 observatoires cuirassés

2 guérites blindées

1 tourelle de 75R 05 

Défense des fossés

2 canons de 7 à la gorge

4 canons révolver

4 canons de 12 culasse

2 canons de 90 à la gorge

4 canons révolver

4 canons de 12 culasse

7 canons révolver

6 canons de 12 culasse 

Nb de pièces

21

21

19

23

23

Dates de construction

Coût des travaux en 1886

 

Effectif

· 1885 - 1886

· 1 .269.000 Frs

 

· 250 hommes

Effectif maximum

1914 - 171 hommes

1917 - 230 hommes

Armement du fort fin 1915

· Aucune pièce de remparts

· 3 coffres de contrescarpe et 1 caponnière de gorge armés de 7 canons révolver et 6 canons de 12 culasse avec leurs munitions

· 1 tourelle de 155R 07 armée avec quelques obus

· 1 casemate de Bourges désarmée sans munition

· 2 tourelles de mitrailleuses armées

· 1 tourelle de 75R 05 armée avec quelques obus

Armement du fort fin 1917

· Le fort est réarmé de mitrailleuses et fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée

· 1 coffre de contre-escarpes du saillant 2 détruit par les bombardements

· 2 coffres de contrescarpe et 1 caponnière de gorge armés de 3 canons révolver et 7 canons mitrailleurs de 37 sur des supports en béton avec leurs munitions .

· 1 tourelle de 155R 07 armée et réapprovisionnée en munitions

· 1 casemate de Bourges réapprovisionnée en munitions

· 2 tourelles de mitrailleuses réapprovisionnées en munitions

· 1 tourelle de 75R 05 réapprovisionnée en munitions

Garnison normale prévue au fort en 1914

 

· Infanterie : 4 officiers et 272 soldats

· Artillerie : 1 officier, 8 sous-officiers et 50 soldats

· Auxiliaires des places fortes : 80 hommes

· Génie : 1 officier et 9 sapeurs

· Télégraphie : 2 sapeurs pour le réseau électrique

· COA : 1 homme

· Service médicaux : Aucun

· Gardien de batterie : 1 homme

· Soit un effectif de 5 officiers et 425 soldats

Répartition de la garnison en 1914 à la première heure renforcée par l’article 40 de la loi du 21 mars 1905

 

· Infanterie : 2 officiers et 123 soldats du 166ème RI

· Artillerie : 1 officier et 164 soldats du 5ème régiment d’artillerie à pied

· Génie et services divers : 19 soldats dont 4 télégraphistes et 2 infirmiers

· Soit un effectif de 309 hommes

Coût des travaux en 1914

Capacité du casernement à l’épreuve

Capacité des casernement en maçonnerie

Capacité du magasin à poudre

Capacité du magasin aux cartouches

 

 

· 3 750 000 Frs

· 276 places couchées et 215 places assises

· Aucune place couchée

· 42 tonnes de poudre noire à la construction du fort

· Plusieurs  magasin à munitions

Cuisine

Boulangerie

Puits et citernes

Pont de l’entrée principale

· 2 cuisinières de marque François Vaillant

· Pas de Boulangerie

· Eau de source captée dans une citerne en béton

· 1 pont levis à bascule en dessous

Communication liaison optique

 

Communication télégraphe électrique

 

 

 

Eclairage en 1914

· Un appareil de calibre 14 ou de 24 en réserve à la place peut être affecté à l’ouvrage si nécessaire.

· Avec le central à la citadelle de Verdun, le poste de Bellevue, l’abri de combats LLM2 et les forts de Belleville et de Belrupt grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907

· Lampes à pétrole pour l’intérieur du fort, lampes à bougie pour les tourelles et oxyacétyléniques pour les fossés