· Accueil

· Le système Séré de Rivières

· Le général Séré de Rivières

· Les éléments des forts

· L’armement des forts

· Les forts de France

La place de Paris

La place de Maubeuge

Secteur Maubeuge - Verdun

La place de Reims

La place de Laon

La place de la Fère

La place de Verdun

La citadelle

Le fort de Belleville

Le dépôt AB de Belleville

Le dépôt BC de Belleville

Le parc à dirigeables

L’abri de combat MF1

L’abri de combat MF2

Batteries 1-1 & 1-2 Froideterre

La batterie 1-3 de Froideterre

Les retranchements Inf. & Sup.

L’ouvrage A de Froideterre

Le dépôt  D de Froideterre

L’abri caverne  de Froideterre

L’abri de combat FT1

Les retranchements X & Y

L’abri de combat FT2

L’abri de combat FT3

Le dépôt E de Thiaumont

Le fort Saint-Michel

Le dépôt A du Saint-Michel

Le magasin du Saint-Michel M1

L’ouvrage B de Thiaumont

L’abri de combat TD1

L’abri caverne de Douaumont

L’abri de combat TD2

L’abri de combat TD3

Le dépôt F de Douaumont

Le fort de Douaumont

La batterie cuirassée de 75

Le dépôt G de Douaumont

L’abri de combat DV1

L’ouvrage O de Bezonvaux

L’abri de combat DV2

La batterie 5-3 Nez de Souville

L’ouvrage de Lorient

L’ouvrage du Muguet

L’ouvrage de Josémont

L’ouvrage C d’Hardaumont

L’abri de combat DV3

Projecteur du Bois Fumin

L’abri de combat DV4

La batterie 5-3 Tête de Souville

Le fort de Vaux

Le dépôt H de Vaux

La batterie 6-1 de Damloup

L’abri de combat VLL1

La station de Tavannes

L’ouvrage D de Laufée

La batterie 6-3 Bois de Laufée

Le magasin M8 de Fleury

Le dépôt B de Souville

Le fort de Souville

La tourelle Bussière annexe

Le dépôt C de Souville

La batterie 8-5 de l’hôpital

Le dépôt I de Tavannes

La batterie 8-6 du tunnel

La batterie 6-9 de Tavannes

Le tunnel de Tavannes

Le fort de Tavannes

La batterie de Mardi-Gras

Le projecteur de Mardi-Gras

L’abri de combat LLM1

Le magasin de la Renarderie

L’abri de combat LLM2

L’ouvrage E d’Eix

Le projecteur d’Eix

La batterie 1-2 de Moulainville

Le dépôt J de Moulainville

Le fort de Moulainville

L’abri de combat MD1

L’abri de combat MD2

L’ouvrage F de Manesel

L’ouvrage de la Croix Brandier

Le magasin de Belrupt M3

Le fort de Belrupt

L’ouvrage de Déramé

L’ouvrage G de Châtillon

L’abri de combat DR1

Le dépôt K  du Rozelier

Le fort de Rozelier

Le dépôt X du Rozelier

L’abri de combat RSS1

L’ouvrage P de Jaulny

L’ouvrage des Réunis

Dépôt W de Saint Symphorien

L’abri de combat RSS2

L’ouvrage F de St-Symphorien

L’abri de combat SSH1

Le magasin d’Haudainville M4

Le fort d’Haudainville

Le dépôt T d’Haudainville

L’abri de combat HLF1

La batterie 6-6 de l’Ollier

Le fort de Génicourt

L’ouvrage de la Falouse

L’abri de combat LFD1

L’abri de combat LFD2

Le dépôt V de Dugny

Le fort de Dugny

L’abri de combat DL1

Dépôt U de Dugny-Landrecourt

L’abri de combat DL2

Le fort de Landrecourt

L’abri de combat LR1

Le dépôt L de Landrecourt

L’ouvrage I du Chapitre

Le magasin Champ de la Gaille

L’abri de combat LR2

Le fort de Regret

La batterie annexe 3-7

Batterie s 3-4 & 3-6 de Regret

L’ouvrage J de Baleycourt

Le dépôt M de Regret

L’abri de combat RS1

L’abri de combat RS2

Le fort de Sartelles

L’ouvrage K de Fromeréville

Le fort de la Chaume

Le dépôt N de la Chaume

L’abri caverne Sartelles Chana

Le dépôt Y de Chana

L’ouvrage de Chana

Le magasin de Lombut M6

L’ouvrage L de Germonville

Le dépôt O de Choisel

Le fort de Choisel

L’abri de combat CBB1

Le poste M des Bruyères

Le dépôt P de Bois-Bourrus

L’abri de combat CBB2

Le fort de Bois Bourrus

Le dépôt Z de Bois-Bourrus

L’abri de combat BBM1

Le fort de Marre

Le dépôt Q de Belle-Epine

L’abri de combat MBE1

Le magasin de Marre M7

Le poste de Belle Epine

Le fort de Vacherauville

L’ouvrage N de Charny

Les casernes

Divers

Les hauts de Meuse

La Place de Toul

La place de Langres

La trouée de Charmes

La place d’Epinal

La Haute Moselle

La place de Belfort

La trouée de Belfort

· L’armée française

· Les forts visitables

· Liens

· Contact

· Qui sommes nous ?

· Mises à jour

· Statistiques

· Bibliographie

· Attention

Le fort de Douaumont est prévu très tardivement en 1882 pour renforcer la défense du secteur Nord Est de la place forte. Il se situe en rive droite de la Meuse en avant du fort de Souville sur une colline à 390 mètres d’altitude. Son rôle est de surveiller les moyens de communication venant de Metz et de Montmédy. Il assure aussi la défense des intervalles entre les ouvrages de Vaux, de Souville de Thiaumont et de Froideterre.

En 1886, ces maçonneries sont à peine terminées qu’il est déjà périmé. En effet, ce fort stratégique est construit en pleine période de la crise de l’obus torpille, ce qui lui vaudra d’être complètement renforcé en recevant une carapace en béton spécial de 280000 m3 qui sera coulée pendant 2 ans.

L’armement du fort à la veille de la Grande guerre

 

Pièces de rempart du fort

2 sections de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches

2 sections de 2 mitrailleuses sur trépied modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches

 

Cuirassements et casemates

1 tourelle Galopin de 155R 07 armée d’1 canon de 155R approvisionnée à 2000 coups.

Elle possède 2 observatoires cuirassés et un tube de rechange.

1 casemate de Bourges armée de 2 pièces de 75 sur affût de casemate

approvisionnée à 500 coups/pièce, possédant un tube de rechange.

 2 tourelles de mitrailleuses GF4 chacune armées de 2 mitrailleuses Hotchkiss

approvisionnées de 57600 cartouches/tourelle. Elles possèdent chacune une

mitrailleuse de rechange

1 tourelle de 75R 05 armée de 2 canons de 75  approvisionnée à 2000 coups/pièce.

 Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange

2 observatoires cuirassés de commandement

2 guérites blindées de rempart

 

Défense des fossés

2 coffres simples de contrescarpe armés chacun d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

1 coffre double de contrescarpe armé de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

2 coffres d’escarpes en maçonnerie armés chacun d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups  et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

 

 

Total 27 pièces d’artillerie

 

Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914

 

Batteries d’artillerie

La batterie d’artillerie 3-1 armée de 4 canons de 95 sur SP à frein

La batterie d’artillerie 3-2 armée de 2 mortiers lisses de 22

Les batteries d’artillerie 3-4 et 3-5 armées de 4 canons de 90 sur affût de campagne

pour les deux batteries

La batterie d’artillerie 3-6 est une batterie de renforcement non armée

La batterie d’artillerie 4-1 armée de 4 canons de 155 long

La batterie d’artillerie 4-2 de Douaumont est une batterie bétonnée modèle 1907 armée de 4 canons de 155 long construite en 1912. Elle possède 4 abris ayant une capacité

de 40 places assises ou 20 places couchées.

Les batteries d’artillerie 4-3, 4-4 et 4-5 sont des batteries de renforcement non armées

 

Ouvrages d’infanterie

 Ouvrage O de Bezonvaux construit de 1889 à 1891 possède deux abris de rempart non à l’épreuve d’une capacité totale de 72 places assises. Il avait une garnison nominale de :

1 officier, 62 soldats pour l’infanterie et 1 télégraphiste

Son armement se composait de :

1 section de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907

Ouvrage C d’Hardaumont construit en 1887 possède deux abris de rempart non à l’épreuve d’une capacité totale de 144 places assises. Il avait une garnison nominale de :

Infanterie : 1 officier, 76 soldats

Génie: 1 officier, 9 sapeurs et 1 télégraphiste

Son armement se composait de :

1 section de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907

Ouvrage de Josémont construit de 1889 à 1891 avait une garnison nominale de :

Infanterie : 4 officiers, 250 soldats

Génie: 1 officier, 3 sous-officiers , 26 sapeurs et 1 télégraphiste

 

 

Abris de combat et abris cavernes

Abri de combat TD2 est un abri construit en 1906 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

Abri de combat TD3 est un abri construit en 1906 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

Abri de combat DV1 est un abri construit en 1905 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

Abri de combat DV2 est un abri construit en 1906 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

 

Dépôts intermédiaires

Dépôt intermédiaire F de Douaumont construit vers 1891

Dépôt intermédiaire G de Douaumont construit vers 1891

 

Magasins de secteur

 

Pas de magasin de secteur

Projets de modernisation

 

Projet de 1884

· Installation de deux tourelles Mougin modèle 1876.

 

Programme 1900

Coût des travaux 989 000 Fr or

· Construction de 3 galeries reliant les coffres au fort, d’une casemate de Bourges armée de deux canons de 95 sur affuts de côte modèle 1888 et de plusieurs abris de rempart pour 80 hommes.

· Installation d’une tourelle Galopin double, de deux tourelles de mitrailleuses et de 2 observatoires cuirassés.

 

Projet supplémentaire de 1908

· Installation dans le fort d’une deuxième tourelle de 155R 07 et de deux tourelles de 75 dont une à l’extérieur de l’ouvrage flanquant vers le fort de Vaux

· Construction d’une batterie cuirassée à l’extérieur du fort équipée de deux tourelles de 155 C

 

 

Modernisations

 

· 1887-1888 Renforcement du casernement, du passage voûté de gorge de l’entrée, des abris d’artillerie et des traverses-abri avec une carapace en béton de ciment, placée au-dessus de la maçonnerie de moellons, avec interposition d’une couche de sable de 1,00 m d’épaisseur. La carapace de béton a, soit 1,50 m d’épaisseur (partie est du casernement, partie des abris d’artillerie, des traverses-abri et du passage de gorge de l’entrée), soit 2,50 m (partie ouest du casernement, partie des abris d’artillerie). Elle est recouverte d’une couche de terre de 1 à 4 m d’épaisseur.

· 1889 Construction du coffre double et des coffres simples de contrescarpe pour le flanquement de chacun des fossés au moyen d’un canon-revolver.

· 1890-1900 Connexion au réseau de voie de 60

· 1901-1902 Modification des trois coffres de contrescarpe qui étaient construits pour le flanquement de chacun des fossés au moyen d’un canon-revolver. Ces coffres sont modifiés pour permettre l’adjonction d’un canon de 12 culasse au canon revolver.

· 1901-1903 Construction de la casemate de Bourges armée de deux pièces de 75 qui flanquent vers l’ouvrage de Thiaumont et des galeries à l'épreuve reliant les coffres.

· 1901-1903 Installation de deux tourelles de mitrailleuses qui seront prêtes à tirer en 1903 et de deux observatoires cuirassés de commandement. Coût des travaux 82 000 frs

· 1906-1909 Installation de la tourelle de 155R 07 qui sera prête à tirer en 1909 (premier fort à recevoir ce type de cuirassement). Cette tourelle possède deux observatoires cuirassés. Coût des travaux 410 000 frs

· 1890-1908 Installation d’un réseau de fils de fer autour de l’ouvrage et de grilles défensives à l’entrée du fort, sur le mur d’escarpe et au dessus des coffres de contrescarpe

· 1911-1913 Installation dans le fort de la tourelle de 75R05 et de son observatoire cuirassé. La tourelle était prête à tirer le 13 avril 1913. Coût des travaux 155 000 frs

· 1913-1914 Début des travaux de la batterie cuirassée pour la deuxième tourelle de 75R05, le bloc en béton sera coulé mais le cuirassement ne sera pas installé à cause de la déclaration de guerre. Coût des travaux commencés 133 627,96 frs

· 1914 Début de travaux de l’installation d’une usine photo-électrique, de l’éclairage et d’une ventilation électrique pour les casernements. Les travaux qui venaient de commencer seront stoppés à la déclaration de guerre

· 1914 Début des travaux de la batterie cuirassée pour deux tourelles de 155C au sud du fort. Les travaux restés à l’état de fouille seront stoppés à la déclaration de guerre. Coût des travaux commencés 150 249,78 frs

· 1914-1915 Les travaux devaient commencer pour l’installation d’une troisième tourelle de mitrailleuses dans le centre de résistance, le projet venant d’être approuvé par le Ministre.

· Janvier à Août 1915 Travaux de mise en défense de la batterie cuirassée de la tourelle de 75R extérieure en bouchant le puits de la tourelle avec une dalle de béton coulée sur des rails de chemin de fer et en construisant une casemate pour mitrailleuses qui flanque vers le fort de Vaux à la place de l’observatoire cuirassé.

Armement du fort et cuirassements installés entre 1890 et 1910

Equipement du fort en 1914

Photo allemande du coffre de gorge d’escarpe du coté droit en févier-mars 1916 possédant encore son canon revolver de 40 mm. Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le 19 février 1915. Collection Lionel PRACHT

Les casernements en mars 1916. Collection Lionel PRACHT

La tourelle de 75 à la fin de la Grande guerre. Collection Lionel PRACHT

En 1914, le fort de Douaumont est un vaste ouvrage de première catégorie de la 6ème région possédant  architecture très raffinée qui en fait l’un des forts modernisés les plus esthétiques de France. C’est aussi l’un des ouvrages, les plus modernes et les plus puissants de la place forte de Verdun avec les forts de Vacherauville et de Moulainville.

Mais les travaux en cours à la déclaration de guerre sont stoppés à la mobilisation, ce qui lui empêche  de recevoir une puissance de feu comparable aux forts de Longchamp, Lucey ou encore d’Uxegney.

Dans les années 30, les collerettes et les avant cuirasses des tourelles seront refaites et les tourelles de mitrailleuses qui avaient été détruites ou endommagées par les bombardements seront remplacées par deux tourelles en stock qui n’avaient pas été installées en 1914.

 

En juin 1940, le fort tirera à nouveau avant de se rendre sans grande résistance après avoir saboté les pièces d’artillerie car la place venait de tomber.

Aujourd’hui, le fort de Douaumont est l’un des ouvrages les plus connus du Système Séré de Rivières, il est visitable presque toute l’année pour témoigner des atrocités de cette guerre.

Propriété de l’armée, sa gestion est confiée au Conseil Général de la Meuse.

 

Plus de renseignement pour les visites

http://www.verdun-tourisme.com/champ-de-bataille-de-verdun-1-1-1.html

Vue sur les casernements en janvier 1916. Collection Lionel PRACHT

L’entrée du fort en janvier 1916 après le bombardement de 420

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Vue aérienne du fort en janvier 1916. Collection Lionel PRACHT

Le sous sol du casernement bétonné près de l’infirmerie. Partie non visitable.

Cliché VAUBOURG Cédric

La chambre de tir de la tourelle de 75 (partie non visitable).

Cliché VAUBOURG Cédric

Le fossé entre les saillants 4-5 en févier- mars 1916. Collection Cédric VAUBOURG

La rue des remparts en février- mars 1916.

Collection Lionel PRACHT

Un passage couvert dans la rue du rempart où périrent 600 allemands.

Cliché VAUBOURG Julie

L’entrée en janvier 1916.

Collection Lionel PRACHT

La tourelle de 75 en 1917

Archives des USA

La rue des rempart devant le massif de terre près de la boulangerie.

Collection VAUBOURG Cédric

Les dessus du fort vue depuis la tourelle Galopin de 155R, la tourelle de mitrailleuses Est et le coffre simple du saillant 2 en 1917. Archives des Etats-Unis

La tourelle de 75 R05 après réparation de la collerette dans les années 30.

Collection VAUBOURG Cédric

La tourelle de 155R à la fin de la Grande guerre. Collection Lionel PRACHT

La façade des casernements. Cliché VAUBOURG Julie

La façade du casernement. Cliché VAUBOURG Julie

Détail du casernement. Cliché VAUBOURG Julie

La façade des casernements. Cliché VAUBOURG Julie

L’entrée du fort . Cliché VAUBOURG Julie

www.fortiffsere.fr VAUBOURG Cédric et Julie © COPYRIGHT Mentions légales

La galerie principale de l’entrée du fort. Cliché VAUBOURG Julie

La façade des casernements près de la boulangerie. Cliché VAUBOURG Julie

La façade du casernement. Cliché VAUBOURG Julie

Rectangle à coins arrondis: Suite des photos

Le fort de Douaumont ou fort Gérard

Cette partie ci-dessous sur la bataille de Verdun est reprise d’après la monographie du Colonel Benoit (Adjoint au Général Ct le Génie de la 11ème armée) rédigée le 23 novembre 1917

 

Rôle du fort avant l’attaque de Verdun

Le fort de Douaumont faisait partie, à la mobilisation, du 1er secteur de la place de Verdun, et, dès les premiers mois de la guerre, il se trouva à 6 kilomètres environ des positions ennemies. Aussi ses tourelles tirèrent-elles assez fréquemment. En particulier, la tourelle de 155R 07 canonna les organisations allemandes vers le nord, en septembre et octobre 1914 et envoya de nombreux projectiles sur les organisations et sur les observatoires des Jumelles d’Ornes dans les premières quinzaines de décembre et de février 1915.

 

Bombardements du fort en 1914 et 1915

La situation du fort et son activité devaient fatalement attirer sur lui le feu de l’ennemi.

Le premier bombardement eut lieu le 8 octobre 1914 ; on releva les points de chute de 137 projectiles de 150, 210, 280 et 305, tant à l’intérieur même du fort qu’à proximité immédiate des contrescarpes. Sur ces 137 projectiles, 23, dont plusieurs du calibre 305, vinrent frapper la carapace en béton. Les dégâts qu’ils y firent ne furent pas considérables ; quelques éraflures ou quelques entonnoirs ayant au plus 1,50 m de diamètre et une profondeur de 0,20 m à 0,50 m. Les terrassements à la suite de ce bombardement, furent très bouleversés, mais aucun organe du fort n’eut à souffrir sérieusement.

Les dégâts furent réparés pendant la semaine qui suivit le bombardement.

Le second bombardement eut lieu le 15 février 1915, de 11h30 à 16h30. Les Allemands tirèrent sur le fort 40 projectiles de 420 et de 380 ; 18 arrivèrent à l’intérieur du fort, les autres tombèrent dans le réseau ou dans les environs immédiats. Les coups de 420 se succédaient assez régulièrement toutes les 8 ou 10 minutes.

Ceux de 380, en faible quantité, étaient tirés, généralement par deux à la fois, d’une façon assez irrégulière.

Le bombardement recommença le 17 février 1915, 20 coups de 420 furent tirés, dont 10 seulement tombèrent à l’intérieur du fort.

Il fut constaté au cours de ces deux bombardements, que beaucoup d’obus de 420 étaient projetés sans se fragmenter. Un obus tombé sur le fort, a ricoché, et est allé tomber à 5 kilomètres à l’ouest, vers Charny ; plusieurs témoins l’ont vu passer en tournoyant avec un bruit strident.

A la suite de ces deux bombardements, les terrassements furent sérieusement bouleversés ; certains entonnoirs avaient 8 à 10 mètres de diamètre et 2,50 m à 4 mètres de profondeur.

Le poste de police (bâtiment en maçonnerie de moellons ordinaires recouverte de 4 mètres de terre) eût sa voûte percée suivant un trou de 2 à 3 mètres de diamètre. Un autre coup de 420 (N°2) tombant tout à proximité, entraîna l’effondrement d’un local voisin du poste de police et démolit une partie du mur de façade de gorge.

La boulangerie, protégée par une carapace en béton de 1,50 m d’épaisseur, eût de même sa voûte crevée par 2 coups presque juxtaposés (N° 3 et 4) suivant un trou de 3 sur 4 mètres. Un autre coup tombant à 9 mètres des précédents (N° 5) sur la gaine d’accès à la boulangerie, creva aussi cette gaine, en y faisant un trou de près de 3 mètres de diamètre. Un sixième coup de 420 (N°6), tombant dans la partie nord de la rue du rempart et éclatant dans le sol à proximité de l’entrée du couloir conduisant à la tourelle de 75, n’a pas atteint directement les maçonneries, mais a soufflé le dallage et les piédroits du couloir, en y produisant d’importantes fissures.

Deux autres coups tombèrent sur la carapace en béton (N°7 et 8) du même couloir, à peu de distance l’un de l’autre, et la crevèrent en deux endroits. Son épaisseur était à cet endroit de 1,50 m environ.

Un autre coup de 420 (N°9) est venu ricocher sur la partie arrière de la carapace en béton de ciment, vers la tourelle de 155R 07, est allé tomber à plat sans éclater, à 20 mètres de distance dans la rue du rempart. Cet obus, désamorcé et déchargé par les soins du service de l’artillerie, a été exposé à Verdun et à Paris.

Il faut enfin citer un autre coup de 420 (N°10) qui a frappé le massif de la tourelle de 155R 07 sur le béton armé de la collerette. Il a éclaté dans le béton en y produisant une excavation d’une profondeur maxima de 1,65 m et dont les dimensions extérieures sont de 4,20 m sur 3,50 m. Il a en outre fissuré assez profondément le béton environnant. Il a déterminé dans la partie mécanique de la tourelle, une ovalisation de la couronne en acier moulé qui supporte les guidages supérieurs en bronze, ainsi qu’un déplacement vers le centre de la tourelle du support du long pignon vertical assurant le pointage en direction. Le support en fonte scellé dans le mur a d’autre part été fendu à mi-hauteur du pignon vertical. Par retouches des guidages en bronze et des cales du support du long pignon, les jeux convenables ont pu être ménagés, et, deux jours après le bombardement, le fonctionnement normal de la tourelle était assuré. La partie détruite du béton armé fut refaite d’urgence et des injections de ciment, faites avec soin dans les fissures avoisinantes, permirent d’avoir à nouveau une masse homogène de béton pouvant supporter dans les meilleures conditions les réactions du tir et les chocs éventuels des projectiles.

Les autres dégâts du fort furent réparés en mars et avril 1915. Les trous de la boulangerie et du couloir d’accès furent simplement bouchés avec des sacs à terre.

Pendant ces bombardements par obus de 420, la garnison était réfugiée dans la partie ouest du sous-sol de la caserne bétonnée. Elle n’y a été nullement incommodée par les gaz de l’explosion ; elle était du reste assez peu nombreuse et le bombardement n’était pas intensif. Les vibrations des maçonneries et des fondations étaient très importantes ; les hommes subissaient à chaque arrivée un choc très violent et avaient l’impression que les murs allaient s’écrouler.

Pendant le restant de l’année 1915 et en particulier le 25 novembre, le fort de Douaumont reçut un assez grand nombre de projectiles de calibre moyen (150 et 210) qui ne firent de dégâts qu’aux terrassements. Le fort ne tira plus que rarement.

 

Travaux effectués au fort avant l’attaque de  Verdun

A la mobilisation, les travaux de bétonnage de la tourelle de 75 extérieure et de son observatoire étaient terminés, et il restait à recevoir et à monter les cuirassements. En 1915, on transforma son observatoire en casemate bétonnée pour mitrailleuses, tirant dans la direction du fort de Vaux, et les locaux de la tourelle proprement dite en logement pour hommes, en recouvrant de béton l’emplacement de la calotte métallique.

Pour la batterie cuirassée pour deux tourelles de 155C, on avait seulement à peu près achevé les déblais. Ceux-ci étaient si considérables qu’en 1916, on désigna cet emplacement sous le nom de « Carrière 2808 ». En 1915 on avait créé, en partant de la paroi nord de l’excavation, un abri supplémentaire à l’épreuve pour les troupes du secteur, constitué par deux galeries majeures espacées de 31 m, et ayant 23 m de longueur moyenne, précédées d’une grande galerie de 9,50 m et réunies à leur extrémité par une autre grande galerie transversale.

 

 

 

Etat du fort pendant la première guerre mondiale

Prise du fort par les Allemands (21 février 1916 au 25 février 1916)

Lors de la suppression de la place de Verdun et de la constitution, le 10 août 1915, de la R.F.V. (Région Fortifiée de Verdun), le fort ne fut plus considéré que comme lieu de cantonnement de troupes ; la garnison et les approvisionnements furent enlevés, ainsi que les canons de la casemate de Bourges, leurs munitions et les canons de rechange des tourelles. En même temps le service du Génie de la place reçut l’ordre d’étudier et de préparer la destruction éventuelle des principaux organes du fort (tourelles diverses et observatoires, réseau et mur du fossé de gorge sur 50 mètres de longueur, etc.) C’est dans ce but que l’on approvisionna au fort 5.140 kg de poudre, 750 cartouches de cheddite, des pétards et cartouche de mélinite, et que l’on creusa, pour faire sauter l’escarpe de gorge, 6 fourneaux de mine à 2,50 m du parement intérieur du mur d’escarpe et à 8 mètres d’axe en axe les uns des autres.

La consigne de destruction du fort fut approuvée par la R.F.V. le 8 janvier 1916.

Les équipes de travailleurs pour la préparation de ces destructions étaient encore au fort de Douaumont au moment de l’attaque de Verdun par les Allemands le 21 février 1916. Elles travaillaient sous la surveillance du gardien de batterie Chenot, qui avait été désigné comme agent de mise de feu et, avec quelques artilleurs qui étaient postés dans le fort, en constituaient à peu près la seule garnison.

Les 21 et 22 février 1916, le fort de Douaumont reçut environ 800 projectiles, dont un certain nombre de très gros calibres, qui bouleversèrent les parapets et rendirent impraticable un des passages souterrains conduisant aux coffres. Ce bombardement continua les 23, 24 et 25. Ce fut le 25 que le fort, qui n’était pas défendu, les tourelles minées était inaccessible, qu’il tomba, dans le courant de l’après-midi, au pouvoir des Allemands.

Ceux-ci annoncèrent cet événement dans un communiqué devenu fameux :

« A l’est de la Meuse, devant Sa Majesté l’Empereur et Roi, qui était sur le front, nous avons obtenu des succès importants. Nos vaillantes troupes ont enlevé les hauteurs S-O de Louvemont, le village de Louvemont et la position fortifiée qui est plus à l’est.

Dans une vigoureuse poussée en avant, des régiments de Brandebourg sont arrivés jusqu’au village et au fort cuirassé de Douaumont qu’ils ont enlevés d’assaut. »

L’ordre fut donné dès le lendemain de reprendre le fort, mais les moyens n’étaient pas suffisants et l’attaque brusque tentée par nous, échoua.

 

Réoccupation du fort par les Allemands après la tentative de reprise du 22 mai 1916

Les Allemands, en se réinstallant dans le fort, eurent pour principale préoccupation de le rendre imprenable. Dès le 27 mai, le général commandant le Corps Bavarois écrivait au major Schemmel, commandant le fort :

« L’Etat-major de l’Armée a insisté sur la haute importance d’une possession définitive du fort de Douaumont. La 2° Division Bavaroise dont les attaques des 24 et 25 mai ont valu la reprise du terrain autour de Douaumont, est en conséquence priée de donner toute son attention à l’achèvement rapide des travaux du fort de Douaumont, en vue d’en faire un point d’appui inexpugnable. La demande d’un renfort en pionniers est, si elle est indispensable, à présenter de toute urgence. »

Et un mois après, le 20 juin, le général commandant le Corps Alpin qui commandait alors le secteur dont dépendait le fort, rappelait ces prescriptions et ajoutait :

« L’activité à donner aux travaux doit en conséquence avoir pour but dans toute la mesure du possible d’une part de mettre le fort à l’abri d’un assaut et de lui assurer des feux efficaces, et, d’autre part, de constituer des abris pour la garnison, les troupes de soutien (ultérieurement les réserves) ainsi que pour les munitions, les vivres, les ambulances. »

A ce moment, la garnison permanente du fort devait comprendre une compagnie d’infanterie, une section de pionniers, une compagnie de minenwerfer, des mitrailleurs, signaleurs, téléphonistes, etc, soit au total 20 officiers et 517 hommes.

Le fort était doté de 17 mitrailleuses, à savoir : 7 dans les 3 coffres, 3 dans chacun des passages est et ouest, une dans l’ancienne boulangerie aménagée contre le tir pour avions, une autre au coffre de gorge. Enfin la chambre nord de la casemate de Bourges renfermait deux mitrailleuses. L’une d’elles était toujours en position et l’autre prête à être mise en batterie. Ces mitrailleuses tirèrent assez fréquemment dans toute la région Thiaumont, Fleury. En particulier, le 3 août 1916, elles tirèrent à 1600 m jusque vers la voie ferrée et l’ancienne route Fleury-Thiaumont. La chambre sud de la casemate de Bourges servait d’observatoire.

Le fort, grâce à sa situation sur une position dominante (cote 388), était, entre les mains des Allemands, un observatoire incomparable. En occupant les observatoires des tourelles à canon, l’observatoire de la tourelle de mitrailleuses de droite et la casemate de Bourges, ils avaient des vues dans la direction de la Caillette, du fort de Vaux, du bois du Chapitre, des forts de Tavannes et de Souville, vers Fleury, Thiaumont et Froideterre.

Le commandant allemand faisait à ce propos remarquer à l’officier d’artillerie de place du fort que :

« 1° La défense par l’artillerie de la position de Fleury dépendait essentiellement de la façon dont l’observation et le réglage du tir étaient effectués au fort de Douaumont ;

2° Les vues du fort de Douaumont s’étendaient non seulement au secteur de la Division, mais à celui du Corps d’Armée et des Corps d’armée voisins. » (Document trouvé au fort de Douaumont).

Les Allemands avaient installé dans la tourelle de 155R 07 un poste optique communiquant avec Pillon et Hardaumont ; un autre, dans la tourelle de 75 communiquant avec le bois Wavrille et un autre dans l’abri VII communiquant avec Pillon. L’abri VI était réservé pour une station de T.S.F.

Au moment de la reprise du fort par l’ennemi, toutes les casemates sauf cependant celles voisines de la tourelle de 155 et l’ancienne boulangerie, étaient habitables. Les Allemands durent refaire les murs en sacs à terre qu’ils avaient placés en mars et avril 1916 devant les façades, et y laissèrent des ouvertures pour la défense, l’aération et l’éclairage.

Un dépôt de grenades avait été installé dans la citerne 19, qui n’avait plus d’eau et avait été asséchée. Ce dépôt sauta le 20 mai vers 14 heures, et l’explosion détruisit complètement la voûte séparant cette citerne de la casemate supérieure 38, en faisant un nombre de victimes probablement très élevé. Certains prisonniers faits par la suite parlaient de 1.000 à 1.200 morts. Les morts furent entassés dans les abris d’artillerie I et II.

Une explosion de vieilles munitions se produisit aussi par la suite dans le coffre nord-ouest.

Les citernes du fort étaient vides depuis longtemps ; elles ne pouvaient du reste plus se remplir, toutes les canalisations amenant les eaux des chapes dans les citernes ayant été détruites par les bombardements continuels. Aussi les Allemands durent-ils, peu de temps après s’être emparés du fort, y amener chaque jour l’eau nécessaire pour le lendemain au moyen de corvées qui allaient le chercher dans des bidons jusqu’au bois des Fosses. Par la suite (août 1916), l’eau put être amenée jusqu’à 300 mètres du fort et on put constituer une réserve dans quelques cuves en tôle.

Le fort n’était éclairé que par un très petit nombre de lampes électriques et par des lampes de pétrole. Ce ne fut qu’en septembre 1916, par conséquent après plus de six mois d’occupation, que les Allemands installèrent au fort des moteurs plus puissants pour l’éclairage et étudièrent un projet de ventilation des plus détaillés, qui ne fut d’ailleurs pas réalisé.

Ce manque de ventilation, aussi bien d’ailleurs que l’effectif nombreux des occupants, rendait le séjour dans le fort très préjudiciable à la santé des hommes. Dans un rapport trouvé au fort et établi par le lieutenant chef du détachement de pionniers du fort, on apprend que « par les journées chaudes et calmes, l’air est tellement chargé de mauvaises odeurs, d’acide carbonique et d’humidité, que les syncopes sont fréquentes parmi les troupes au repos… De nombreuses maladies des voies respiratoires, de l’estomac, maux de tête, syncopes, abcès et dépérissement visible des hommes, sont les causes essentielles des nombreuses évacuations ».

Outre la garnison permanente du fort, il y avait en effet de nombreuses unités étrangères ; le fort servait de lieu de passage et de repos à l’infanterie allant en ligne, car c’était le seul point entre le fond des Rousses et la 1ère ligne où une troupe pouvait se reposer sans danger. La marche était, paraît-il, tellement pénible, que les hommes arrivaient au fort complètement épuisés.

On entrait au fort par l’angle nord-est et par la communication souterraine aboutissant à la caserne bétonnée en passant devant l’observatoire et la tourelle à mitrailleuses de droite.

Les troupes se reposaient, soit dans le couloir arrière, soit dans les casemates désignées à l’avance, et allaient en ligne par le couloir ouest et l’angle sud-ouest du fort. La sortie était en général difficile, l’artillerie française tenant sous son feu les issues du fort. On lit à ce sujet, dans le rapport précité du lieutenant de pionniers :

« Une compagnie va vers les lignes ; à peine dehors, elle reflue vers l’allée principale encore bondée, emportant 3 ou 4 blessés ; le feu de barrage en est la cause. Au bout d’une demi-heure, la compagnie reprend son mouvement, profitant d’une accalmie de l’artillerie ennemie ; mais au bout de 3 minutes, elle reflue de nouveau, abandonnant ses morts et ayant 8 blessés qui, tout couverts de sang et geignant, se traînent jusqu’à la salle de pansement, en passant devant les compagnies faisant halte. Ce n’est qu’à la troisième tentative que la compagnie réussit à franchir le feu de barrage. De tels spectacles dépriment fortement les troupes.

Pour diminuer un peu les pertes à la sortie du fort, les Allemands entreprirent par la suite la construction d’une galerie souterraine, appelée sud-tunnel, dans l’axe même du fort. Cette galerie devait permettre en même temps de desservir la partie restante du coffre de gorge. Fin octobre 1916, il n’y avait que 60 mètres achevés de cette galerie.

En raison du tir de l’artillerie française, les corvées de ravitaillement, aussi bien que les hommes allant en ligne, étaient souvent obligés d’abandonner une partie du matériel transporté. Un ordre, en date du 16 septembre 1916 de la 192 D.I. allemande signale que les « abords du fort de Douaumont sont couverts de gourdes, sacs à terre, toiles de tente, outils de terrassements, grenades, casques d’acier, munitions et d’une quantité innombrables d’autres effets utiles ».

Les passages de troupes à travers le fort occasionnaient une gêne considérable pour l’exécution des travaux de réorganisation et de mise en état de défense. Aussi les Allemands furent-ils amenés à construire des abris souterrains importants, dans les carrières situées à 250 mètres au N-E du fort, pour permettre aux troupes de se reposer sans passer par le fort ; ils avaient l’intention de construire un boyau partant de ces carrières et contournant le fort. En septembre 1916, ils voulaient en outre, pour faciliter le ravitaillement et les communications du fort, le relier à des carrières par une galerie souterraine.

Les tirs continuels de l’artillerie française avaient détruit en plusieurs points les communications bétonnées entre la caserne et les divers organes. Aussi les Allemands, après les avoir plusieurs fois réparées, voulaient les doubler par des galeries de mine, plus profondément enterrées, mais les travaux étaient à peine commencés en octobre 1916.

Nos obus spéciaux causaient, dans le fort, de nombreuses alertes. Les Allemands se garantissaient plus ou moins contre les gaz asphyxiants au moyen de rideaux de sacs contenant des déchets de tourbe et en allumant des feux dans les casemates et dan les couloirs. Ces précautions étaient souvent insuffisantes ; c’est ainsi que, en particulier ; en septembre 1916, lors de l’envoi sur le fort d’obus spéciaux français, 21 hommes se la 1ére compagnie du 23ème pionniers furent très gravement intoxiqués.

La tentative de reprise du fort du 22 mai 1916

A partir du 26 février, le fort servit journellement de cible à l’artillerie française qui avait pour mission d’y harceler les Allemands et de gêner leurs sorties et leurs ravitaillements. Pendant assez longtemps, d’ailleurs, nos troupes restèrent accrochées aux pentes du mamelon de Douaumont ; le village fut le théâtre de combats sanglants ; il fut pris et perdu nombre de fois et ce ne fut que le 4 mars que nous l’abandonnions définitivement. A la fin d’avril, un saillant de nos lignes était encore à 200 ou 250 mètres seulement de l’angle S-O du fort.

C’est dans ces conditions qu’en mai 1916, la II Armée tenta de reprendre le fort de Douaumont. L’attaque fut menée par la V D.I. commandée par le général Mangin. Elle fut précédée pendant plusieurs jours (19-20-21 mai) de tirs de démolition exécutés avec beaucoup de soin, au moyen de 280 et de 370 qui donnaient des groupements remarquables.

Le jour même de l’attaque (22 mai) à partir de 6 heures, l’artillerie bombarda violemment le fort avec du 280, et toutes les positions ennemies avoisinantes avec des pièces lourdes de campagne. A 11heure 50, l’artillerie allonge son tir.

Trois attaques avaient été prévues : celle de droite, ayant pour objectif la tranchée des Hongrois, entre la Caillette et la Fausse Côte ; celle du centre ayant le fort pour objectif ; celle de gauche destinée à dégager les abords du fort et à s’emparer de la tranchée de Morchée et du Bonnet d’Evêque, ouvrage solide situé entre la ferme de Thiaumont et le fort de Douaumont. Ces attaques étaient menées par des bataillons des 36°, 129°, 74° et 54° régiments d’Infanterie.

L’attaque de droite ne put progresser que difficilement, et fut bientôt arrêtée par des feux de mitrailleuses ; cependant quelques troupes purent pénétrer dans le fort. L’attaque de gauche ne put s’emparer des objectifs qui lui avaient été assignés, mais quelques éléments forcèrent une brèche du fossé S-O N-O du fort de Douaumont et rejoignirent les troupes de l’attaque centrale qui avaient pénétré dans le fort par l’angle S-O.

La superstructure était complètement bouleversée ; l’infrastructure au contraire paraissait en assez bon état.

Cependant les murs de façade de la plupart des casemates étaient démolis et avaient été refaits avec des sacs à terre ; les murs de la casemate de Bourges et ceux du coffre N-O avaient beaucoup souffert et paraissaient avoir été consolidés par des moyens de fortune.

Malheureusement, les mitrailleuses placées par les Allemands dans les coffres et la casemate de Bourges n’avaient pu être détruites et arrêtaient la progression de notre infanterie. Des combats violents se livrent pour la possession de ces organes ainsi que des tourelles. Nous pénétrons dans le coffre N-O et dans la casemate de Bourges ; nous tenons bientôt la plus grande partie de la superstructure, sauf les parties N et N-E, où se trouvent des mitrailleuses (coffre N-E) qui obligent nos troupes venues par le fossé S-E N-E à rétrograder.

L’ennemi déclencha vers 17 heures une furieuse contre-attaque, en partie détruite par nos feux. Le combat continue dans le fort ; nous occupons la cour intérieure et le fossé de gorge. Les Allemands qui tiennent toujours la caserne bétonnée, ont établi dans les couloirs des barrages défendus par des mitrailleuses.

Pendant la nuit, leur artillerie arrose le dessus du fort avec des obus de petits calibres ; les bataillons du 74° et du 36° qui occupent la superstructure ont des pertes sérieuses. Néanmoins ils s’organisent et y creusent des tranchées de défense.

Le 23, une nouvelle contre-attaque allemande, déclenchée vers midi ne nous déloge pas du fort. La lutte continue à l’intérieur où nous cherchons à pénétrer par toutes les entrées, en faisant sauter les barricades et en essayant de progresser à la grenade. Nous installons des mitrailleuses sur la gorge.

Malheureusement, le renforcement de nos troupes ne se fait que très difficilement. L’ennemi tient toujours la tranchée Morchée et le Bonnet d’Evêque, qui paralysent nos opérations. Une attaque sur ces positions est ordonnée. Elle est devancée par une contre-attaque allemande enveloppante, venant du N et du N-E de la tranchée Morchée à la tranchée des Hongrois, contre-attaque qui ne réussit cependant pas à nous refouler.

Le 24, l’ennemi débouche de la tranchée Morchée et du Bonnet d’Evêque et parvient à prendre pied dans la tranchée d’Udine qui commande la gorge. Dès lors le fort est enveloppé, et nos troupes doivent l’abandonner sans retard. Une attaque déclenchée par nous l’après-midi ayant pour objectif l’entrée du fort, ne peut aboutir, nous ne pouvons que nous maintenir dans les tranchées situées au sud. Les 25,26, 27 mai, les Allemands essaient sans succès de nous en déloger pour dégager le fort de Douaumont.

Travaux exécutés dans le fort

Pendant leur occupation du fort, les Allemands firent de nombreux projets, mais peu de travaux. Ils se contentèrent de réparer les communications souterraines, souvent démolies, ainsi que les murs des casemates soumis à notre feu. Ces murs furent doublés par un mur de sacs à terre de plusieurs mètres d’épaisseur, placé à l’intérieur.

Le seul travail nouveau qu’ils aient commencé est la construction du Sud-tunnel dont il a été parlé ci-dessus.

Après la reprise du fort de Douaumont, la mise en état du fort fut confiée aux divisions d’Infanterie en secteur, qui eurent à opérer le nettoyage intérieur du fort, à commencer le dégagement et la consolidation des communications souterraines, à faire une piste d’accès et à créer une voie de 0,40 partant de l’abri des 4 cheminées, aux environs de l’ouvrage de Froideterre, jusqu’à l’abri Adalbert. Le commandant Nicolay, puis le commandant Montalègre et le capitaine Le Bris, prirent le commandement du fort.

A la date du 25 janvier 1917, le fort de Douaumont fut rattaché au Service des Forts de l’Armée, lequel devait lui fournir, outre un commandant du fort, une Compagnie d’Infanterie, une Compagnie de mitrailleuses de position, une demi-compagnie du Génie, un détachement d’artillerie, un gardien de batterie, des infirmiers, des téléphonistes, des signaleurs, des colombophiles, etc…

Le Corps d’Armée dans le secteur duquel se trouvait le fort, fournit une Compagnie d’Infanterie de renforcement.

Le capitaine Harispe, commandant à la fois la 25ème Batterie du 5ème Régiment d’Artillerie à Pied et le fort de Moulainville, fut désigné pour prendre le commandement du fort de Douaumont.

On lui adjoignit, en qualité de suppléant, le chef d’escadrons Ruellan, du 12ème Régiment de Chasseurs, lequel fut remplacé le 1er avril 1917, par le capitaine Gilson, du 119ème Régiment d’Infanterie.

L’amélioration de l’hygiène du fort de Douaumont fut une des premières préoccupations du commandant du fort. On nettoya et on désinfecta l’ouvrage à fond. Les ravitaillements en eau étaient tout particulièrement difficiles, on entreprit la construction de 3 puits qui permirent de disposer d’une certaine quantité d’eau. Des cuves en tôle de 400 litres chacune furent transportées au fort pour recevoir une réserve, au cas où les puits viendraient à tarir. Des appareils furent installés pour filtrer l’eau et la javelliser.

Les Allemands avaient transporté au fort des groupes électrogènes qui étaient en cours de montage au moment de la reprise de l’ouvrage. Ces groupes furent revus, mis au point et purent en quelques jours fournir au fort l’éclairage et l’énergie électrique.

La ventilation, que les Allemands n’avaient pu réaliser après 8 mois d’occupation, put être rapidement installée, non seulement avec des ventilateurs, à main, mais encore avec deux ventilateurs électriques.

La mise du fort en état de défense fut aussi l’objet des constantes préoccupations du commandement. On aménagea dans les couloirs des chicanes avec créneaux pour mitrailleuses et grenades ; on construisit des blockhaus pour mitrailleuses défendant la façade ; on refit les façades des casemates après avoir enlevé les sacs à terre placés par les Allemands ; on remit en état les coffres de contrescarpe dans lesquels on plaça des mitrailleuses ; on répara solidement la casemate de Bourges, dans laquelle, vers le 20 mai, fut installé un canon de 75 et une mitrailleuses ; on dégagea les champs de tir des divers organes.

On répara le mécanisme de la tourelle de mitrailleuses de droite pour permettre la rotation et l’éclipse de cette tourelle et on la dota de deux mitrailleuses.

On installa, avec le concours du Génie du secteur, un solide observatoire à l’emplacement de la tourelle à mitrailleuses de gauche démolie. Un poste optique fut établi au-dessus des locaux 45 et 46.

On remit en état les locaux qui avaient souffert du bombardement, ou on en tira parti ; l’ancienne boulangerie 41 fut déblayée et put être occupée dès que fut murée la partie antérieure où se trouvait le trou formé par les projectiles de 420 ; le local 38 fut séparé du local inférieur (19) par un plancher et un dallage et transformé en lavabos ; la chambre 35, percée par un obus, fut transformée en blockhaus de mitrailleuses ; des ouvertures furent percées dans les murs séparant entre eux les locaux 39 et 43, pour faciliter la circulation, le couloir arrière entre ces locaux ayant été muré, en raison des destructions qui y avaient été faites par les projectiles de 400.

On amena la voie de 0,40 de l’abri Adalbert jusqu’à l’intérieur même du fort, et pour permettre d’entrer dans l’ouvrage et d’en sortir avec une plus grande sécurité, on continua le « Sud-tunnel » commencé par les Allemands, et on le fit déboucher aux abords des carrières 2808, à proximité de la voie de 0,60.

L’installation de la voie de 0,40 facilita singulièrement le transport des approvisionnements, que l’on put constituer pour 15 jours. On put ainsi amener les 4700 obus de 75 et les 1500 de 155R formant l’approvisionnement de sûreté pour les canons du fort (tourelles et casemates), ainsi que les approvisionnements en cartouches de mitrailleuses et en cartouches de fusils.

On envisagea le remplacement des communications souterraines, si souvent démolies, par des communications en galerie de mines de 17, ayant une protection minima de 15 mètres sur le ciel. Ces galeries profondes permettront en outre l’assèchement du fort, dont le sous-sol et les galeries bétonnées aboutissant aux coffres sont inondés à la saison des pluies. Un groupe compresseur fut employé à ce travail.

Enfin, pour mettre le fort à l’abri d’un coup de main, on l’entoura d’un double réseau de fils de fer, le premier battu par les coffres, de 10 mètres d’épaisseur, établi dans le fossé et sur les pentes du talus de contrescarpe, le second, également de 10 mètres, établi sur le glacis. Les coffres sont entourés en outre d’un réseau de 10 mètres.

Grâce à toutes ces améliorations, le fort de Douaumont est capable, à l’heure actuelle, d’offrir à l’ennemi une vigoureuse résistance, et ses tourelles en bon état lui assurent l’intégrité de ses propriétés offensives.

Les nombreux bombardements qu’il a eus à subir depuis le 24 octobre 1916 n’ont causé que des dégâts généralement peu importants.

Il est bien difficile d’évaluer le nombre d’obus qu’il a reçus, en raison de l’impossibilité à un observateur de voir la totalité du fort.

Jusqu’à fin janvier 1917, l’activité de l’artillerie ennemie fut intense sur le fort ; elle fut moyenne en février et mars. Elle diminua à partir d’avril ; le fort ne reçut pendant ce mois que 1300 obus de tous calibres, il en reçut 680 en mai ; seulement 500 en juin. Mais à partir de juillet, l’activité ennemie augmente pour atteindre des proportions considérables en août et septembre, avant et après l’offensive française du 20 août 1917.

On peut évaluer à plus de 20.000 le nombre d’obus tombé sur le fort du 1er juillet au 1er novembre ; dans ce nombre sont compris 30 projectiles de 240 et 10 de 420 tombés respectivement le 30 septembre et le 26 septembre 1917.

En 1918, le réseau de galeries de 17 atteint 860 mètres de long, il est équipé d’un abri caverne pressurisé afin de protéger les soldats des gaz de combat. La machine de filtration sera installée dans un réduit anti-gaz au sous sol du casernement bétonné.

Etat du fort

Toute la région était complètement bouleversée ; les abords et l’intérieur du fort, se composaient d’une succession ininterrompue d’entonnoirs de diverses dimensions.

Malgré le nombre énorme de projectiles de tous calibres, tant allemands que français, tombés sur le fort depuis le 8 octobre 1915 et les vibrations répétées qu’a dû subir la carapace de béton recouvrant les casemates du fort, celle-ci a suffisamment bien résisté, très probablement en raison de sa masse ; on est tout surpris de trouver d’excellents abris parfaitement habitables, sous un terrain si profondément bouleversé.

Dans la partie ouest des casemates, protégées par 2,50 m de béton spécial, on ne constate qu’un seul trou, de 4 à 5 mètres de diamètre dans le local 33. De gros blocs de béton on été détachés et on aperçoit nettement sur les parties restantes de la dalle, les diverses couches successives de béton, de 0,20 m d’épaisseur chacune. Le projectile, du calibre de 400, semble avoir éclaté à l’intérieur même du béton, vers 1,50 m ou 2 mètres de profondeur ; les murs du local et la voûte qui le sépare des locaux intérieurs ne portent pas trace de dégâts.

En outre, trois autres coups de 400 ont percé de la même façon le couloir arrière des casemates et un petit local annexe (n°49), là où il n’y avait qu’une dalle de béton de 1,50 m d’épaisseur.

Un autre obus, probablement du calibre de 400, est tombé sur la casemate de Bourges, à l’aplomb du mur séparant les deux chambres à canon. La dalle supérieure est à peu près percée, bien que les barres de fer intérieures ne soient pas brisées. L’obus semble avoir éclaté dans la dalle. Le sous-sol de la caserne est en bon état.

Toutes les communications bétonnées entre le massif des casemates et les divers organes du fort avaient beaucoup souffert ; celle aboutissant à la casemate de Bourges, crevée antérieurement et que les Allemands avaient réparé à plusieurs reprises avec des châssis de mines, était de nouveau percée ; celle allant au coffre de gauche était percée des deux côtés de la tourelle de mitrailleuses. De même, celle allant au coffre de droite a été disloquée, près de la caserne bétonnée.

La tourelle de mitrailleuses de gauche et l’observatoire voisin n’existaient plus, les parties cuirassées avaient, été projetées à l’extérieur et fortement endommagées par l’explosion d’obus tombant tout à proximité. La tourelle de droite était en mauvais état et son corps cylindrique était percé en plusieurs endroits. Il est à remarquer du reste, que ce corps cylindrique n’a été calculé que pour résister aux éclats et que la tourelle éclipsée ne devait pouvoir résister qu’aux effets de l’explosion d’un sel projectile de 155 L.

Si les tourelles à mitrailleuses n’ont pas résisté moins et ne pouvaient d’ailleurs pas résister moins aux bombardements subis par le fort, il n’en a pas été de même des tourelles à canon. Les Allemands avaient prétendu, en septembre 1916, dans le rapport susvisé du lieutenant commandant le détachement de pionniers, que ces tourelles étaient très fortement abîmées et menaçaient à tout moment de disparaître.

Elles ont cependant bien résisté. C’est ainsi que la tourelle de 75, bien qu’ayant reçu, entre autres, sur l’avant-cuirasse, un obus de très gros calibre qui a disloqué le béton et brisé l’avant-cuirasse, a été facilement et rapidement réparée et a pu être mise en service en quelques jours, après dérouillage et graissage.

La tourelle de 155R 07 est en parfait état, et le béton lui-même n’est nullement abîmé. A l’intérieur, toutes les pièces sont en place ; il a suffi, pour remettre la tourelle en état de fonctionner, de nettoyer, dérouiller et graisser tous les organes. Ce fut d’ailleurs, cette tourelle qui, un mois et demi après, donna le 15 décembre 1916, le signal de la nouvelle attaque française qui devait nous rendre maîtres de la Côte du Poivre et du massif d’Hardaumont et porter les lignes françaises à 3 kilomètres environ du fort ; elle tira ce jour-là 35 coups sur les objectifs qui lui avaient été désignés et si elle n’en a tiré que si peu, cela tient uniquement au peu de projectiles qui avaient pu être montés au fort.

Pendant son tir, elle a reçu un coup de 380 qui a ricoché et est allé éclater plus loin. Il n’en est résulté aucun dégât, et le tir put continuer.

La veille de cette attaque, le fort fut bombardé par les Allemands avec des projectiles de gros calibres, et notamment de 420. Un seul dégât important fut causé au fort ; un projectile a percé la superstructure au-dessus du piédroit entre les chambres 35 et 36, protégées par 1,50 m environ de béton. L’explosion a entraîné l’effondrement au niveau des reins des deux voûtes correspondantes, sur une surface d’environ 3 mètres sur 3 mètres. Près de 80 mètres cubes de terre et matériaux divers, tombés par ces ouvertures, enterrèrent le poste de T.S.F. et ensevelirent 17 hommes, dont 10 furent tués. A cette date du 14 décembre 1916, il y avait au fort de Douaumont 5 casemates inoccupables, savoir ; la casemate d’hommes 33, percée par un obus de 400 français le 23 octobre 1916 ; les chambres 34 et 35 (magasins et T.S.F.) ne formant qu’une seule casemate, ainsi que la casemate d’homme n° 36, percée par un obus de 420 le 14 décembre 1916 ; la casemate d’hommes 38, dont le plancher a été détruit par une explosion de grenades allemandes ; la casemate 41 (boulangerie) percée par un obus de 420, le 16 février 1915. Il reste encore à l’étage 13 casemates en très bon état, et, au sous-sol, aucun des locaux n’a subi de dégâts, sauf la citerne 19 dont la voûte a sauté le 20 mai 1916, à la suite d’une explosion de grenades. Il est probable que si, après deux ans de bombardements presque quotidiens, souvent effectués avec des obus des plus gros calibres, les casemates du fort de Douaumont ont subi des dégâts si peu considérables, cela tient essentiellement à la masse importante de 170 mètres environ de longueur sur 30 mètres de largeur, qui les recouvre. D’après les observations faites par le Service de l’Artillerie au moment du tir de l’obusier de 400, 3 ou 4 coups seraient venus frapper la carapace de béton, là où son épaisseur est de 2,50 m sans produire la moindre fissure aux voûtes de locaux qu’elle recouvre.

Reprise du fort par les Français

Jusqu’au 9 septembre 1916, le fort de Douaumont dépendait du secteur occupé par le Corps Alpin. A cette date, l’Etat-major de ce Corps fut relevé et remplacé par l’Etat-major du 34ème C.A. Au 20 octobre, le fort fut compris dans le groupement Von Planitz et les 34ème et 54ème D.I. tenaient le front de Thiaumont à Fleury, protégeant ainsi le fort de Douaumont.

C’est à ce moment que se déclencha l’attaque française.

Elle avait été précédée d’une formidable préparation d’artillerie qui avait commencée le 20 octobre.

En particulier, ce jour là, deux obusiers de 400 et des mortiers de 370 tirèrent respectivement 108 et 140 projectiles sur le fort de Douaumont.

Le 21 octobre, les 2 pièces de 400 tirèrent, matin et soir, 48 coups dont 34 purent être observés. Ces 34 coups se trouvaient presque tous dans un carré de 200 mètres de côté ; 20 seulement étaient à l’intérieur même du fort.

Le même jour, 70 obus de 370 furent tirés sur l’ouvrage.

Le 22, eut lieu un tir très violent et très prolongé d’obus spéciaux.

Le 23, les mortiers de 370 tirèrent encore 70 coups sur le fort. Un seul obusier de 400 prit part au tir et envoya 45 obus en 5 heures. Le tir de 38 de ces derniers projectiles put être observé ; tous étaient compris dans un rectangle de 450 mètres de long sur 100 mètres de large. Sur ces 38 coups observés, 25 seulement étaient tombés à l’intérieur du fort. L’un d’eux y détermina un incendie et deux autres, au dire des observateurs, causèrent deux fortes explosions.

Enfin, le 24 au matin, l’obusier de 400 lança encore 15 projectiles sur le fort, qui avait auparavant reçu de nombreux obus spéciaux.

Le fort fut en outre bombardé très violemment depuis le 20 octobre par d’autres projectiles de tous calibres.

C’est grâce à cette préparation que le général Mangin, Commandant le IIème Corps d’Armée put s’emparer du fort.

L’attaque du 24 octobre, sur le front Carrières d’Haudromont-Ferme de Dicourt, fut menée par trois divisions en 1ère ligne ; à gauche la 38ème (général Guyot de Salins) qui avait reçu parmi ses objectifs le fort de Douaumont ; au centre, la 133ème (général Passaga) ; à droite, dans la région du fort de Vaux, la 74ème (général de Lardemelle).

A la 38ème division, le Régiment Colonial du Maroc, commencé par le lieutenant-colonel Regnier, avait pour mission la prise du fort. Il devait rester en liaison sur la gauche avec le 4ème Régiment mixte qui avait à s’emparer du village de Douaumont, et, sur sa droite, avec le 321ème Régiment de la 133ème Division, qui avait à s’emparer de la tourelle située à l’extérieur et à l’est du fort de Douaumont.

Le 4ème Bataillon du Régiment Colonial (Commandant Modat), partant des tranchées à l’ouest de Thiaumont, devait se porter sur les premiers objectifs, à hauteur de la ferme de Thiaumont, qu’il devait occuper solidement. Le 1er Bataillon (commandant Croll), le suivant à faible distance, devait le dépasser, contourner le fort et s’organiser à 200 mètres environ en avant. Enfin le 8ème Bataillon (commandant Nicolay), auquel étaient adjointes une demi-compagnie de mitrailleuses, la Compagnie du Génie 19/2 et une section Schilt, devait, marchant derrière le Bataillon Croll, attaquer le fort, s’en emparer et s’y retrancher. Il était divisé en deux groupes : le premier, attaquant le fort par le flanc ouest avec 3 sections d’Infanterie, deux sections du

Génie et deux appareils Schilt ; le deuxième, attaquant par la gorge le fort et les casemates avec trois sections d’Infanterie, deux sections du Génie et 3 appareils Schilt.

Le commandant Nicolay marchait entre ces deux groupes.

En arrière, trois vagues, constituées avec le reste du bataillon, étaient destinées à soutenir et à appuyer les groupes d’attaque.

Malgré les trous d’obus jointifs, larges et profonds et le sol glissant, les colonnes d’assaut partent avec entrain à 11h40, mais par suite du brouillard fort épais, obliquent trop à gauche. Elles se redressent, dépassent, comme il était convenu, le Bataillon Modat et se dirigent sur le fort. Elles doivent obliquer légèrement à droite et y pénétrer par la gorge, car quelques éléments du Bataillon Croll, au lieu de contourner le fort, y pénètrent par le flanc ouest. Il y a en outre, sur le fort, quelques hommes du 321ème Régiment qui, au lieu de se diriger sur la tourelle extérieure est, sont entrés dans le fort par l’angle sud-est. Quoiqu’il en soit, les colonnes d’assaut du commandant Nicolay se mettent joyeusement en devoir d’occuper le fort. Dès que tire une mitrailleuse ennemie, les grenadiers, les fusiliers-mitrailleurs, les hommes des unités du Schilt la font taire. On peut ainsi parcourir la superstructure du fort d’un bout à l’autre. Bientôt la compagnie du Génie 19/2 et les porteurs d’appareils Schilt font irruption dans les couloirs. Le capitaine d’artillerie Prollius, remplaçant le commandant du fort, major Marquardsen, en permission, un médecin, deux autres officiers, ainsi que 40 hommes de la garnison sont faits prisonniers. Vers 19, heures, la lutte cesse sur la superstructure. Nous avions perdu une cinquantaine d’hommes seulement.

Le commandant Nicolay installe son P.C, au fort, pendant que ses compagnies d’infanterie creusent des tranchées pour défendre la superstructure. La compagnie du Génie coupe les communications téléphoniques, cherche à rétablir la lumière électrique et visite minutieusement tous les locaux. Elle y trouve une douzaine de mitrailleuses, beaucoup de munitions, de vivres, des outils, du matériel divers. Un incendie se déclare dans le lazaret encombré de cadavres allemands, et, pour empêcher le fort d’être envahi par une fumée âcre et épaisse, on obstrue les ouvertures avec des sacs à terre.

Vers 23 heures, nous étions sûrs d’avoir le fort bien à nous ; le Bataillon Croll et une partie du Bataillon Modat couvrent le fort à une centaine de mètres en avant et assurent la sécurité nécessaire pour la continuation des travaux de mise en état de défense ; le reste du Bataillon Modat occupe les premiers objectifs et rattache définitivement Douaumont à Verdun.

L’ennemi commença dans la nuit à bombarder le fort. Les bombardements devinrent par la suite presque quotidiens. Ils furent exécutés souvent avec des obus de très gros calibres sur les tourelles et les accès du fort.

Dès le 25 octobre au matin, de furieuses contre-attaques furent déclenchées contre le fort. Elles furent brisées par nos feux. Elles se renouvelèrent le 26, vers 8h30 sur le fort, vers 14h30 un peu à l’est. Toutes furent arrêtées par nos grenadiers, par nos feux d’infanterie et d’artillerie.

Le 27, nous parvenons à dégager un peu plus le fort, en enlevant à la grenade les carrières N-E de Douaumont, à 250 mètres du fort et, en même temps, nous consolidons les positions qui protègent l’ouvrage vers le nord.

Vue aérienne du fort le 1er octobre 1917. Collection Lionel PRACHT

Le coffre simple de contre-escarpe du saillant 4 vers mars 1916.

Collection Lionel PRACHT

Le massif de la tourelle de 155R 07 en janvier 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La caserne bétonnée près de la boulangerie en juillet 1915.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une mitrailleuse allemande dans un coffre de contre-escarpe le 21 février 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La passerelle métallique derrière l’entrée en janvier 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Un entonnoir provoqué par un obus de 420 en janvier 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Un canon révolver détruit par les combats dans un coffre de contre-escarpe le 21 février 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La tourelle Galopin de 155R en septembre 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Un magasin aux vivres le 26 décembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une voûte du casernement percée par un obus de 400

photo prise le 24 février 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La tourelle Galopin de 155R en 1918. © Laurent ICARDO

En 1922, les massifs protecteurs des engins cuirassés sont en très mauvais état. La superstructure est complètement bouleversée, le béton du casernement est fissuré et les locaux sont très humides.

Etat des bétons des organes de combats en 1922:

Tourelles de mitrailleuses de gauche et observatoire cuirassé de gauche

Détruits et inutilisables

 

Casemate de Bourges

Ciel complètement fissuré en très mauvais état

 

Tourelle de 155R07

Extérieur: Béton complètement décapé sur toute la surface et sur le tour du massif protecteur. Fers apparents

Intérieur: Le béton paraît intact. La communication est en bon état - très humide. La fosse des contrepoids est noyée, le sous sol est inondé.

 

Observatoire cuirassé de droite de la tourelle de 155R

Extérieur: Béton complètement disloqué et les fers sont apparents

Intérieur: Paraît en bon état le sous sol est inondé.

 

Observatoire cuirassé de gauche de la tourelle de 155R

Extérieur: Complètement décapé et fers apparents

Intérieur: Très fissuré

Tourelle de 75 R05

Extérieur: Béton complètement décapé et fers apparents sur la surface et le pourtour de la calotte

Intérieur: Béton complètement fissuré. Sous-sol très humide

 

Observatoire cuirassé de la tourelle de 75

Extérieur: Béton décapé et fers apparents

Intérieur: Paraît en bon état

 

Tourelles de mitrailleuses de droite

Extérieur: Béton décapé et fers apparents

Intérieur: Mauvais état - fissuré

 

Observatoire cuirassé de droite

Extérieur: Béton décapé et fers apparents

Intérieur: Mauvais état - fissuré

La caserne bétonnée près de la boulangerie en janvier 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Plan du fort de Douaumont

Le canon dans la chambre de tir de la tourelle Galopin de 155R07.

VAUBOURG Cédric

 

1890

1908

1910

Pièces de rempart

du fort

6 canons de 155 long

6 canons de 120 long

4 canons de 95

6 canons de 120 long

aucune pièce de rempart

Cuirassements et

casemates

 

1 tourelle de 155R 07

1 casemate de Bourges

2 tourelles de mitrailleuses

3 observatoires cuirassés

2 guérites blindées

1 tourelle de 155R 07

1 casemate de Bourges

2 tourelles de mitrailleuses

3 observatoires cuirassés

2 guérites blindées

Défense des fossés

6 canons révolver

6 canons révolver

4 canons de 12 culasse

6 canons révolver

4 canons de 12 culasse

Nb de pièces

22

23

17

Dates de construction

Coût des travaux en 1886

 

Effectif 891 hommes en 1890

· 1884-1886-1890

· 1 499 780 Frs

 

· 19 officiers

· 44 sous-officiers, 828 soldats

Garnison normale prévue au fort en 1914

 

· Infanterie : 4 officiers et 285 soldats

· Artillerie : 1 officier, 18 sous-officiers et 66 soldats

· Auxiliaires des places fortes : 64 hommes

· Génie : 1 officier, 2 sous-officiers et 16 sapeurs

· Télégraphie : 4 sapeurs pour le réseau électrique

· COA : 3 officiers et 8 hommes dont 6 boulangers

· Service médicaux : 1 médecin et 2 infirmiers

· Gardien de batterie : 1 homme

· Soit un effectif de 7 officiers et 477 soldats

Effectif à la mobilisation en 1914 à la première heure

 

· Infanterie : 1 officier et 150 soldats du 164ème RI

· Artillerie : 1 officier et 180 soldats du 5ème régiment d’artillerie à pied

· Génie et services divers : 4 télégraphistes

Soit un effectif de 336 hommes

Coût des travaux en 1914

Capacité du casernement à l’épreuve

Capacité des casernement en maçonnerie

Capacité du magasin à poudre

Capacité du magasin aux cartouches

 

 

· 6 100 000 Frs

· 636 places couchées et 200 places assises

· Aucun

· 70 tonnes de poudre noire

· 2 magasins au cartouches et plusieurs magasins à munitions

Cuisine

Boulangerie

Puits et citernes

 

Pont de l’entrée principale

Pont de l’entrée de guerre

· 2 à 3 cuisinières de marque François-Vaillant

· 2 fours à bois ou au charbon de 220 rations de pain

· 2 citernes de 520 m3 chacune au rez-de-chaussée du casernement bétonné alimentées par les eaux de chapes

· 1 pont levis à  bascule en dessus

· 1 pont roulant

Communication liaison optique

 

Communication télégraphe électrique

 

 

 

Eclairage en 1914

· Un appareil de calibre 14 ou de 24 en réserve à la place peut être affecté à l’ouvrage si nécessaire.

· Avec le central à la citadelle de Verdun, le village de Douaumont, les ouvrages d’Hardaumont, de Bezonvaux  et le fort de Souville grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907

· Lampes à pétrole pour l’intérieur du fort, lampes à bougie pour la tourelle et oxyacétyléniques pour les fossés

Effectif maximum

· 1914 - 7 officiers et 744 sous officiers et soldats 

· 1916 - 19 officiers et 79 sous officiers et soldats

Armement du fort fin 1915

· Aucune pièce de remparts

· 3 coffres de contrescarpes et deux coffres de courtine armés de 6 canons révolver et 4 canons de 12 culasse avec leurs munitions

· 1 tourelle de 155R 07 armée avec quelques obus

· 1 casemate de Bourges désarmée sans munition

· 2 tourelles de mitrailleuses armées

· 1 tourelle de 75R 05 armée avec quelques obus

Armement du fort fin 1917

· Le fort est réarmé de mitrailleuses et fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée

· 1 tourelle de 155R 07 réarmée en munitions et remise en état de fonctionnement

· 1 casemate de Bourges partiellement détruite et réparée avant d’être réarmée et réapprovisionnée en munitions

· La tourelle de mitrailleuse de gauche qui a été détruite par les bombardements est remplacée par un observatoire bétonné

· La tourelle de mitrailleuse de droite est remise en état de fonctionnement avant d’être réarmée

· 1 tourelle de 75R 05 réarmée en munitions et remise en état de fonctionnement

· 3 coffres de contrescarpes sont réparés avant d’être armés de mitrailleuses et de 4 canons révolver avec leurs munitions

· Deux casemates pour mitrailleuses sont construites à l’extérieur de l’ouvrage.