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Le fort de Douaumont

La batterie cuirassée de 75

Le dépôt G de Douaumont

L’abri de combat DV1

L’ouvrage O de Bezonvaux

L’abri de combat DV2

La batterie 4-1 Fausse Côte

L’ouvrage de Lorient

L’ouvrage du Muguet

L’ouvrage de Josémont

L’ouvrage C d’Hardaumont

L’abri de combat DV3

Projecteur du Bois Fumin

L’abri de combat DV4

La batterie 5-3 Nez de Souville

Le fort de Vaux

Le dépôt H de Vaux

La batterie 6-1 de Damloup

L’abri de combat VLL1

La station de Tavannes

L’ouvrage D de Laufée

La batterie 6-3 Bois de Laufée

Le magasin M8 de Fleury

Le dépôt B de Souville

Le fort de Souville

La tourelle Bussière annexe

Le dépôt C de Souville

La batterie 8-5 de l’hôpital

Le dépôt I de Tavannes

La batterie 8-6 du tunnel

La batterie 6-9 de Tavannes

Le tunnel de Tavannes

Le fort de Tavannes

La batterie de Mardi-Gras

Le projecteur de Mardi-Gras

L’abri de combat LLM1

Le magasin de la Renarderie

L’abri de combat LLM2

L’ouvrage E d’Eix

Le projecteur d’Eix

La batterie 1-2 de Moulainville

Le dépôt J de Moulainville

Le fort de Moulainville

L’abri de combat MD1

L’abri de combat MD2

L’ouvrage F de Manesel

L’ouvrage de la Croix Brandier

Le magasin de Belrupt M3

Le fort de Belrupt

L’ouvrage de Déramé

L’ouvrage G de Châtillon

L’abri de combat DR1

Le dépôt K  du Rozelier

Le fort de Rozelier

Le dépôt X du Rozelier

L’abri de combat RSS1

L’ouvrage P de Jaulny

L’ouvrage des Réunis

Dépôt W de Saint Symphorien

L’abri de combat RSS2

L’ouvrage F de St-Symphorien

L’abri de combat SSH1

Le magasin d’Haudainville M4

Le fort d’Haudainville

Le dépôt T d’Haudainville

L’abri de combat HLF1

La batterie 6-6 de l’Ollier

Le fort de Génicourt

L’ouvrage de la Falouse

L’abri de combat LFD1

L’abri de combat LFD2

Le dépôt V de Dugny

Le fort de Dugny

L’abri de combat DL1

Dépôt U de Dugny-Landrecourt

L’abri de combat DL2

Le fort de Landrecourt

L’abri de combat LR1

Le dépôt L de Landrecourt

L’ouvrage I du Chapitre

Le magasin Champ de la Gaille

L’abri de combat LR2

Le fort de Regret

La batterie annexe 3-7

Batterie s 3-4 & 3-6 de Regret

L’ouvrage J de Baleycourt

Le dépôt M de Regret

L’abri de combat RS1

L’abri de combat RS2

Le fort de Sartelles

L’ouvrage K de Fromeréville

Le fort de la Chaume

Le dépôt N de la Chaume

L’abri caverne Sartelles Chana

Le dépôt Y de Chana

L’ouvrage de Chana

Le magasin de Lombut M6

L’ouvrage L de Germonville

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Le fort de Vaux est construit au Nord de la place en rive droite de la Meuse à 298 mètres d’altitude d’où il domine la plaine de la Woëvre pour défendre la voie ferrée venant de Metz et la route venant d’Etain. Il protège aussi les intervalles entre le fort de Douaumont, l’ouvrage de Laufée et le fort de Tavannes.  A sa construction, le fort est renforcé par une batterie d’artillerie annexe construite à gauche du fort

L’armement du fort à la veille de la Grande guerre

 

Pièces de rempart du fort

2 sections de 2 mitrailleuses de rempart modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches

2 sections de 2 mitrailleuses sur trépied modèle 1907 approvisionnées de 43200 cartouches

 

Cuirassements et casemates

2 casemates de Bourges armées chacune de 2 pièces de 75 sur affût de casemate

approvisionnées à 500 coups/pièce. Elle possède un tube de rechange par casemate.

1 tourelle de 75R 05 armée de 2 canons de 75  approvisionnée à 2000 coups/pièce.

 Elle possède un observatoire cuirassé et un tube de rechange.

2 observatoires cuirassés de commandement

2 guérites blindées de rempart

 

Défense des fossés

2 coffres simples de contrescarpe armés chacun d'1 canon révolver approvisionné à 1800 coups 

et d’1 canon de 12 culasse approvisionné à 150 coups.

1 coffre double de contrescarpe armé de 2 canons révolver approvisionnés à 1800 coups/pièce

et de 2 canons de 12 culasse approvisionnés à 150 coups/pièce.

 

 

Total 22 pièces d’artillerie

 

Les différents éléments extérieurs à proximité du fort en 1914

 

Batteries d’artillerie

La batterie d’artillerie 5-1 armée de 4 canons de 90 sur affût de campagne

La batterie d’artillerie 5-2 armée de 4 canons de 90 sur affût de campagne

La batterie d’artillerie 5-3 de de la tête de Souville est une batterie bétonnée modèle 1907 armée de 4 canons de 155 long construite en 1913. Elle possède 4 abris ayant une capacité

de 40 places assises ou 20 places couchées.

La batterie d’artillerie 5-4  armée de 4 canons de 95 sur SP

La batterie d’artillerie 5-5  armée de 2 canons de 90 sur affût de campagne

 

Ouvrages d’infanterie

Aucun

 

Abris de combat et abris cavernes

Abri de combat DV3 est un abri construit en 1906 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

Abri de combat DV4 est un abri construit en 1906 d’une demie-compagnie

ayant une capacité de 100 places

Dépôts intermédiaires

 

Dépôt intermédiaire H de Vaux construit vers 1891

Magasins de secteur

 

Pas de magasin de secteur

Divers

Abri pour projecteur du Bois Fumin

Projets de modernisation

 

Programme 1900

Coût des travaux 854 000 Fr

· Remplacement des trois caponnières par un coffre double et deux coffres simples de contrescarpe. Construction de deux casemates de Bourges et d'un magasin aux munitions à l’épreuve.

· Remaniement des parapets d’infanterie et réfection des murs d’escarpe et de contre-escarpe

· Installation d’un réseau de fils de fer, d’une tourelle de 75 et de deux observatoires cuirassés.

Projet supplémentaire de 1908

· Aucun projet supplémentaire après 1908.

 

Modernisations

 

· 1886 Organisation de galeries de mines de contre-escarpe. Coût des travaux 13 168,46 Frs

· 1887 Construction d’une batterie d’artillerie extérieure et d’une source artificielle. Coût des travaux 29 091.52 Fr

· 1888 Renforcement d’une grande partie du casernement de paix et de certaines galeries par une carapace de béton spécial. Coût des travaux 678 492, 30 Frs

· 1888-1890 Connexion au réseau de voie de 60

· 1889-1893 Amélioration du réseau de fils de fer autour de l’ouvrage et installation de grilles défensives à l’entrée du fort et au dessus des caponnières. Coût des travaux 51 377,14 Frs

· 1895 Renforcement des escarpes. Coût des travaux 14 997,87 frs

· 1904-1906 Remplacement des trois caponnières par trois coffres de contrescarpe. Renforcement de certaines parties comme les ateliers de chargement et les latrines. Construction de deux casemates de Bourges armées de deux pièces de 75 qui flanquent vers le fort de Douaumont et l’ouvrage de Laufée. Coût des travaux 616 984,95 Frs.

· 1904-1905 Installation d’une tourelle de 75 qui sera prête à tirer en 1905 et installation de trois observatoires cuirassés. Coût des travaux de 165 000 frs.

· 1910-1912 Construction des galeries de communication et des batteries d’artillerie extérieures 5-3, 5-4, 6-7. Coût des travaux 247 023,48 Frs

Armement du fort et cuirassements installés entre 1890 et 1910

Equipement du fort en 1914

Le fossé de gorge en mars 1916. Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le 30 mars 1916. Collection Lionel PRACHT

Vue sur le fort en mars 1916. Collection Lionel PRACHT

En 1914, le fort de Vaux est un ouvrage modernisé de première catégorie de la 6ème région qui possède un casernement à l’épreuve. Son armement principal est placé sous casemate bétonnée et sous tourelle cuirassée.

Vers 1927, les deux casemates de Bourges seront complètement réparées avec une nouvelle couche de béton.

De 1931 à 1932, le réseau de galeries de 17, sera bétonné sous le casernement avec du ciment de laitier afin de ne pas fragiliser les fondations de l’ouvrage en cas d’effondrement de ses galeries qui étaient soutenues depuis la Grande Guerre avec des renforts en bois.

Aujourd'hui, le fort reste un témoin majeur de cette guerre. Il appartient toujours à l’armée et peut se visiter toute l’année sauf au mois de janvier.

 

Plus de renseignement pour les visites

http://www.verdun-tourisme.com/champ-de-bataille-de-verdun-1-1-1.html

Vue sur l’entrée dont le pont-levis est remonté le 15 mars 1916. Collection Lionel PRACHT

Carte postale de 1915 de la rue des rempart près de la tourelle de 75. Collection Lionel PRACHT

Vue aérienne du fort le 19 février 1915. Collection Lionel PRACHT

Carte postale du casernement et du fossé du fort après sa reddition.

Collection Lionel PRACHT

Une citerne du fort qui s’est fissurée lors du bombardement en juin 1916 où sera aménagée un départ de galerie de 17 fin 1916. (Partie non visitable) Cliché VAUBOURG Cédric

Carte postale du fossé de gorge du fort près de l’entrée en mars 1916.

Collection Lionel PRACHT

Les restes de la tourelle de 75 après la grande guerre.

Collection Lionel PRACHT

Le casernement du fort en 1917 et le coffre simple de gorge. Archives des Etats-Unis

Le casernement en 1917. Archives des USA

Le coté de la casemate de Bourges Est après guerre.

Collection Lionel PRACHT

Le coffre simple de contre-escarpe après réparation.

Collection Lionel PRACHT

La casemate de Bourges Est après guerre. Collection Lionel PRACHT

L’entrée de guerre du fort . Cliché VAUBOURG Cédric

L’entrée de guerre. Cliché VAUBOURG Julie

Le corps de garde de l’entrée de guerre.  VAUBOURG Julie

L’entrée de guerre. Coll. VAUBOURG Julie

Le casernement. Cliché VAUBOURG Julie

La galerie de l’entrée de guerre. 

Cliché VAUBOURG Julie

Une galerie du fort.  Cliché VAUBOURG Julie

Représentation du bureau de Commandant Raynal .

Cliché VAUBOURG Cédric

Une chambrée du fort. Cliché VAUBOURG Cédric

Une chambrée du fort. Cliché VAUBOURG Cédric

Détail du casernent bétonné. Cliché VAUBOURG Cédric

Plaque commémorative sur les Défenseurs

 du fort de Vaux.

Cliché VAUBOURG Julie

www.fortiffsere.fr VAUBOURG Cédric et Julie © COPYRIGHT Mentions légales

La galerie derrière les chambrées

Cliché VAUBOURG Julie

Rectangle à coins arrondis: Suite des photos

Etat du fort pendant la première guerre mondiale

Cette partie ci-dessous sur la bataille de Verdun est reprise d’après la monographie du Colonel Benoit (Adjoint au Général Ct le Génie de la 11ème armée) rédigée le 23 novembre 1917

 

Rôle du fort avant l’attaque de Verdun

Le fort de Vaux faisait partie du 1er secteur de la place forte de Verdun. Sa garnison devait comprendre, à la mobilisation, 1/2 Compagnie d’Infanterie, 2 Sections de mitrailleuses, 52 auxiliaires de place forte, soit en tout 279 hommes.

La tourelle de 75 n’intervint que dans les derniers jours d’août 1914 pour disperser quelques troupes dans le bois Le Baty, mais le fort fut précieux comme observatoire, car il possède des vues étendues sur la Woëvre et le pied des côtes de Meuse.

Comme pour tous les forts de la place de Verdun, le commandant d’Armes avait reçu l’ordre, en cas d’attaque, de tenir coûte que coûte et le général de Division Coutanceau, gouverneur de Verdun, avait fait inscrire en gros caractères sur la porte d’entrée du fort la ligne de conduite à tenir par la garnison.

« S’ensevelir sous les ruines du fort plutôt que de se rendre ».

Le fort fut bombardé la première fois par les Allemands le 18 février 1915, au moyen d’un obusier de 420 placé au bois d’Hingry.

Douze points d’impacts furent relevés sur le fort ou ses abords immédiats. Les projectiles 1, 2,3, tombés, les deux premiers en avant du réseau, le 3ème, dans le fossé, creusèrent des entonnoirs de 6 à 10 mètres de diamètre et de 2,50 environ de profondeur.

L’obus tombé en 4, près de la tourelle de 75, défonça la voûte en maçonnerie du magasin et fissura en plusieurs endroits la façade du massif de la tourelle sur la rue du rempart. L’escalier en béton conduisant de la tourelle au parapet fut démoli.

L’obus tombé en 5 ajouta peut-être ses effets au précédent : il fit dans la cour un entonnoir de 6 mètres de diamètre et 2,50m de profondeur.

Le projectile tombé en 6 derrière la contrescarpe de gauche la renversa sur 8 mètres de longueur.

L’obus tombé en 7 sur la communication de droite produisit dans les terrassements un entonnoir de 8 m de diamètre et de 2,50 m à 3 m de profondeur. Il fissura la dalle et le piédroit sud de la communication : la couche inférieure de la dalle fut d’ailleurs désagrégée.

Le projectile tombé en 8 amena la destruction de la contrescarpe de gorge sur 10 mètres de longueur.

Les obus 9, 10, 11, tombés sur le glacis de gorge ou le Rouby formèrent des entonnoirs de 8 m de diamètre, entièrement recomblés par les terres.

L’effet le plus remarquable fut celui produit par le projectile 12. Arrivant sous un angle de 60° avec l’horizon, il fit avant d’éclater dans les remblais rocailleux et le roc calcaire d’ailleurs fissuré et d’assez mauvaise qualité, un trou de 0,60 m à 0,80 m de diamètre et de 10,10 m de longueur mesuré suivant la pente, soit 8,75 m verticalement.

La garnison réfugiée pendant ce bombardement, dans le couloir arrière des casemates, ne fut nullement incommodée par les gaz de l’explosion ; mais les hommes avaient l’impression que le massif de la caserne bétonnée était soulevé à chaque explosion rapprochée et ressentaient à chaque fois un vif sentiment d’inquiétude.

Ce fut le seul bombardement important du fort pendant l’année 1915.

Vers la fin de la même année, les 2 casemates de Bourges de l’ouvrage furent désarmées et on prépara la destruction éventuelle du fort. C’est ainsi que 8 fourneaux de mine furent préparés derrière l’escarpe et 6 autres derrière la contrescarpe de gorge, à gauche de l’entrée du fort, et que les poudres et explosifs nécessaires pour leur mise en œuvre (340 kg par fourneau) aussi bien que pour la destruction des casemates de Bourges, de la tourelle de 75 et des observatoires, furent emmagasinés au fort.

Rôle du fort au moment de l’attaque de Verdun

Lorsque le 24 février 1916, à 21 heures le général commandant la R.F.V. (Région Fortifiée de Verdun) eut donné l’ordre de chargement immédiat des dispositifs des ouvrages et forts de la rive droite de la Meuse, y compris les casemates et les tourelles, le gardien de batterie Dervin, agent de mise en œuvre des dispositifs du fort de Vaux, avait reçu une autre mission du service de l’artillerie. Bien que le nécessaire fut fait pour qu’il rejoigne d’urgence son fort (et dans la pratique il put y arriver le 25 vers 9h45 du matin), on le remplaça immédiatement dans ses fonctions spéciales par un officier d’administration du génie, qui arriva au fort dans la nuit du 24 au 25 à 3 heures du matin. Un détachement du 44ème territorial fut immédiatement mis à sa disposition pour l’accomplissement de sa mission et fractionné en plusieurs équipes chargées chacune d’un dispositif.

Le chargement fut entrepris tout de suite sous le bombardement assez intense d’obus de moyen calibre. On commença de la sorte à charger les deux casemates de Bourges, les fourneaux d’escarpe et de contrescarpe, le coffre de gorge ainsi que la tourelle de 75.

Le 26, le bombardement redoubla de violence et des obus de très gros calibre, parmi lesquels beaucoup de 420, tombèrent sur le fort.

Ils firent, en particulier, aux escarpes et contrescarpes et notamment à celles de gorge, des brèches importantes : un projectile de 420 tomba sur le massif bétonné de l’observatoire de gauche qui fut fissuré et le souffle arracha le plancher de l’observatoire, ainsi que ses supports, les cordes de manœuvre et les poulies (point n°13) un ou plusieurs obus tombèrent sur le massif de la tourelle de 75, creusant dans le béton des entonnoirs assez importants (point n°14) un autre tomba sur la communication bétonnée allant à cette tourelle, creva le béton armé qui avait 1,25 m d’épaisseur et éclata à l’intérieur, obstruant entièrement le passage (n°15) d’autres tombèrent sur l’observatoire de droite, qui fut déchaussé et rejeté sur le côté (projectile n°16).

L’agent de mise en œuvre, ayant rendu compte dans la matinée de cette situation au général commandant le 20ème C.A. dans le secteur duquel se trouvait le fort, celui-ci, qui avait été délégué par le général commandant la R.F.V. pour donner l’ordre de mise à feu lorsqu’il le jugerait indispensable, envoya le 26 à 13 heures l’ordre suivant :

«Prescrire à agent de mise en œuvre fort de Vaux de détruire le fort et de se retirer ».

L’agent de mise en œuvre reçut cet ordre à 14h45.

Quelques heures auparavant, 815 kg de poudre qui n’avait pas encore pu être mis en place et qui étaient en dépôt dans les magasins près de la tourelle de 75 sautèrent.

Puis, vers 14 heures, un projectile de 420 tombé à l’entrée de la casemate de Bourges, détruisit les locaux 16 et 17 dans lesquels on allait procéder à l’amorçage des charges, aucune amorce ne put être retrouvée.

L’agent de mise en œuvre fut ainsi mis dans l’impossibilité d’accomplir sa mission. Il en rendit compte au général commandant le 20ème C.A. et, conformément aux instructions de cet officier général, il se rendit avec son équipe et le gardien de batterie à Bar Le Duc où il arriva le 28 février à 3 heures.

De 08h30 à 17h30 le 26 février, le fort de Vaux avait reçu 129 projectiles, tous de très gros calibres.

Le bombardement continua intense le lendemain et les jours suivants.

Ce fut à la suite de ces bombardements, dans lesquels les calibres de 380 et 420 étaient fréquemment employés, que les dégâts suivants furent constatés au fort dans les premiers jours du mois de mars.

Le coffre double était éventré par un ou plusieurs projectiles tombés au point 17, qui avaient crevé sa dalle en béton armé de 1,50 m d’épaisseur, en éclatant au moment de sortir de la dalle ; un autre (18) avait entraîné l’effondrement du couloir reliant les deux parties de ce coffre. En ce qui concerne le coffre simple, un projectile tombé en 19, au-dessus de l’entrée, avait déplacé un bloc de béton qui coinça la porte. La communication bétonnée avait été obstruée au point 20, un piédroit ayant été renversé par un projectile éclatant à proximité.

Des obus de très gros calibres tombant en 21 et 22, détruisirent la contrescarpe sur 20 à 30 mètres de longueur et les éboulements obstruèrent le fossé et rendirent difficile le flanquement par le coffre de gorge qui avait jusqu’ici bien résisté.

Enfin, probablement sous l’action des projectiles de 420, la tourelle de 75 qui était chargée, mais n’avait pu être amorcée le 26 février sauta à la suite de l’explosion de sa charge intérieure ; tous les organes furent détruits d’une façon absolument irréparables. En particulier, l’avant-cuirasse fut brisée et la calotte de la tourelle fut inclinée sur la droite, laissant ainsi une ouverture béante sur la gauche du massif de la tourelle.

Les passages à travers les communications bétonnées furent rétablis en galeries de mines, sauf cependant celui allant à la tourelle et comme l’entrée ordinaire du fort, constamment en butte au tir de l’artillerie ennemie avait été obstruée, on prit l’habitude d’entrer au fort par le coffre simple de droite, dont le mur de fond avait été percé par un obus.

 

Garnison et consigne du fort

Dès les premiers jours de l’attaque de Verdun, le fort de Vaux fut occupé par des détachements d’infanterie d’importance variable, commandés généralement par un chef de Bataillon.

Le 9 mars, dans la matinée, le général commandant l’Armée, sur la demande du général commandant le 21ème C.A. invita le général commandant d’Armes de Verdun à envoyer au fort un détachement d’artillerie composé d’un officier et 36 canonniers et un détachement du Génie composé d’un officier et 15 sapeurs.

Ces détachements partirent à 12h30 et arrivèrent au fort de Vaux à 22h30 malgré de violents tirs de barrage de l’infanterie.

Le gardien de batterie, rappelé de Bar Le Duc, fut aussi dirigé sur le fort, où il n’arriva qu’avec la plus grande difficulté.

Mais comme le personnel ainsi envoyé à Vaux était indispensable à Verdun, l’ordre fut envoyé le soir même de le faire rentrer.

Ce fut seulement le 13 au matin que ces détachements purent regagner Verdun. Pendant les trois jours qu’ils étaient restés au fort, ils n’avaient été employés qu’au déblaiement et au nettoiement.

Sur ces entrefaites, le général commandant la IIème Armée, par note du 10 mars avait prescrit de réorganiser les forts et de les doter d’une garnison.

Le fort de Vaux reçut ainsi le 15 mars une garnison fixe composée de 2 compagnies d’infanterie et de 2 sections de mitrailleuses de position. Le commandant De Marcillac, du 149ème Régiment d’infanterie, remplacé le 23 du même mois, par le commandant Charles, du 159ème Régiment puis le 30, par le capitaine Gérard, du 6ème Régiment de Hussards, lequel fut évacué le 17 avril. Le commandant Druesne, du 7ème R.I.T. prit à ce moment le commandement du fort et le conserva jusqu’au 14 mai, date à laquelle lui succéda le commandant Raynal, du 96ème Régiment d’infanterie, qui, quoique grièvement blessé le 3 octobre 1915 et incomplètement guéri, avait demandé un commandement sur le front (le commandant Raynal arriva au fort dans la nuit du 23 au 24 ami 1916).

La garnison du fort fut, dans la nuit du 2 au 3 avril, diminuée d’une compagnie d’infanterie, en raison du mauvais état sanitaire et des difficultés d'installation. A cette date, le général commandant le groupement dans le secteur duquel se trouvait le fort de Vaux, faisait connaître que deux nouvelles sections de mitrailleuses de position lui seraient nécessaires pour permettre l’utilisation des casemate de Bourges et de leurs observatoires par des mitrailleuses, en attendant que les casemates soient réarmées avec des canons de 75.

Le 12 mai, il y avait de la sorte, au fort 8 mitrailleuses. Le 24 mai on y ajouta 4 canons de 58 avec 150 coups.

La consigne pour la défense du fort, approuvée le 15 avril 1916 spécifiait que :

«En cas d’attaque le fort devait résister même complètement investi, pour briser l’élan de l’ennemi, le forcer à distraire une partie de ses forces, faciliter les contre-attaques.

Le commandant du fort – dit la consigne – n’a pas à se préoccuper de ce qui se passe hors de l’ouvrage qu’il commande ; sa seule pensée doit être tenir jusqu’à l’épuisement complet de ses vivres et de ses munitions.

Ce n’est que lorsque toute résistance est devenue impossible ou que l’ennemi a réussi à pénétrer dans une partie de l’ouvrage que le commandant du fort donne, sous sa responsabilité, l’ordre de destruction des organes qui sont mentionnés dans sa consigne comme devant être détruits (escarpe et contrescarpe du front de gorge, casemate de Bourges, ). »

Bien qu’il ait été trouvé au 2 avril 1916 que la garnison d’alors était trop nombreuse, on accumula dans le fort dès le mois de mai toutes sortes d’éléments étrangers. C’est ainsi qu’il y avait au 20 mai, outre la garnison, le P.C. du chef de bataillon du secteur de droite, 3 sections de la compagnie du Génie 7/51, etc… soit en tout plus de 200 hommes.

 

Le fort pendant les mois de mars, avril et mai

La région du fort de Vaux continua à être bombardée journellement pendant le mois de mars. Du 8 au 10 mars, une attaque excessivement violente, faite par un temps froid et neigeux, fut déclenchée entre

Douaumont et le village de Vaux par la 9ème D.R. du V Corps allemand. Le 9 mars, après une lutte acharnée, l’ennemi parvint tout d’abord à occuper la partie inférieure des pentes allant du cimetière de Vaux au fort, il essaya ensuite d’avancer sur le plateau et vers les tranchées en avant du fort. Mais pris de flanc par nos mitrailleuses et de front par le feu de l’infanterie, il ne put aborder ces tranchées et fut refoulé en désordre jusque dans le village de Vaux, où il ne parvint à conserver qu’une partie des maisons à l’est de l’église. Or, ce jour-là, le communiqué allemand s’exprimait en ces termes :

«A l’est de la Meuse, pour raccourcir les liaisons au sud de Douaumont avec nos lignes de la Woëvre, le village, le fort cuirassé de Vaux ainsi, que les nombreuses fortifications voisines de l’adversaire ont été, après une forte préparation d’artillerie, enlevés dans une brillante attaque de nuit des régiments de réserve de Posen, N°6 et 19, sous la direction du général d’infanterie Guretski-Cornitz, commandant la 9ème D.R. »

Il est vrai que pendant la nuit du 9 au 10, ainsi que le 10 mars, les Allemands accablèrent le fort d’obus et essayèrent de l’isoler complètement par des barrages intensifs d’artillerie. Le 10, vers 18 heures, ils tentèrent d’y donner l’assaut en partant par colonnes massives du cimetière du village : tous leurs efforts restèrent vains et vers 20 h ils furent complètement refoulés sur leur point de départ.

Ce furent ces combats que le communiqué allemand du 10 mars traduisit en ces termes :

«Les Français ont fait de violentes contre-attaques sur notre nouveau front à l’est et au sud du village, ainsi que près du fort de Vaux. Au cours de ces actions, l’ennemi a réussi à reprendre pied dans le fort cuirassé lui-même. Partout ailleurs, les assaillants ont été repoussés avec de fortes pertes. »

Les bombardements et les actions d’infanterie se succédèrent d’ailleurs presque quotidiennement sur les pentes du fort de Vaux et en particulier les 16 et 18 mars.

Le 31, les Allemands bombardèrent violemment le fort de Vaux, le village et le ravin du Bazil. Ils déclenchèrent sur ces positions deux attaques à gros effectifs et parviennent à prendre pied dans la partie ouest du village. La lutte continua le 1er et le 2 avril ; et nous dûmes abandonner presque entièrement le village de Vaux, dont nous ne conservâmes plus que la dernière maison ouest.

Au sud du village, nos lignes en longeaient les abords immédiats.

La lutte continua opiniâtre en avril et mai autour du village de Vaux. Au 25 avril, les Allemands s’étaient emparés des pentes entre le fort, le village et la Woëvre, et leurs lignes avaient été poussées à environ 250 mètres du fort. Ce dernier était pour ainsi dire en première ligne. La tranchée «du fort » creusée sur les glacis était chaque jour détruite par l’ennemi. La tranchée «de Belfort » prolongeait la face du fort du côté du ravin de la Horgne ; celle «de Besançon » prolongeait la gorge du côté des pentes N-O. La communication entre ces tranchées se faisait par l’intérieur du fort. On entrait au fort comme il a été dit plus haut, par le coffre simple  de droite ; on en sortait, après avoir suivi les communications bétonnées intérieures, par le coffre double, en utilisant la brèche produite dans le mur de fond par un obus de 420 tombés au début de mars. Un boyau suivait le glacis de gauche du fort et amenait à la tranchée de Besançon.

Lors de l’attaque française sur le fort de Douaumont les 22, 23, 24 mai 1916, le fort de Vaux servit d’observatoire à notre artillerie. Il aurait pu, si casemate de Bourges avait été réarmée avec des canons de 75, concourir efficacement à l’attaque de Douaumont, par des feux sur Hardaumont et la Caillette. Mais la violence du feu ennemi dans la région de Vaux depuis février 1916 n’avait pas permis le transport au fort des canons nécessaires et ce ne fut qu’avec une section de mitrailleuses, qui en raison de la distance, ne put agir qu’imparfaitement, que le fort de Vaux pût pendre part à l’action (Le commandant Raynal, dans son journal, regrette vivement de n’avoir pas eu de canons de 75 dans les casemate de Bourges du fort de Vaux).

A la fin du mois de mai 1916, le fort avait reçu un nombre considérable d’obus de tous calibres, dont beaucoup de très grandes dimensions (305, 380, 420). Il n’existait plus trace autour du fort de Vaux de réseaux de fil de fer ; les murs d’escarpe et de contrescarpe étaient éboulés et auraient pu être franchis facilement s’ils n’avaient pas été flanqués ; mais, malgré leur mauvais état, leur flanquement par des canons revolver était encore efficace; les superstructures étaient complètement bouleversées. Le coffre double, le coffre simple présentaient les dégâts signalés déjà ; la tourelle de 75 était complètement détruite à l’intérieur et sa communication avec le couloir de la caserne était en fort mauvais état. Les coffres renfermaient chacun un canon revolver et un canon de 12 culasse pouvant fonctionner ; il y avait, en outre, sous les éboulements de la partie effondrée du coffre double un autre canon revolver et un autre canon de 12 culasse, tous deux inutilisables.

Les communications bétonnées allant aux différents coffres avaient été plusieurs fois obstruées ; elles avaient été refaites en galeries de mines.

La caserne bétonnée et les casemates de Bourges avaient bien résisté aux bombardements intenses et quotidiens. Chacune des casemates renfermait une mitrailleuse. Une autre mitrailleuse placée à la gorge interdisait l'entrée du temps de guerre ; une autre, placée dans le couloir arrière de la caserne bétonnée flanquait à la fois le couloir et le passage conduisant à la casemate de Bourges de gauche ; une autre était placée à l’extérieur vers la gaine d’entrée de la même casemate.

Enfin les 3 autres mitrailleuses étaient destinées à la défense des 3 communications bétonnées aboutissant aux coffres.

L’observatoire de gauche était en assez bon état ; celui de droite pouvait servir dans des conditions assez précaires.

Les approvisionnements en vivres existaient pour les 15 jours et pour une garnison de 250 hommes. Les citernes, fissurées sous l’effet des bombardements, avaient été complètement vidées par les troupes du secteur. Pendant tout le mois de mai, les commandants du fort avaient dû lutter contre la tendance de ces troupes à considérer le fort comme un point d’eau. Pendant ce mois, on avait tenté de créer une réserve d’eau, en la faisant apporter, en raison du bombardement continu, par des hommes de corvée, porteurs de bidon de 2 litres ou de petits tonnelets. On pensait qu’il y avait environ 5000 litres au fort à la date du 31 mai.

C’est dans ces conditions que se trouvait le fort au moment de l’attaque ennemie.

Prise du fort par les Allemands

Au 1er juin, la garnison du fort de Vaux se composait de :

La 6ème Cie du 142ème R.I. commandée par le lieutenant Alirol (environ 140 hommes)

La 3ème C.M. du même régiment commandée par le lieutenant Bazy (environ 60 hommes)

39 artilleurs ; 11 sapeurs ; 10 téléphonistes, colombophiles ou signaleurs ; une quarantaine de brancardiers, d’infirmiers, sans compter différents éléments du secteur qui s’étaient réfugiés au fort et en particulier une cinquantaine d’hommes de la 3ème compagnie de mitrailleuses du 453ème Rgt qui amenèrent avec eux quelques unes de leurs mitrailleuses.

Le fort, situé en première ligne, à moins de 200 mètres des lignes allemandes, était en relations constantes avec les éléments de la défense mobile extérieures. C’est ainsi que sur sa droite se trouvaient la 7ème et la 8ème Cie du 142ème R.I. qui défendaient les tranchées de Belfort et de Montbéliard, avec, en réserve, la 5ème

Cie au sud-est du fort. Ces 3 Cies formaient, avec la 6ème qui était au fort, le 2ème bataillon du régiment sous le commandement du chef de bataillon Chevassu. A la gauche du fort se trouvait le 2ème bataillon du 101ème Régt. (Cdt Casablanca) dont une Cie (7ème) occupait la tranchée de Besançon et formait un crocher défensif au N-O du fort.

Le 1er juin, après une formidable préparation d’artillerie, se déclencha l’attaque ennemie : après une lutte opiniâtre, les Allemands se rendent maîtres du ravin de Bazil, de la digue de l’étang de Vaux, escaladant les pentes du bois Fumin et finissent par s’emparer de 2 retranchements situés au N-O du fort ; le retranchement bétonné le plus rapproché de l’ouvrage put être conservé par nous et ne tombera aux mains de l’ennemi que dans la nuit du 8 au 9. Cette attaque leur permet de déborder le fort par sa gauche.

Du fort, on suivait les mouvements de l’ennemi, mais l’ouvrage ne put coopérer à la défense du secteur que par le tir de la mitrailleuse de la casemate de Bourges de gauche sur l’ennemi se dirigeant de la région de Douaumont vers le bois de la Caillette et le ravin du Bazil.

Dans la soirée, un bombardement d’une violence particulière effectué avec des obus de gros calibres, fut déclenché sur le fort.

Le lendemain, les Allemands attaquèrent à la fois et le fort de Vaux et Damloup, ainsi que le ravin de la Horgne. Le village de Damloup tomba entre leurs mains vers 6 ou 7 heures. La batterie de Damloup fut plusieurs fois prise et reprise ; nous finîmes par la conserver, mais la possession par l’ennemi du ravin de la Horgne pouvait lui permettre de déborder le fort par sa droite.

Pendant que se passaient ces événements, 4 Cies allemandes, dès 2h15 étaient abritées dans les tranchées à 200 mètres seulement des fossés du fort. Le tir ennemi s’allonge. Les troupes s’élancent à l’assaut, et, notre barrage ayant été tardif, elles peuvent parvenir à quelques mètres de nos tranchées (tranchées de Belfort, du fort et de Besançon).

En raison de l’obscurité, les guetteurs du fort n’ont pas vu l’attaque se déclencher et on n’a pas pu placer de mitrailleuses sur la superstructure. Ce ne sera que lorsque l’ennemi sera à proximité du coffre double que l’on installera, pour la défense de la brèche, permettant l’accès au coffre, une des mitrailleuses destinées primitivement aux communications bétonnées.

Sur notre gauche, la tranchée de Besançon, après avoir repoussé un premier assaut, a cédé. Ses défenseurs se replient vers du coffre double entraînant, blessé à mort, le Lt Tournery, Cdt la Cie ; ils entrent dans le coffre et essaient d’en défendre l’ouverture ; mais l’ennemi les suit. Il est arrêté par la mitrailleuse qui venait d’être placée et qui battait le glacis ; il doit la détruire avec des grenades à main.

Une partie des assaillants lutte pour entrer dans le coffre; d’autres essaient de traverser le fossé nord, mais sont empêchés par le tir du canon-revolver du coffre double (dans son journal, le Cdt Raynal prétend bien, à la page 96, que les Allemands sont arrivés d’emblée sur le dessus du fort, et qu’ils ont pu franchir les fossés sans difficulté. Mais, page 105, il reconnaît cependant que du coffre double interdit avec ses pièces le passage des fossés  et qu’il coupe les communications des Allemands qui se sont installés sur le fort. Le fossé constitue donc un obstacle sérieux, s’il est flanqué et c’est pour détruire ce flanquement que l’ennemi emploi des lance-flammes et des grenades) ; d’autres enfin, en suivant la contrescarpe, prennent à revers les défenseurs de la « tranchée du fort ».

La 7ème Cie du 142ème, qui défendait cette tranchée ainsi que celle de Belfort et qui avait infligé des pertes sévères aux Allemands venus l’attaquer de front, doit, malgré une lutte à la grenade dans laquelle le capitaine Taboureau, Cdt la Cie, est mortellement blessé, céder le terrain, et ses débris se réfugient dans le coffre simple   de droite, dont ils barricadent l’entrée. Ils y sont poursuivis par les Allemands qui avaient reçu des renforts venant du village de Vaux et du ravin de la Horgne.

Après une lutte acharnée à la grenade, l’ennemi parvint à s’emparer de ce coffre : il est 7 ou 8 heures.

La garnison se défend derrière une chicane en sacs à terre placée en haut de l’escalier débouchant dans le coffre.

Pendant cette action, l’ennemi, empêché de descendre dans le fossé nord par le coffre double  ont il n’avait pas encore pu s ‘emparer, résolut d’annihiler le canon-revolver de ce coffre. Pour cela, les pionniers rampent jusqu’au bord supérieur du mur de façade du coffre, disposant des lance-flammes, et, d’en haut, avec le secours d’un bras coudé, introduisent les tuyaux dans les embrasures. Une flamme de 2 mètres accompagnée d’une fumée épaisse chasse les défenseurs et une trentaine de pionniers, profitent des brèches ouvertes dans l’escarpe et la contrescarpe, parviennent à monter sur le fort et à s’y retrancher.

Mais pendant ce temps, les fractions ennemies qui avaient attaqué la brèche d’entrée du coffre double parviennent à pénétrer dans le coffre et, après une lutte à la grenade, longue et meurtrière, s’en rendent maîtres. Rapidement, un barrage en sacs à terre est établi par les défenseurs au pied de l’escalier débouchant dans le coffre et une lutte à la grenade s’engage dans la communication bétonnée.

A 15 heures, le Cdt du fort informe l’Armée de ces événements par le message téléphoné suivant :

«L’ennemi s’est emparé des coffres N-E et N-O. Je poursuis la lutte dans les gaines. Nombreux réfugiés et blessés. Officiers font tout leur devoir et nous lutterons jusqu’au bout. Capitaine Taboureau, 142ème, mort glorieusement, blessure reçue en défendant la brèche N-E. Demande pour lui Légion d’Honneur.»

Déjà les Allemands avaient tenté de déborder le fort par le sud ; mais le coffre de gorge avec son canon-revolver les empêchait de se relier avec ceux qui avaient pris pied sur la superstructure. Aussi essayèrent-ils à plusieurs reprises de détruire le canon, en faisant exploser devant les créneaux des sacs remplis de grenades ; l’opération fut longue et périlleuse, en raison du tir des mitrailleuses placées dans la casemate de Bourges de gauche et aux environs. Une fois le canon-revolver hors de service, une lutte à la grenade s’engagea ; les assaillants purent pénétrer dans le coffre; ils parvinrent à s’en rendre maîtres (Il résulte du journal du Cdt Raynal que les Allemands ne se rendirent maîtres du coffre que pendant les derniers jours.

En effet, le 4 au soir, il fait braquer une mitrailleuse de ce coffre pour tirer sur le rebord supérieur des casemates ; le 4 à 23 h deux coureurs sortent par les créneaux de ce coffre et rentrent par le même chemin). Mais là aussi, ils furent arrêtés par des barrages élevés dans la communication bétonnée.

Maître des coffres, l’ennemi put s’installer sur la superstructure, y creuser des tranchées, y amener une mitrailleuse. On ne put rien contre lui, les créneaux de visée des observatoires cuirassés étant trop étroits pour permettre le tir des mousquetons ou des mitrailleuses.

Des fractions ennemies, étant vues au sud du fort, la garnison put tirer sur elles par les créneaux ménagés dans les murs de sacs à terre placés pour renforcer à l’intérieur des chambres la façade de la caserne bétonnée.

On essaya de dégager le fort par une contre-attaque pour laquelle un bataillon du 53ème R.I. est désigné ; il est malheureusement trop éprouvé par les barrages meurtriers et il ne peut que renforcer les troupes sur la gauche du fort.

En résumé, le 2 au soir, l’ennemi est dans les fossés nord et ouest. Contenu en partie à l’est et au sud, il essaie de progresser dans les communications bétonnées. Il est sur le fort, et, avec la mitrailleuse qu’il a amené, il bat le côté sud. Toute sortie devient ainsi périlleuse. Toutes les communications téléphoniques sont coupées et le Cdt Raynal commandant le fort, dut avoir recours à la télégraphie optique pour envoyer le 3 juin à 2 heures le message suivant :

«Situation inchangée. L’ennemi travaille sur les dessus et autour de l’ouvrage. Faire battre le fort par petits calibres. L’ennemi occupe en nombre nos anciennes tranchées, nos premières lignes et les a renforcées. Il semble avoir une tranchée armée mitrailleuse au S-O, non loin du fossé de gorge.»

Au reçu de ce message, un avion français vint vers 5 heures survoler le fort à une très faible altitude et 10 minutes plus tard un feu violent d’obus vint s’abattre sur l’ouvrage, détruisant la mitrailleuse et les organisations ennemies et forçant les Allemands qui occupaient la superstructure à se réfugier dans les coffres. Ce ne fut guère que la nuit suivante que l’ennemi put refaire des tranchées sur le fort et y amener de nouvelles mitrailleuses.

Toute la journée du 3, la lutte continua dans les communications bétonnées. Des barrages de sacs à terre y avaient été rapidement établis et étaient défendus par des hommes jetant des grenades par les créneaux qui y avaient été aménagés. En outre, à 8 ou 10 mètres en arrière, une mitrailleuse pouvait arrêter l’ennemi s’il parvenait à détruire le barrage et permettre de rétablir en arrière une nouvelle barricade. Le recul ne se faisait donc que très lentement et pour ainsi dire pas à pas.

Le 4 juin, un peu avant midi, les Allemands ayant réussi à faire sauter un barrage dans la communication de gauche, lancèrent des jets de liquides enflammés et des engins suffocants et fumigènes. En même temps, ils essayent sans succès de s’emparer avec des lance-flammes de la casemate de Bourges de droite. Une fumée âcre et noire remplit le fort. Mais la ventilation obtenue par le ventilateur restant et les ouvertures largement pratiquées dans les masques en sacs à terre de la caserne bétonnée, empêcha toute intoxication mortelle.

L’armée est prévenue de cette attaque par l’envoi, vers midi, d’un pigeon voyageur qui arrive blessé au colombier, porteur du message suivant :

«Tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites nous donner de suite communication optique par Souville qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon.»

Cette communication optique ne parvenant pas à être établie, le Commandant du fort envoya à Souville dans la nuit du 4 au 5 deux signaleurs pour donner toutes indications utiles. Malgré le danger de ce voyage, ces braves purent accomplir leur mission et la communication fut rétablie par Souville, le 5 au matin.

Les Allemands, pendant la journée du 4, continuent à garnir la superstructure du fort et à y amener des mitrailleuses. La lutte continue sans répit dans les 3 communications bétonnées.

Mais il y a au fort 669 hommes et l’eau a rapidement diminué depuis le 1er juin. Le commandant du fort rationne ses hommes : le 2, la ration était de 3/4 de litre, le 3 de 1/2 litre, le 4 elle tombe à 1/4.

Pour essayer de la conserver à ce dernier chiffre, le commandant essaye de faire sortir dans la nuit du 4 au 5 des éléments étrangers à la garnison. Quelques hommes seulement peuvent passer, vers 1h 30 du matin, à travers le tir des mitrailleuses ennemies : nouvelle tentative de sortie vers 5 heures, mais sans succès.

La lutte aux barrages continue toujours à l’intérieur du fort ; pendant la journée du 5, avec des grenades et des lance-flammes. L’eau ne se distribue plus que goutte à goutte.

Vers 7h1/2, la communication optique avec le fort de Souville venant d’être rétablie, le fort de Vaux fit passer le message suivant :

«L’ennemi travaille à partie ouest du fort à constituer fourneau pour faire sauter la voûte. Tapez vite avec artillerie.»

Cet appel fut entendu et nos tirs furent dirigés sur la superstructure. Est-ce à eux, est-ce aux Allemands qu’il faut attribuer l’épisode suivant de la défense du fort ?

Un observateur d’artillerie signale le 6 juin que la coupole de la tourelle de 75 est éventrée. D’un autre côté, une version allemande dit que les obus français creusèrent des entonnoirs pouvant donner accès à l’intérieur de l’ouvrage. Les défenseurs bouchent en partie l’excavation avec des sacs à terre et réussissent en outre à installer une mitrailleuse battant une partie de la superstructure et gênant considérablement les assaillants, qui ne peuvent pas suffisamment s’approcher pour la détruire au moyen de grenades.

Le tir exécuté par nous le 5 juin sur le dessus du fort, en détruisant quelques mitrailleuses allemandes, permit à une partie des éléments étrangers à la garnison de quitter l’ouvrage : pendant la nuit du 5 au 6, plus de 100 hommes réussirent à s’échapper.

Ce fut pendant cette nuit que rentrèrent au fort l’aspirant Buffet et un sous-officier. Ils avaient pu quitter le fort dans la nuit du 4 au 5 et s’étaient présentés au P.C. de la Division. Apprenant que le général avait des instructions à transmettre au Cdt du fort en vue d’une contre attaque projetée pour le lendemain, ils s’étaient spontanément offerts pour les porter à destination. Le sous-officier fut grièvement blessé, au retour, dans les fossés du fort, mais l’aspirant put rentrer indemne, et, bien que n’appartenant pas à la garnison, tint à rester pour en partager les périls.

Dans la matinée du 6, vers 2 heures, se déclencha la contre-attaque française annoncée quelques heures auparavant par l’aspirant Buffet. Deux compagnies du 321ème Régt. Et deux Cies du 328° atteignirent les contrescarpes est, nord, ouest, où elles furent accueillies par un tir violent de grenades et de mitrailleuses.

Un tir de notre artillerie sur la superstructure, pour démolir les mitrailleuses que les Allemands avaient dû remettre en place pendant la nuit, gêna notre progression et, malgré une lutte acharnée, nous dûmes revenir sur nos positions de départ. A 6h1/2 l’attaque française avait échoué.

Les Allemands pouvaient s’installer sur le plateau au S-O du fort malgré les tirs venant de la direction de la batterie de Damloup et les coups de fusil tirés par la garnison du fort à travers les créneaux de la façade de la caserne bétonnée.

Malheureusement, l’atmosphère du fort devenait de plus en plus irrespirable, par suite de la fumée produite par les lance-flammes et les éclatements de grenades. En outre, il n’y avait plus une goutte d’eau.

L’absence complète d’eau devenait pour la garnison une souffrance intolérable et il était à prévoir que les défenseurs seraient bientôt à bout de résistance. Le commandant du fort l’avait d’ailleurs fait pressentir dans un message optique transmis vers 6h1/2.

Le soir, à 20h1/2, le général Cdt en chef envoya aux défenseurs le message suivant qui fut transmis par l’intermédiaire du poste optique du fort de Souville.

«Le général Cdt. En chef adresse au Cdt. Du fort de Vaux, au Cdt. De la garnison, ainsi qu’à leurs troupes l’expression de sa satisfaction pour leur magnifique défense contre les assauts répétés de l’ennemi.»

Enfin à 21h, nouveau message optique envoyé au fort de Vaux :

«Le commandant Raynal est fait Commandeur de la Légion d’Honneur.» (Ces deux messages ne sont pas parvenus au fort de Vaux. Ils ont été » interceptés par les Allemands).

Ce fut le lendemain, 7 juin à 6 heures, que le fort de Vaux se rendit à l’ennemi, après avoir détruit toutes les mitrailleuses utilisables.

Le médecin auxiliaire Gaillard, blessé et fait prisonnier avec la garnison, nous apprend qu’au moment de la reddition, les défenseurs occupaient la caserne bétonnée, les casemates de Bourges et résistaient encore dans les différentes communications bétonnées, derrière des barricades placées comme suit :

Vers le coffre double, au sommet du premier escalier aboutissant à l’observatoire de gauche ; vers le coffre de droite, derrière la grille placée immédiatement avant les latrines, vers le coffre sud, à hauteur des escaliers aboutissant à la casemate de Bourges. L’ennemi n’avait pu parcourir en 5 jours et 5 nuits que 65 m environ dans chacune des communications partant des coffres de tête.

Pendant cette lutte de 24 heures, le fort compta 7 tués, dont la capitaine Taboureau, du 142ème et le lieutenant Tournery du 101ème, 4 officiers blessés et 76 sous-officiers et hommes blessés, dont les médecins auxiliaires Conte et Gaillard.

Reprise du fort par les Français

Lorsqu’en octobre 1916, la possibilité d’une offensive française fut étudiée, on n’envisagea pas tout d’abord la reprise du fort de Vaux. Cette dernière fut, par la suite, comprise par le général Mangin, Cdt. Le IIème Corps d’Armée, dans le plan général, et devint un des objectifs de la 74ème Division (Général De Lardemelle).

La préparation d’artillerie fut particulièrement intense. Les 22, 23 et 24 octobre, un nombre considérable de projectiles de tous calibres fut tiré sur le fort, en particulier, 40 obus de 370 furent tirés le 23 et le 24 ; 10 obus de 400 y furent envoyés dans la matinée.

Le général De Lardemelle divisa ses troupes de 1ère ligne en 2 groupements, le 1er à droite de la route du fort de Vaux, le 2ème à gauche. Les 50ème et 71ème bataillons de chasseurs, marchant derrière ces groupements, avec la route pour axe, étaient spécialement désignés pour s’emparer du fort et le dépasser.

Le 24 octobre, jour de l’attaque, le groupement de droite atteignit facilement les objectifs situés à l’est (batterie de Damloup et pentes du fond de la Horgne), mais le groupement de gauche fût arrêté dans le bois Fumin. Au centre, on rencontra une résistance opiniâtre dépôt de Vaux et aux tranchées voisines. La nuit arrive, les 2 bataillons de chasseurs, désignés pour l’attaque du fort doivent contribuer à la lutte autour du

Petit-Dépôt ; ils finissent par s’en emparer, mais ils sont fortement éprouvés et ne sont plus en état de remplir leur mission.

A gauche, aussi, nous parvenons à progresser pendant la nuit dans le Bois Fumin. On estime alors la situation assez nette pour attaquer le fort. Les mortiers de 370 envoient 9 projectiles sur le fort, l’obusier de 400 en envoie 25. Toutes les pièces disponibles tirent sur le fort et ses abords.

L’attaque est décidée pour le 25 à 10 heures du matin. Les 4ème et 6ème bataillons du 216ème Régiment appartenant à la 63ème division (Général Andlauer) sont mis à cet effet à la disposition du général De Lardemelle. Le premier devra contourner le fort par l’est, le second l’attaquera par la gorge et le saillant ouest. Enfin un bataillon du 333ème Régiment partant des carrières, devra se porter à la corne nord du fort, en liaison avec le 230ème Régiment qui doit progresser dans le bois Fumin.

Mais ce dernier régiment, arrêté par l’ennemi devant des tranchées et des réseaux intacts, ne peut avancer ; le bataillon du 333ème se trouve en flèche au N-O du fort et subit de grosses pertes du fait des défenseurs de la superstructure. Pris en enfilade par des organisations allemandes, il est obligé de se retirer.

Pendant ce temps, le 6ème bataillon du 216ème arrivait aux abords de la gorge. Battu par les mitrailleuses des saillants et par celles de la superstructure, il est obligé de se terrer et une trentaine d’hommes seulement parviennent à se blottir dans les trous d’obus du fossé. Ils essaient, sans y parvenir, d’aveugler les mitrailleuses. Quelques hommes du 4ème bataillon du 216ème franchissent le fossé est, montent sur le fort, mais ne peuvent s’y maintenir et sont repoussés par les mitrailleuses, les fusils, les grenades des défenseurs de la superstructure.

On dût se reporter en arrière à hauteur des carrières et du Petit-Dépôt.

L’attaque du fort ‘a pas réussi, parce qu’elle n’a pas pu être suffisamment appuyée à l’ouest et surtout parce que l’ennemi a défendu la superstructure d’une façon opiniâtre et malgré notre préparation d’artillerie.

Le 27 octobre, la 63ème division relève la 74ème. Elle entame une série d’opérations locales pour tenir les abords ouest du fort. En même temps l’artillerie écrase le fort et ses défenses environnantes ; le 27, le 30, le 31 des obus de très gros calibres sont envoyés sur le fort ; à chaque instant d’autres projectiles de toutes dimensions y sont envoyés.

Cette lutte d’artillerie dure jusqu’au 2 novembre. On juge alors le moment favorable pour reprendre le fort et cette opération est fixée au 3 novembre.

Le fort était toujours défendu par deux compagnies du 53ème Régiment faisant partie de la 50ème Division allemande. Cette Division défendait tout le secteur de Vaux.

Dans un ordre n° 480 du 21 juillet 1916 de cette division, le Kronprinz allemand, rappelant les durs combats qu’elle avait eu à soutenir sur le plateau de Vaux, disait :

«Les Français se figurent maintenant que nous allons desserrer notre étreinte à Verdun, parce qu’ils ont enfin commencé leur grande offensive sur la Somme. Au contraire ; ils se verront déçus et nous leur montreront que cela ne se passe pas ainsi. Pour cela, je me fie comme par le passé et tout particulièrement à ma 50ème Division.»

Le général commandant la D.I. ajoutait :

«Cet éclatant témoignage de fidélité trouve dans tous nos cœurs un écho sonore. Chacun de vous fera son devoir jusqu’au bout. J’en suis convaincu.»

Et le 2 novembre, dans l’après-midi, une radio allemand apprenait à la IIème Armée que le fort de Vaux était évacué.

C’est à la suite de cette information que le général Mangin, Cdt. Le IIème  Corps d’Armée fit envoyer le soir même une forte reconnaissance dans le fort. Les Allemands avaient dit vrai. Le 3 novembre à 2h30, une compagnie du 298ème Régiment de la 63ème Division occupait le fort.

Le communiqué français du G.Q.G. du 03 novembre 11 heures s’exprimait en ces termes sur la reprise de Vaux :

«Dans la journée d’hier, sous la violence de notre bombardement, prolongé depuis plusieurs jours, et sans attendre l’attaque de notre infanterie dont la pression se faisait de plus en plus sentir, l’ennemi a évacué le fort de Vaux. Au cours de l’après-midi, de très fortes explosions ont été observées dans le fort, et la nuit, notre infanterie qui s’était rapprochée à très courte distance, a occupé cet important ouvrage sans aucune perte. La ceinture des forts extérieurs de Verdun est maintenant rétablie dans son intégrité et solidement maintenue par nos troupes.»

Les 4 et 5 novembre nos troupes parviennent aux villages de Vaux et Damloup et rétablissent la situation telle qu’elle était dans cette région dans les premiers jours de mars.

Avec le fort de Vaux nous nous sommes emparés de 400 fusils, 500.000 cartouches de mitrailleuses, 2 mitrailleuses et divers autres matériels.

Il y avait en outre à l’intérieur du fort 1.000 rations de viande de conserve, un réservoir contenant 600 litres d’eau et 1.200 bouteilles d’eau minérale.

Etat du fort – travaux exécutés

Nous avons retrouvé en très bon état toutes les parties du fort protégées par la carapace de béton, sauf un point à l’extrémité gauche du couloir arrière et l’avarie paraît provenir d’une explosion intérieure du fait des Allemands.

Les casemates de Bourges étaient en très bon état ; on les a immédiatement réarmées avec des mitrailleuses.

Les coffres étaient sensiblement dans le même état qu’au 1er juin avant l’occupation du fort par les Allemands ; mais les canons revolvers et les canons de 12 culasse étaient inutilisables. On y installa des fusils mitrailleurs.

L’observatoire cuirassé de droite n’existait plus depuis mars 1916 ; celui de gauche avait été détruit par les Allemands au moment de l’évacuation du fort.

La calotte de la tourelle de 75 était projetée sur le talus et la chambre de tir, en mauvais état, entièrement pleine de sacs à terre.

Toutes les communications bétonnées avaient été crevées, ou leurs piédroits avaient été renversés, mais toutes avaient été l’objet de réparations et de boisage. Cependant le couloir conduisant à la tourelle était effondré près de l’entrée.

La 63ème D.I. dont les fractions vinrent occuper le fort, eût tout d’abord à nettoyer l’ouvrage et à consolider les diverses communications bétonnées. Elle commença ensuite un tunnel d’accès passant vers l’angle S-E du fort pour aller déboucher dans une ancienne batterie à 150 mètres environ.

La remise en état du fort fut assurée par le service des forts de la IIème Armée à la date du 29 décembre

1916. L’ouvrage fut doté d’une garnison fixe composée d’une demi-compagnie d’infanterie, 2 sections de mitrailleuses de position, des artilleurs, des sapeurs, un gardien de batterie, des téléphonistes-signaleurs, un médecin auxiliaire et des infirmiers, etc…

Il était prévu, en outre, une garnison de renforcement composée d’une compagnie d’infanterie et de 2 sections de mitrailleuses prélevées sur les troupes du secteur.

Le commandant Cantillon De Lacouture et le capitaine Landeau furent désignés pour alterner dans le commandement du fort.

On créa un boyau d’accès pour le jour et une piste muletière et charretière pour la nuit, de façon à pouvoir assurer facilement le ravitaillement. Par la suite, la voie de 0,40 fut poussée jusqu’à l’entrée du fort.

L’ouvrage reçut 14 mitrailleuses Saint-Etienne, y compris celles des mitrailleurs affectés à l’ouvrage avec un approvisionnement de 25.000 cartouches par section. Il conserva les 2 mitrailleuses Maxim trouvées dans le fort au moment du départ des Allemands, avec les munitions correspondantes.

On déblaya les différents coffres et on y retrouva, mutilés, les canons revolvers et les canons de 12 culasse qui avaient si utilement servi au flanquement des fossés en juin 1916. On les arma de mitrailleuses et de nouveaux canons revolvers en bon état.

Les casemates de Bourges, remises en état, furent réarmées chacune avec deux canons de 75 approvisionnés de 1.200 coups par pièce.

La garnison d’infanterie fut dotée de 1.200 cartouches par homme et un approvisionnement de grenades fut constitué dans le fort. Enfin il reçut 15 jours de vivres pour la garnison complète.

La question d’eau, si angoissante en juin 1916, reçut une solution : un approvisionnement de 2.000 bouteilles d’eau minérale fut constitué au fort ; on conserva environ 30 mètres cubes d’eau potable dans une des citernes remises en état ou dans des récipients en tôle ; pour la consommation courante, l’eau du Pré l’Evêque amenée au tunnel de Tavannes, fut refoulée jusqu’au dépôt de Vaux à 800 mètres environ du fort.

Au besoin, au moyen d’une manche en toile, on pourrait amener l’eau jusqu’aux citernes du fort. Enfin, on commença activement à creuser un puits qui, descendu jusqu’à la côte 284, à 40 mètres au-dessous du sol des galeries de 17, donna, en temps de sécheresse, un débit supérieur à 100 litres par heure.

Le service des forts dégagea les façades des locaux de la caserne bétonnée en enlevant les masques en terre de 6 mètres d’épaisseur faits par les Allemands et en refaisant les façades en maçonnerie ; il répara les diverses communications, boucha la galerie d’accès faite par l’ennemi vers l’angle N-E et qui aurait pu à un moment donné constituer un danger. Il refit les façades des coffres, remit complètement en état le coffre double, et construisit à l’entrée même du fort un petit blockhaus en maçonnerie et béton pour compléter le flanquement de la gorge, incomplètement assuré par le coffre simple de gauche.

Deux réseaux de fils de fer, de 10 mètres d’épaisseur, à 5 mètres l’un de l’autre, furent faits autour de l’ouvrage. En outre, un 3ème réseau de 6 mètres d’épaisseur, flanqué par les coffres, fut installé dans le fossé.

On travailla, dans l’intérieur même de la tourelle de 75, à l’installation d’une mitrailleuse pouvant donner des feux sur le glacis nord, et on tira parti du trou d’homme de la tourelle de 75 pour créer un observatoire, en le recouvrant d’une guérite blindée.

On refit deux autres observatoires bétonnés sur les emplacements des anciens observatoires cuirassés de droite et de gauche, en recouvrant les puits existants remis en état, au moyen d’une double couche de fers en I et d’un massif de béton de 1,20 m d’épaisseur.

La lumière électrique fut installée au fort ; on y plaça des ventilateurs électriques.

Le tunnel d’accès commencé par la 63ème D.I. fut terminé ; on en commença un autre allant dans la direction du dépôt de vaux (Ce deuxième tunnel d’accès d’environ 650 m de long a été terminé en 1918).

Enfin, on commença la liaison, au moyen de galeries de 17 fortement protégées du tunnel d’accès (et, par la suite, de la caserne bétonnée) aux différents organes du fort (coffres, observatoires, casemates de Bourges). Comme les locaux bétonnés du fort n’ont qu’une faible contenance, des alvéoles ont été prévus sous le massif de la caserne pour loger le personnel et le matériel ne pouvant trouver place dans les locaux bétonnés. Ces alvéoles appelée abri caverne débouchent dans le réseau de galeries de 17.

Le puits à eau est relié au réseau de galeries de 17.

Depuis notre réoccupation, le fort de Vaux a été très fréquemment bombardé par l’artillerie ennemie, tout au moins jusqu’en mars 1917. Il a reçu en effet, pendant les 4 premiers mois de réoccupation 15.700 projectiles des calibres 77, 105, 150 et 210 (4.550 en novembre, 4.000 en décembre, 3.700 en janvier et 3.500 en février). Les bombardements furent particulièrement violents les 2 et 4 janvier 1917, jours où des projectiles de 210 tombèrent en très grande quantité.

Il tomba sur le fort 830 obus en mars 1917, mais le nombre de projectiles reçus diminua assez rapidement pendant les mois suivants : il ne fut plus que de 200 en avril, 315 en mai et 200 en juin. Il devint plus considérable en juillet, août, septembre et octobre 1917 ; on compta en effet, du 1er juillet au 1er novembre, plus de 200 obus, dont 300 de petit calibre, 1.600 de 105 ou de 130 et 300 de 150 et de 210.

Ces différents bombardements n’eurent aucune action sur les maçonneries du fort, lequel pourrait à l’heure actuelle résister dans de bien meilleures conditions qu’en juin 1916.

En 1918, le réseau de galeries de 17 atteint 1385 mètres de long, il est équipé d’un l’abri caverne  pressurisé afin de protéger les soldats des gaz de combat. La machine de filtration sera installée dans un réduit anti-gaz. .

La calotte de la tourelle de 75 le 11 juin 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Un atelier de chargement . Cliché VAUBOURG Cédric

Un abri de rempart dans la galerie d’accès au coffre double.

(Parties non visitable) Cliché VAUBOURG Julie

Une chambrée du fort. Cliché VAUBOURG Cédric

La façade du casernement le 22 novembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Des soldats dans une chambrées le 22 novembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Les soldats en train de creusés le réseau de galeries de 17 le 22 novembre 1916.

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Le seul endroit du fort percé par un obus photo prise le 22 novembre 1916.

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Le fort pendant l’occupation allemande

Une nouvelle contre-attaque française avait été décidée dans la journée du 6 juin, après réception du message du Commandant du fort. Mais en raison du temps nécessaire à sa préparation, elle ne put être déclenchée que le 8 au matin, par un temps noir et pluvieux.

Une heure avant, l’ennemi attaqua lui-même à la grenade, mais quoique repoussée, cette attaque jeta une certaine confusion dans nos rangs.

Néanmoins, vers 4 heures, nos hommes se lancent à l’assaut du fort, malgré les tirs de barrage meurtriers et parviennent à l’entourer à l’est, au sud et à l’ouest. Malheureusement, les mitrailleuses placées par les Allemands dans le fort et sur la superstructure arrêtent nos troupes, leur causant de lourdes pertes. Des renforts arrivent sans cesse à l’ennemi et contraignent nos troupes à regagner leurs tranchées de départ.

Nos premières lignes sont creusées à 150 mètres environ au S-O du fort.

A partir de ce moment, le fort de Vaux sera en butte quotidiennement au feu de notre artillerie, et, en particulier l’artillerie sous tourelle du fort de Moulainville jouera son rôle de flanquement en tirant fréquemment sur les formations ennemies circulant aux abords du fort.

Sous l’influence de ces tirs, dirigés surtout sur la gorge et pénétrant à l’intérieur des locaux de la caserne bétonnée, les Allemands renforcèrent d’une façon sérieuse la façade de cette caserne, façade qui n’était qu’en maçonnerie de moellons ordinaires. Ils placèrent à l’intérieur même des locaux une masse de terre de 6 mètres d’épaisseur, qui put les mettre à l’abri de nos coups.

Par la suite, les pertes sérieuses qu’ils éprouvaient en pénétrant dans le fort par les ouvertures des coffres leur firent envisager la création d’une entrée souterraine. Cette entrée devait partir des tranchées situées à 300 mètres environ du N-E du fort et aboutir au pied de l’escalier d’accès du coffre de droite dans la communication bétonnée reliant le coffre à la caserne. Quatre puits furent ouverts à cet effet dès la fin du mois d’août 1916, et la galerie partant de la communication aboutissant au coffre fut commencée en même temps. Cette galerie, non boisée, n’avait que 40 mètres environ de longueur après 2 mois de travail ; sa pente suivait à peu près celle du sol, ce qui lui donnait qu’une très faible protection et ne la mettait pas à l’épreuve des projectiles de gros calibres. Les Allemands avaient amené au fort le matériel nécessaire pour l’éclairage et la perforation électriques, mais l’installation n’était pas terminée au moment où ils ont abandonné l’ouvrage.

Enfin, ils ont exécuté pendant leur séjour de nombreuses réparations aux communications bétonnées qui devaient être assez souvent mies à mal par notre artillerie.

A la suite de ces actions presque quotidiennes qui eurent pour théâtre la région du fort de Vaux, nos lignes durent peu à peu s’éloigner du fort : après la grande attaque du 11 juillet, nous tenons la partie sud des carrières de la Vaux-Régnier, à 700 mètres au S-O du fort, mais au sud du fort, nos lignes se trouvent à 900 mètres à la carrière du Chénois. Au commencement d’août, nous avons dû abandonner des différentes carrières et nous sommes dans le bois de La Laufée à plus de un kilomètre du fort. Nous gagnons par la suite quelque peu de terrain et nous nous raccrochons à nouveau à la carrière du Chénois (900 m sud du fort) que nous ne devions plus abandonner.

C’est de cette ligne sensiblement parallèle à la route d’accès à La Laufée que nous devions partir pour notre attaque du 24 octobre 1916.

La façade de la caserne bétonnée le 1 mars 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La dynamo installée par les allemands pendant

 l’occupation photo prise le 22 novembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une mitrailleuse allemande capturée par nos troupes photo prise le 22 novembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Une sentinelle à l’entrée de guerre du fort photo prise le 22 novembre 1916.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

La casemate de Bourges de droite photo prise le 11 juin 1917.

© BDIC Fonds des albums Valois - Département de la Meuse

Un canon de 75 dans une casemate de Bourges pendant l’entre deux guerre.

Collection Marie Henry

Le fort de Vaux ou fort Dillon

 

1885

1890

1908

1910

Pièces de rempart

du fort

3 canons de 120 long

5 canons de 95

Aucune pièce de rempart

Cuirassements et

casemates

 

2 casemates de Bourges

3 observatoires cuirassés

2 guérites blindées

1 tourelle de 75R 05

Défense des fossés

3 canons révolver

3 canons de 12 culasse

4 canons révolver

4 canons de 12 culasse

Nb de pièces

14

14

14

14

Dates de construction

Coût des travaux en 1890

 

Effectif

· 1881-1884

· 942.320.52 Frs

 

· 150 hommes

Garnison normale prévue au fort en 1914

 

· Infanterie : 2 officiers et 152 soldats

· Artillerie : 1 officier, 15 sous-officiers 37 soldats

· Auxiliaires des places fortes : 58 hommes

· Génie : 1 officier et 11 sapeurs

· Télégraphie : 2 sapeurs pour le réseau électrique

· COA : 1 homme

· Service médicaux : Aucun

· Gardien de batterie : 1 homme

· Soit un effectif de 3 officiers et 279 soldats

Répartition de la garnison en 1914 à la première heure renforcée par l’article 40 de la loi du 21 mars 1905

 

· Infanterie : 1 officier et 75 soldats du 164ème RI

· Artillerie : 1 officier et 102 soldats du 5ème régiment d’artillerie à pied

· Génie et services divers: 1 télégraphiste

Soit un effectif de 181 hommes

Coût des travaux en 1914

Capacité du casernement à l’épreuve

Capacité des casernement en maçonnerie

Capacité du magasin à poudre

Capacité du magasin aux cartouches

 

 

· 2 805 000 Frs

· 161 places couchées et 100 places assises

· Aucun

· 62 tonnes de poudre noire

· Plusieurs magasins à munitions

Cuisine

Boulangerie

Puits et citernes

Pont de l’entrée principale

· 1 à 2 cuisinières de marque François-Vaillant

· Aucun

· 2 citernes de 300 m3

· 1 pont levis à  bascule en dessus

Communication liaison optique

 

Communication télégraphe électrique

 

 

Eclairage en 1914

· Un appareil de calibre 14 ou de 24 en réserve à la place peut être affecté à l’ouvrage si nécessaire.

· Avec le central à la citadelle de Verdun, l’abri de combats DV3 et le fort de Souville grâce à un appareil microphone système Ader et un morse de campagne modèle 1907

· Lampes à pétrole pour l’intérieur du fort, lampes à bougie pour la tourelle et oxyacétyléniques pour les fossés

Armement du fort fin 1915

· Aucune pièce de remparts

· 3 coffres de contrescarpes armés de 4 canons révolver et 4 canons de 12 culasse avec leurs munitions

· 2 casemates de Bourges désarmées sans munition.

· 1 tourelle de 75R 05 armée avec quelques obus

Armement du fort fin 1917

· Le fort est réarmé de 16 mitrailleuses et  6 fusils mitrailleurs pour la défense rapprochée

· 2 casemates de Bourges réarmées et réapprovisionnées en munitions

· 1 tourelle de 75R 05 détruite et remplacée par une casemate pour mitrailleuses

· 3 coffres de contrescarpes armés de mitrailleuses  et de deux canons revolvers avec leurs munitions